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Publié le 9 avril 2021 | Techniques auxiliaires de la justice

TéléAhuntsic: une chaîne de télévision pédagogique pour dynamiser l’enseignement à distance

Pour enseigner à distance à l'automne 2020, j’ai eu l'idée de créer une chaîne de télévision sur YouTube: TéléAhuntsic. J'y ai diffusé des émissions variées que j’ai créées pour présenter les contenus abordés normalement dans mon cours, mais de façon plus ludique.

Genèse du projet

Dès l’annonce que les cours de l’automne 2020 seraient donnés en virtuel, je me suis mise en mode réflexion. Le cours que j’allais donner dans le programme de Techniques d’intervention en délinquance, Réseau institutionnel juvénile, est un cours comportant une grande part de contenus théoriques. Ayant en tête la difficulté pour les étudiants de rester motivés, je cherchais une idée pour susciter leur intérêt à être présents à mon cours en ligne et pour briser le rythme un peu fou des visioconférences qui s’enchaînent toute la journée.

C'est en réfléchissant aux activités qui les distraient dans leur vie quotidienne que j’ai eu l'idée d'une chaîne de télévision: TéléAhuntsic. J’avoue avoir fait un véritable saut dans le vide ponctué de quelques moments d’hésitation !

Présentation de mon projet TéléAhuntsic lors du Colloque pédagogique du Collège Ahuntsic les 13 et 14 janvier 2021

Un sentiment d’appartenance qui perdure dans le temps

Pour réaliser mon projet, j’avais besoin d’une équipe. Après avoir défini les bases de mon concept vers la fin juin 2020, j’ai communiqué avec plus d’une vingtaine d’anciens étudiants de Techniques d’intervention en délinquance des 10 dernières promotions, maintenant professionnels dans le milieu des centres jeunesse. Tous ceux contactés ont répondu positivement à mon projet. J’étais heureuse de constater que le sentiment de grande famille que j’avais créé avec eux au fil des ans avait perduré. Mes anciens étudiants ont trouvé du temps dans leur horaire chargé au courant de l’été pour s’impliquer pleinement dans mon projet, le tout de manière bénévole, mais avec un plaisir fou !

Concevoir, scénariser, filmer et monter les vidéos

Conception

Dans un premier temps, j’ai identifié différents concepts télévisuels afin d’intégrer les contenus:

  • un talk-show : Cabaret chez Morize
    • Une animatrice reçoit sur son plateau plusieurs professionnels travaillant dans des centres jeunesse pour des débats en lien avec la profession (2 épisodes).
  • une téléréalité: Occupation Quadruple
    • Le quotidien d’une éducatrice et de jeunes en foyer de groupe en centre jeunesse est représenté de manière «humoristique» (6 épisodes).
  • une émission pour enfants: Alice au pays des merveilles
    • Ce théâtre de marionnettes met en scène Alice, une jeune placée en unité de réadaptation, ainsi que son éducatrice et un agent d’intervention (3 épisodes).
  • une émission culturelle : Musique +
    • Des artistes présentent leurs dernières compositions (en lien avec des notions du cours, bien évidemment) (4 épisodes).
  • une émission sportive: En forme avec Jean-Daniel
    • Dans ce clin d'œil totalement humoristique, l'entraîneur Jean-Daniel a créé des programmes de mise en forme s’inspirant des gestes quotidiens des éducateurs (4 épisodes).
  • une série d’entrevues: Grandes Entrevues
    • Une animatrice reçoit un professionnel travaillant en centre jeunesse pour une entrevue de fond sur un sujet donné (4 épisodes).
  • une émission d’informations: Le Téléjournal
    • Dans cette revue de l’information, il est possible de suivre l’actualité automnale concernant les centres jeunesse. Quatre correspondants réguliers s’inspirent de l’actualité et des nouvelles recherches pour faire des parallèles avec le contenu du cours (3 épisodes).
  • une émission inclassable : Madame Adrienne
    • Madame Adrienne, enseignante retraitée, revient donner un coup de main en pleine pandémie. Elle aborde le contenu plus aride… et tout ce qui ne se classait pas dans les autres émissions! L’émission coup de cœur des étudiants de l’automne 2020 (6 épisodes).
  • des publicités
    • Question de prendre une pause intellectuelle entre 2 émissions, 4 segments publicitaires humoristiques ont été prévus. Ces segments étaient en lien avec le programme de Techniques d’intervention en délinquance.

Quatre autres émissions ont été ajoutées pour la partie évaluative (tant formative que sommative):

  • Génies en herbe
  • La Course aux obstacles
  • Soirée cinéma
  • Tout le monde en parle

En second lieu, j’ai réparti le contenu théorique et pratique de mon cours dans chacune des émissions. Question d’adapter le tout à cette génération qui consomme beaucoup de contenus numériques rapidement, j’ai décidé que chaque émission serait de courte durée afin de maintenir l’attention des étudiants. Ainsi, la durée moyenne des épisodes était de 15 minutes.

Scénarisation

Une fois la répartition des contenus complétée, toutes les émissions ont été scriptées. Puisqu’il s’agissait de contenus théoriques et pratiques avec une visée pédagogique, il ne pouvait pas y avoir d’improvisation.

Tournage

Les émissions ont été réalisées avec ce que j’avais sous la main. Pour certaines, nous avons utilisé la plateforme de visioconférence Zoom, pour d’autres un simple appareil photo monté sur un trépied. Une seule émission, Occupation Quadruple, a été tournée dans la salle de simulation du collège en raison du besoin d’interactions entre les différents comédiens.

Montage

Après avoir tourné une émission, je faisais un premier montage. Puis, la magie de la vie a fait en sorte que j’ai pu compter sur la collaboration inestimable de mon ami Benoît Larochelle qui s’est amusé à faire les génériques d’émissions ainsi que le montage vidéo final. Grâce à ses talents, il a su insuffler à mes vidéos maison un caractère plus sympathique.

Pour créer les génériques, ajouter les effets spéciaux et peaufiner le montage, Benoît a utilisé le logiciel de montage DaVinci Resolve 17 [en anglais], mais il précise qu’il aurait pu faire le même travail avec la version gratuite du logiciel. Benoît m’a indiqué également que le logiciel Wondershare Filmora [en anglais] était une option intéressante et plus simple d’utilisation, mais plus limitée.

À la mi-août 2020, plus de 70% des émissions avaient été filmées et montées dans leur forme finale.

Petit aperçu de différentes émissions de ma chaîne TéléAhuntsic

L’accompagnement pédagogique

Il était évident pour moi que les étudiants devaient devenir des acteurs actifs dans leur développement de compétences. Le principe n’était pas qu’ils s’assoient passivement pendant 45 heures à manger du pop-corn.

Un cahier d’apprentissage de plus de 200 pages a été monté afin d’accompagner les étudiants dans leur visionnement des émissions. Ils y retrouvaient le travail préparatoire à faire avant le cours ainsi que le travail ou les exercices à réaliser pendant chaque visionnement. Par exemple, les étudiants devaient lire le résumé du protocole de fouille avant le visionnement d’Occupation Quadruple. Lors du visionnement de l’émission où un jeune entrait de la drogue dans le foyer, les étudiants devaient:

  • repérer les étapes du protocole effectuées par l’éducatrice
  • déceler les erreurs de protocoles
  • définir les règles quant à la confiscation
  • etc.

Exemple de consignes spécifiques dans le cahier d’apprentissage en lien avec l’émission Occupation Quadruple.

L’intégration des vidéos dans mon enseignement à distance

Chaque semaine, les étudiants avaient une vidéo d’environ 1 heure à visionner. Celle-ci était composée de plusieurs épisodes d’émissions différentes. Les étudiants pouvaient, par exemple, commencer par visionner Madame Adrienne, qui expliquait les étapes d’un retour sur un manquement, puis poursuivre en analysant un retour fait par l’éducatrice dans Alice au pays des merveilles. Ils faisaient ensuite une pause intellectuelle avec En forme avec Jean-Daniel et finalisaient leur cours par un épisode du Téléjournal traitant de l’actualité des dernières semaines.

L’organisation était simple pour les étudiants. Ils devaient prendre connaissance du travail préalable dans leur cahier d’apprentissage et le faire avant de commencer le visionnement hebdomadaire. En se rendant sur Moodle, ils trouvaient 2 liens:

  • un lien vers la plateforme de visioconférence Zoom où j’étais disponible pendant toute la durée du cours afin de répondre aux questions, clarifier des concepts, etc. (bref, un peu comme en classe!)
  • un lien unique vers ma chaîne YouTube qui regroupait les 3 ou 4 émissions de la semaine.

Ce lien YouTube n’était accessible que pour une durée de 3 jours. Dans le contexte de la pandémie et des difficultés entraînées par l’étude à la maison, cela permettait une certaine flexibilité pour réaliser les activités en lien avec les vidéos. Cependant, j’avais le souci d’encadrer, et ce, pour éviter la procrastination et le laisser-aller. Dès le premier cours, les étudiants étaient au fait que, s’ils ne visionnaient pas les émissions de la semaine, ils ne pourraient pas y accéder ultérieurement. Lorsque je donne un cours en présentiel, je ne le redonne pas pour un étudiant absent ; je leur ai clairement expliqué que je leur rendais service.

Juste avant les séances synchrones, je rendais accessible le lien YouTube et les étudiants regardaient individuellement la vidéo pendant le cours. Lorsqu’ils avaient des questions, ils venaient me rejoindre sur Zoom, où je pouvais répondre en temps réel à leur interrogation. Néanmoins, j’ai remarqué au fil de la session que les étudiants étaient peu nombreux à venir me poser des questions. C’était souvent les mêmes qui le faisaient.

En cours de session, j’ai réalisé qu’une présence enseignante leur manquait. À tous les 3 cours, les étudiants devaient obligatoirement se connecter sur Zoom avec moi. Cette rencontre d’une quinzaine de minutes visait à prendre le pouls du groupe et à donner des consignes quant aux évaluations sommatives. Mais cela restait insuffisant. Malgré ma présence sur Zoom pendant le cours, peu d’étudiants venaient m’y rencontrer.

À partir de la semaine 10, j’ai fait une mise au point avec eux. Dès lors, je les ai «invités» à venir sur Zoom au début de chaque cours ; j’y faisais alors un résumé des concepts vus la semaine précédente et je présentais ceux du cours à venir. Environ ⅔ des étudiants ont répondu à cette invitation; certains m’ont dit que ça les sécurisait.

On oublie souvent que, bien qu’il s’agisse d’étudiants à leur 3e session qu’on croit être autonomes et organisés, le contact humain est important pour tous les étudiants; le contexte de la pandémie n’a qu’accentué ce besoin. Avec du recul, il aurait été drôlement souhaitable de commencer tous les cours en groupe, comme je l’ai fait à partir du cours 10.

Concernant l’atteinte des compétences en fin de session, c’est la première fois que j’ai constaté des notes exceptionnellement hautes et exceptionnellement basses. Habituellement, il n’y a pas un aussi grand écart dans les résultats. Finalement, un nombre plus important d’étudiants ont échoué le cours, soit le double des années antérieures. Une analyse de leur «présence» aux cours a révélé que dans tous les cas, ces étudiants avaient visionné moins de la moitié des vidéos mises en ligne.

En conclusion, cette expérience a été magique sur le plan de la création pédagogique ; le fait de partir complètement «ailleurs» a donné des possibilités nouvelles d’activités formatives. Un terrain de jeu extraordinaire ! Il reste que si ce n’avait pas été de la pandémie, je n’aurais jamais mis sur pied un tel projet. Le temps investi a été important, mais ça a été réellement une grande partie de plaisir, et ce, à toutes les étapes de création.

Un plaisir pédagogique immense, un travail d’équipe incroyable et des fous rires mémorables ; mes anciens étudiants m’ont fait un sapré beau cadeau en acceptant de participer avec tant d’enthousiasme.

Ce projet n’aurait jamais pu voir le jour sans l’implication formidable de professionnels du milieu des centres jeunesse, anciens étudiants de Techniques d’intervention en délinquance du Collège Ahuntsic. Je tiens à remercier chacun d’entre eux pour leur enthousiasme envers le projet et leur inestimable collaboration.

  • Cyndy Allard (promotion 2011)
  • Éric Côté (promotion 2012)
  • Martin Fontaine (promotion 2013)
  • Mathieu Perrier (promotion 2013)
  • Jean-Claude Raphael (promotion 2015)
  • Jean-Daniel Audet (promotion 2015)
  • Marc-André Bernier De Champlain (promotion 2017)
  • Charlie Caron-Rhéaume (promotion 2017)
  • Patrik Houle (promotion 2018)
  • Marie-Pier Gagnon (promotion 2019)
  • Ninon Morize (promotion 2019)
  • Alice Tondreau (promotion 2019)
  • Gabrielle Poupart (promotion 2019)
  • Marie-Pier Jalbert (promotion 2019)
  • Éloise St-Germain (promotion 2020)
  • Kristina Savage (promotion 2020)
  • Cédrik Bourgeois (promotion 2020)
  • Mathieu Robitaille (promotion 2020)
  • Ralph Chouchou (promotion 2021)
  • Jade St-Germain (promotion 2021)
  • Marie-Laurence Fiset (promotion 2021)
  • Lindsay Parent-Blaise (promotion 2021)

Je tiens également à remercier des proches qui ont accepté de se prêter au jeu:

  • Nathalie Gaudreau, déléguée jeunesse
  • Frédéric Marin, agent d’intervention
  • Juliette Ménard-Reid, marionnettiste improvisée
  • Benoît Lachapelle, mon merveilleux monteur qui a su rendre l’expérience visuelle plus sympathique pour les étudiants.

À propos de l'auteure

Pascale Landry Criminologue de formation, Pascale Landry enseigne dans le programme de Techniques d’intervention en délinquance depuis 25 ans. Sa passion pour l’enseignement, son sens de l’humour et sa créativité font d’elle une enseignante qui réussit à mobiliser ses étudiants à l’intérieur de différents projets parapédagogiques. Ses projets visent le développement accru des compétences et attitudes professionnelles ainsi que l’appartenance de ses étudiants à leur programme d’études.

Soucieuse d’offrir un enseignement stimulant à ses étudiants, elle recherche des stratégies pédagogiques hors des sentiers battus. Comme projet plus important dans les dernières années, elle a conçu un jeu de société interactif visant à augmenter les compétences en stratégies d’intervention de ses étudiants; un tournoi d’intervention à relais couronne les meilleurs d’entre eux chaque année.

La direction des études du Collège Ahuntsic a déposé la candidature de Pascale Landry pour la Mention d’honneur 2021 de l’AQPC.

2 commentaire(s)

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    Jean Desjardins a écrit le 26 avril 2021 à 13h51

    Quelle scénarisation pédagogique ludique, Mme Landry! Dans l'esprit de ma publication de 2015 sur la stratégie pédagogique de narration web transmédia (https://www.profweb.ca/publications/articles/de-la-ludification-des-apprentissages-a-la-narration-transmedia), mais en plus appliqué, ouvrant même à des apprentissages informels pour les entourages de vos étudiant.e.s jusqu'à la francophonie dans son entier. Un cours qui rayonne comme jamais auparavant! Remarquable!

  2. L’auteur vous répond

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    Pascale Landry a écrit le 26 avril 2021 à 14h22

    Merci, c'est gentil!

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