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Publié le 25 mars 2021 | Philosophie

Des projets motivants utilisant les réseaux sociaux pour philosopher hors de la classe

À l’automne 2020, nous enseignions toutes deux le premier cours de philosophie, Philosophie et rationalité. Une majorité de nos étudiants entamaient leurs études collégiales à distance après avoir terminé leur secondaire en queue de poisson. La motivation était plus ou moins là pour eux en septembre, remplacée par un sentiment de flottement et d'indécision. Pour contrer cette léthargie, nos étudiants ont eu l’occasion de participer à des projets fédérateurs qui ont permis à la philosophie de s’incarner sur les réseaux sociaux.

Création collective en des temps incertains

Pour tâter le pouls de sa classe dès le premier cours, Marie-France Lanoue a sondé ses étudiants, de manière anonyme, sur leurs besoins et leur état d’esprit à l’aide d’un questionnaire en ligne. L’une des questions posées était de nommer 3 mots qui décrivaient les derniers mois vécus. Les mots récoltés étaient chargés d’une grande détresse émotionnelle.

Pour Marie-France, les étudiants ont fait preuve d’une grande sincérité en répondant à ce questionnaire et elle ne pouvait pas simplement tabletter les résultats. Dans une démarche humble et spontanée, elle a eu envie de transformer le négatif qui émanait des réponses de ses étudiants en quelque chose de lumineux. L’idée lui est venue d’aménager un espace virtuel où les étudiants pourraient expérimenter la philosophie hors du cadre scolaire en osant aborder des sujets tabous.

Il faut du courage pour prendre la parole et oser s’exprimer sur des sujets difficiles. C’est pour cela que Marie-France n’a pas rendu son projet obligatoire et que celui-ci n’était pas évalué. La visée du projet était de créer une collectivité autour d’un projet qui transcende les murs de la classe. Les étudiants volontaires se sont filmés pendant qu’ils récitaient leurs 3 mots et ont envoyé leur extrait vidéo à Marie-France qui a fait le montage pour créer une vidéo de 2 minutes déposée sur YouTube.

La vidéo #3mots

Pour suivre l’avancement de leur œuvre collective, les étudiants pouvaient échanger ensemble sur une page Facebook dédiée à cet effet.

Les étudiants ayant participé à la vidéo ont aimé le projet et surtout ils ont pris conscience qu’ils n’étaient pas seuls à ressentir les mêmes émotions. L’aspect social était central dans ce projet.

Pour Marie-France, ce projet s’inscrivait dans un contexte très unique au cœur d’une session un peu abstraite. Il n’aurait pas la même signification s’il était reproduit lors d’une autre session. Cependant, cette première expérience en montage vidéo a été formatrice, quoique chronophage.

Comme ce projet est né spontanément au fil de la session sans être inscrit à proprement parler dans le plan de cours, c’est à mi-parcours que Marie-France s’est mise à mesurer les effets que pourrait occasionner un quelconque débordement dans l’espace public. Elle a su bien encadrer ses étudiants et trouver un ton très sensible à la vidéo qui a très bien été reçue dans l’espace public.

Repenser la création de contenu à l’ère d’Instagram

Après la session un peu chaotique de l’hiver 2020, Véronique Grenier a repensé son cours de philosophie, car sa planification ne la satisfaisait pas. Il manquait l’étincelle pour allumer et motiver ses étudiants.

Elle utilisait déjà depuis quelques sessions des groupes secrets Facebook où les étudiants échangeaient entre eux sur la matière, mais les nouvelles cohortes d’étudiants délaissaient Facebook au profit, entre autres, d’Instagram.

Les étudiants sont déjà des consommateurs de contenu sur les réseaux sociaux et certains en créent même. C’était l’occasion pour Véronique d’aller rejoindre ses étudiants à l’endroit même où ceux-ci s’informent. Elle a donc voulu tirer profit de leur utilisation des médias sociaux et elle leur a proposé un projet en équipe sur Instagram où ils ont dû produire et diffuser un contenu de qualité qui avaient été minutieusement réfléchi.

Le projet Informe-moi

Véronique a divisé le concept de la pensée critique en 20 segments distincts. Chaque partie a été assignée à une équipe de 4 à 5 étudiants. Chaque équipe devait produire:

  • 3 à 6 vignettes pour des publications Instagram
  • 1 texte d’accompagnement de 1 page où les étudiants conceptualisaient le segment qu’ils avaient
  • 1 médiagraphie justifiée

Le but du projet Informe-moi était d’amener les étudiants à expliquer leur notion au plus large auditoire possible.

Pour les aider à mener à bien leur projet, Véronique a organisé une rencontre avec Nelly Brière, consultante en communications numériques et réseaux sociaux, et Cath Laporte, artiste en arts visuels, qui a d’ailleurs créé le logo pour le projet. Les étudiants ont ainsi pu découvrir des astuces pour une communication efficace sur les réseaux sociaux.

Logo du projet Informe-moi réalisé par Cath Laporte.

Pour tester leur concept avant sa publication, chaque équipe a pu le présenter au reste du groupe. Avec la rétroaction de leurs pairs, les équipes ont peaufiné leur projet avant la remise de leurs vignettes à Véronique, qui s’est occupée de les publier sur la page Instagram du projet Informe-moi. Les étudiants étaient libres de s’identifier ou non sur leurs publications.

Plusieurs équipes étaient très fières de leur projet. Les étudiants plus artistiques et ceux en communication et en graphisme ont eu un grand plaisir à imager une notion philosophique.

Le travail en équipe a apporté une nouvelle dynamique au sein du groupe. Les étudiants aimaient découvrir les publications de leurs pairs directement sur une plateforme qu’ils consultent quotidiennement. Cela faisait rayonner la philosophie hors du cadre scolaire habituel.

De plus, les étudiants ont aimé que le regard de leur enseignante ne soit pas la finalité en soi du projet. L’enseignante n’était qu’une intermédiaire qui les a aidés à partager leurs connaissances. Ils ont adopté une posture de pédagogues où ils ont eu le pouvoir d’enseigner ce qu’ils avaient appris à tout le monde. Ils ont également pris conscience du fait qu’ils pouvaient créer un contenu de grande qualité et éviter de tomber dans le piège de la désinformation.

Un projet étudiant publié sur la page Instagram Informe-moi.

Le bilan des projets

Ces projets ont été hautement signifiants pour les étudiants, bien qu’ils aient pris un temps considérable à mettre sur pied et qu’il était risqué d’entamer de nouveaux projets dans le contexte actuel. Pour nous, ça a été vraiment amusant de construire quelque chose de complètement nouveau en même temps que les étudiants. Nous étions dans une relation de réciprocité, car nous ne pouvions prédire la finalité de nos projets.

Les étudiants ont pu réinvestir les lieux où ils consomment des contenus médiatiques. En utilisant les réseaux sociaux dans un cadre pédagogique, cela leur a montré comment utiliser ces plateformes à bon escient et leur a aussi enseigné que leur voix compte. Ils ont un pouvoir d’être et d’agir dans le monde et ils doivent en prendre conscience.

Dans les 2 projets, nous avons pu décloisonner la philosophie de notre classe habituelle et l’incarner dans des lieux divers au grand plaisir de nos étudiants.

Les projets de Marie-France Lanoue et Véronique Grenier ont également fait l’objet d’un article dans le journal La Tribune: «Réinventer les cours de philo en temps de pandémie».

À propos des auteures

Véronique Grenier Elle enseigne la philosophie au collégial. Elle est l’autrice du récit Hiroshimoi (2016) et des recueils de poésie Chenous (2017) et Carnet de parc (2019) aux Éditions de Ta Mère et de Colle-moi (2020) à la Courte échelle. Collaboratrice de la section « Idées » du Devoir, elle a notamment été lauréate du prix Jean-Claude Simard de la Société de philosophie du Québec (2017).

Marie-France Lanoue Diplômée d’une maîtrise en philosophie de l’Université de Montréal en 2014, elle enseigne la philosophie au Cégep de Sherbrooke. Spécialisée en esthétique contemporaine, elle s’intéresse à l’intégration des arts et de la culture au profit de l’enseignement de la philosophie.

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