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Publié le 19 mai 2020 | Multidisciplinaire

Un blogue pour faire tomber les murs de la classe

Cet article est une traduction d’un texte paru dans le volet anglophone de Profweb.

En tant que pédagogue, je me concentre sur les approches qui font place à l'agentivité des étudiants, à la création d’un sentiment d’appartenance et à la participation. Lorsque j’enseignais, plusieurs de mes moments les plus mémorables ont pris place dans un contexte d’apprentissage hors de la salle de classe, que ce soit en personne ou en ligne. Un tel moment a eu lieu lorsque j’ai utilisé un blogue de classe pour transformer une évaluation en un forum public.

Repenser ma pratique

À mes débuts comme enseignante, j’avais une approche assez conventionnelle pour évaluer mes étudiants : ils me remettaient des travaux tout au long de la session et, à la fin, ils réalisaient un projet de plus grande envergure. Cela faisait en sorte que j’étais la seule à constater leur maîtrise de la matière et que les occasions pour eux d’avoir des conversations enrichissantes en lien avec leurs nouvelles connaissances étaient limitées. Je me suis alors questionnée sur l’utilisation que je pourrais faire des technologies pour étendre leurs apprentissages hors des heures de cours.

L'apprentissage se produit en de nombreux lieux hors des salles de classe. Will Richardson [en anglais] propose de repenser nos rôles d’enseignants pour:

  • amincir les murs de la classe et transposer les apprentissages dans le monde réel
  • faire des liens hors de la classe
  • apprendre aux côtés d’autres étudiants.

Bloguer répond aux 3 critères:

  • Propulser les connaissances dans la sphère publique
  • Permettre un glissement des apprentissages centrés sur l’enseignant vers des apprentissages motivés par l’étudiant
  • Inviter les enseignants à apprendre aux côtés de leurs étudiants.

C’est de cette manière que l’idée de créer un blogue de classe est née.

L’expérience d’amincir les murs de la classe

J’ai tenté l’expérience du blogue de classe avec un groupe de 37 étudiants, dont plusieurs étaient à leur première session à l’Université McGill. Même si j’ai donné le cours, qui est l’objet du présent article, à l’université plutôt qu’au cégep, je pense que vous trouverez des similarités dans la diversité des étudiants et reconnaîtrez certains des défis auxquels ils ont fait face.

Le blogue valait pour 30% de la note finale. J’ai demandé aux étudiants d’écrire sur les liens qu’ils faisaient entre leurs lectures et ce qu'on abordait en classe et leurs expériences personnelles.

J’ai mis en ligne un blogue de classe général [en anglais] dont j’étais la seule administratrice. J’ai remis à mes étudiants un identifiant générique et un mot de passe. De cette façon, ils se connectaient tous au blogue de classe avec le même identifiant et avaient des options d’édition limitées. Ils pouvaient créer des billets qu’ils devaient ensuite soumettre pour révision. Cela m’a permis de:

  • m’assurer que rien d’inapproprié ne soit publié
  • pouvoir consulter facilement les contributions de chacun sans avoir besoin de naviguer dans toutes les entrées du blogue
  • optimiser le nombre de lecteurs.

Lorsque j’ai présenté le blogue en début de session, je n’étais pas certaine si notre blogue allait résonner hors de la cohorte de la classe. Au cours des 13 semaines du cours, nous avons publié 113 billets de blogue et obtenu presque 400 commentaires. À la fin du cours, il y avait eu plus de 5 000 clics sur notre blogue en provenance de 37 pays. Ce nombre a plus que doublé depuis. Je crois qu’il est justifié d’affirmer que nous avons su trouver un public!

Chaque étudiant devait rédiger 3 billets au cours des 13 semaines de la session (6% chacun= 24%). Un petit pourcentage de la note (6%) était lié à l’engagement dans ce projet, c’est-à-dire commenter au moins 6 autres publications. Je n’ai pas évalué le contenu des commentaires — s’ils publiaient 6 commentaires, ils avaient leurs 6 points. Beaucoup d’étudiants ont commenté à plus de 6 occasions et bon nombre de ces commentaires étaient plus longs que les billets de blogue; de plus, ils étaient toujours constructifs.

Comme enseignante, j’ai aussi participé au blogue et écrit 3 billets durant la session. J’ai tenté de commenter toutes les publications. Cela était ma façon de me garder à jour, ce que j’ai particulièrement aimé, car j’en ai appris beaucoup grâce à leurs publications. J’ai suivi mes 37 étudiants et leurs billets jusqu’à la fin du semestre.

Pour le soutien technique, j’ai remis à mes étudiants des consignes sur la manière de publier un billet de blogue [en anglais], d’intégrer des éléments multimédias et de commenter d’autres publications. À ma grande surprise, il n’y a eu aucune question liée à la technologie au fil de la session.

Les retombées du projet

Après les notes finales transmises, j’ai envoyé à mes anciens étudiants une invitation pour participer à un groupe de discussion suivi d’un sondage anonyme. J’ai fait une analyse thématique avec les réponses obtenues et 4 grands thèmes interconnectés sont ressortis:

  • Apprendre de et avec ses pairs: «Habituellement, nous venons en classe, écoutons des présentations ou des conférences, puis nous retournons à la maison sans jamais connaître nos camarades de classe. Or, le blogue nous a permis de créer un endroit où nous avons vraiment pu connaître nos camarades de classe, leurs pensées, leur langue et leur histoire. Je pense que cela a fait naître un sentiment de communauté. » — Miley [notre traduction]
  • Réfléchir : « [Le blogue] m’a vraiment poussée à m’investir. Les idées se bousculaient dans ma tête pour les publications sur le blogue. J’en ai écrit 3, mais j’avais une dizaine d’idées en tête qui ne se sont pas concrétisées. » — Sky [notre traduction]
  • Écrire pour un public: « J’ai toujours réfléchi à la manière de rendre [ce que j’écris] intéressant. Comment rendre les choses que vous avez lues accessible aux autres qui n’ont pas lu le même article que vous. Cela est tellement différent, car quand j’écris pour un enseignant, je présume qu’il a lu beaucoup et qu’il doit connaître ce dont je parle, je m’inquiète donc moins de rendre le tout intéressant. » — Vera [notre traduction]
  • Avoir une voix : « J’ai peur de parler en public et aussi pendant les cours… Mais, peu importe le moment où j’avais des idées, que ce soit quand [l’enseignante] parlait ou que d’autres gens présentaient, je les prenais en note et les partageais plus tard sur le blogue. » — Monica [notre traduction]

Ce n’est pas tout le monde qui a aimé l’expérience du blogue, mais le sentiment de groupe dans la classe a été le plus fort et le plus soutenu que j’ai vécu en tant qu’enseignante. Les étudiants ont pris des risques, se sont écoutés, se sont motivés les uns les autres à voir les choses différemment et se sont entraidés. Certains étudiants ont élaboré leur travail final en s’appuyant sur un billet de blogue et la discussion autour de celui-ci. En somme, le blogue est devenu un espace où les étudiants ont pu développer leur identité en tant qu’auteur et ont fait partie d’une communauté d’apprentissage, pas pour simplement montrer leurs connaissances à l’enseignant pour des points, mais pour rejoindre un public, connecter avec des lecteurs et partager des idées.

Note de l’éditeur

Cet article est basé sur une présentation donnée lors du colloque annuel de l’AQPC qui a eu lieu à Rimouski du 5 au 7 juin 2019. Pour plus d’information, consultez la page du blogue [en anglais], qui a été utilisée comme support visuel lors de la présentation, et l’article de l’auteure : «Thinning the Classroom Walls: Graduate Student Perspectives on Blogging as Pedagogy» [en anglais].

À propos de l'auteure

Alison Crump Elle est directrice adjointe des études — Programmes au Collège Marianopolis et professeure adjointe au Department of Integrated Studies in Education à l’Université McGill. Elle a travaillé de différentes manières dans le domaine de l’éducation depuis les 2 dernières décennies. Elle a notamment enseigné l’anglais langue seconde au Japon et au Canada; a formé les futurs enseignants d’anglais langue seconde du premier cycle et des cycles supérieurs à l’Université McGill; a mené des recherches en sociolinguistique (maîtrise en enseignement d’une langue seconde et doctorat en éducation à McGill) et a cofondé le journal collaboratif de mentorat Journal of Belonging, Identity, Language, and Diversity (J-BILD) [en anglais] dont elle est rédactrice en chef.

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