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Publié le 25 septembre 2019 | Multidisciplinaire

Orthographe pour scientifiques : une nouvelle ressource multimédia au CCDMD

Cet article est une adaptation d'un texte paru dans Correspondance, revue web sur la valorisation du français en milieu collégial publiée par le Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD).

Les étudiants en sciences font face :

  • à des termes complexes, comme « désoxyribonucléique »
  • à des noms latins de végétaux ou de bactéries, comme « Acer saccharum » ou « Lactobacilli »
  • à des graphies d’origine grecque qui peuvent faire sourciller même les champions de l’orthographe, comme c’est le cas avec « saccharomyce ».

Pour répondre aux besoins des étudiants en sciences en ce qui concerne l'orthographe des mots, j'ai conçu le site Orthographe pour scientifiques, produit par le CCDMD. Je vous présente ici :

  • l’approche morphologique à la base de cette ressource
  • les composantes de la ressource
  • l’utilisation qu’on peut en faire

C’est mon travail avec un étudiant en horticulture qui est à l’origine d’Orthographe pour scientifiques. Dyslexique et dysorthographique, cet étudiant cherchait des solutions pour apprendre le nom latin des 400 végétaux au programme! Le développement de sa conscience morphologique, sans être une panacée, lui a fourni de nouvelles lunettes pour lire les mots et de nouvelles stratégies pour les écrire. En voyant les exercices que j'ai conçus pour cet étudiant aux besoins particuliers, son enseignant a trouvé bon d’en faire profiter toute la classe… qui a réclamé des exercices supplémentaires!

L’approche morphologique

Au Québec, l’enseignement de l’orthographe s’effectue surtout en indiquant comment associer des phonèmes (sons) à des graphèmes (lettres ou groupes de lettres) ou découper les mots en syllabes, ou encore, en faisant observer la globalité du mot. Or, il existe d’autres pistes comme l’observation de la morphologie lexicale. Cette branche de la linguistique consiste à repérer les unités de sens dans les mots. Par exemple, le mot morphologie contient 2 morphèmes, c’est-à-dire 2 unités de sens :

  1. MORPHO, qui signifie « forme », comme dans « métamorphose »
  2. LOGIE, qui signifie « étude », comme dans « biologie »

Pourquoi le découpage d’un mot en morphèmes plutôt qu’en syllabes peut-il aider les étudiants à mieux l’écrire? Parce qu’en procédant ainsi, ils ne réfléchissent plus en termes de sons et de graphies, mais en termes de sens et d’associations avec d’autres mots. Prenons, par exemple, le mot « antiinflammatoire », qui contient plusieurs défis orthographiques :

  • la confusion des graphies an et en
  • la juxtaposition très rare de deux i
  • la double consonne m

Si on découpe le mot en syllabes, on obtient : an ti in flam ma toi re. Cette analyse n’éclaire pas le choix de l’élève entre an ou en. Par contre, si on rend transparente la composition morphémique du mot – soit le découpage suivant : anti in flamm atoire –, l’élève pourra comprendre que ce terme commence par ANTI, qui signifie « contre », comme dans antisudorifique ou antidérapant. Même chose pour IN : en prenant conscience qu’il s’agit du morphème qui signifie « contraire », comme dans indélébile ou infatigable, il peut écrire les deux i avec plus de confiance. Enfin, comme le mot contient le morphème « flamm », l’élève pourra reprendre celui qui se trouve dans le mot flamme, qu’il connait.

Selon notre expérience en classe, la distinction entre les morphèmes A- (qui se trouve surtout en première position), lequel veut dire « qui est privé de », et AD-, qui signifie « rendre plus », a particulièrement intéressé les étudiants… et leurs enseignants. Les mots « acclimatation », « annexe » et « aggraver » commencent par le morphème AD-, dont le d prend la forme de la consonne qui suit. Les mots « atemporel », « apode » et « aseptiser », eux, commencent par le A- privatif. On évitera donc de doubler la consonne qui suit.

Les composantes du site Orthographe pour scientifiques

C'est une vidéo, intitulée Le morphème. Un outil pour assimiler les termes scientifiques, qui constitue le coeur du site Orthographe pour scientifiques.

Le morphème. Un outil pour assimiler les termes scientifiques
© Le monde en images, CCDMD

La vidéo expose sommairement, en 6 minutes :

  • ce qu’est un morphème
  • comment un morphème se greffe à d’autres morphèmes
  • les avantages du découpage en morphèmes plutôt qu’en syllabes
  • les causes historiques de la préséance du y et du ph sur le i et le f dans les termes scientifiques
  • quelques éléments phonétiques pour enchainer les morphèmes très courants DÉ- et A-

La vidéo est accompagnée de matériel complémentaire:

  • des activités
  • 2 listes de morphèmes
  • un outil pour construire des glossaires personnalisés

Les activités, classées par ordre croissant de difficulté, sont conçues de manière à aborder le morphème sous plusieurs angles. Elles sont imprimables (versions PDF) et également réalisables en ligne sous forme de quiz. Elles se présentent en 3 séries (prévoir de 30 à 45 minutes pour la réalisation de chaque série).

Lors de la réalisation de certaines activités, les élèves pourront consulter une liste d’environ 450 morphèmes illustrés à l’aide de termes sélectionnés dans des glossaires fournis par des enseignants de divers programmes collégiaux. Une version plus courte est également offerte : 100 morphèmes accompagnés d’exemples de mots d’usage plus courant. Dans les 2 listes, le sens des morphèmes est donné en un mot ou deux dans la plupart des cas.

Un mince aperçu de la liste longue de morphèmes

Enfin, un outil pour construire des glossaires personnalisés est mis à votre disposition. Cet outil est construit sur le modèle des 2 listes de morphèmes. Vous pourrez élaguer la base de données pour ne conserver que les morphèmes pertinents dans votre cours et l’enrichir des termes scientifiques de votre propre domaine. Cela vous prendra de 1 à 3 heures, mais l’investissement en vaut la chandelle!

Utilisation du site Orthographe pour scientifiques

La ressource Orthographe pour scientifiques peut être utilisée :

  • par les étudiants, de façon libre et autonome
  • par les enseignants, pour animer en classe une activité de sensibilisation
  • par les intervenants des services d’aide adaptée auprès des étudiants dyslexiques ou dysorthographiques
  • par les tuteurs des centres d’aide, dans le contexte d’une aide individualisée

À l’Institut de technologie agroalimentaire, campus de Saint-Hyacinthe, où j'ai travaillé pendant plus de 20 ans, le « matériel maison » dont est issu Orthographe pour scientifiques figure dans le parcours des étudiants dirigés vers le centre d’aide en français. Ceux-ci y consacrent entre 50 et 100 minutes, selon leurs besoins.

Un guide pédagogique est intégré au site Orthographe pour scientifiques.

Je vous encourage à jeter des lunettes morphologiques sur les nouveaux termes scientifiques que vous présentez à vos étudiants. Prenez soin d’amener vos étudiants à repérer les morphèmes dans ces termes et à faire des liens avec des mots familiers.

À propos de l'auteur

Ingrid Gagnon Ingrid Gagnon a enseigné la littérature pendant près de 20 ans au collégial. Son soutien auprès d'élèves dyslexiques l'a ramenée à l'école en orthopédagogie. Elle a été conseillère en services adaptés puis coordonnatrice de l'aide à la réussite. Elle travaille maintenant au ministère de l'Immigration, de la Diversité et de l'Inclusion pour élaborer un programme-cadre gouvernemental de francisation pour les personnes immigrantes ayant des compétences peu développées en littératie et en numératie.

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