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Publié le 30 janvier 2020 | Multidisciplinaire

Le projet Visulibre : rendre les technologies numériques accessibles pour les personnes avec un handicap visuel

Cet article est une traduction d’un texte paru dans le volet anglophone de Profweb.

Lorsque vient le temps de planifier une nouvelle session, nous souhaitons intégrer différentes approches pédagogiques à notre enseignement pour qu’il soit accessible à tous nos étudiants. C’est notre responsabilité comme enseignant de prendre en compte les besoins de tous nos étudiants. En 2019, j’ai découvert le projet Visulibre qui permet aux personnes avec un handicap visuel d’obtenir des technologies qui les aideront dans leur quotidien. Je me suis entretenu récemment avec Miguel Ross, responsable du projet Visulibre, basé à Québec, pour en apprendre davantage sur la mission et les activités de son organisme.

Pouvez-vous me parler de la naissance de Visulibre ?

MR : Tout a commencé en 2013 avec l’aide de la Fédération québécoise des Communautés et des Industries du Libre (FQCIL). Notre but premier était de rendre l’ordinateur et internet accessibles aux personnes avec un handicap visuel pour briser leur isolement.

Près de 70% des personnes ayant une déficience visuelle sont incapables de trouver un emploi. Si tu ne peux pas travailler, tu ne peux pas te qualifier au programme d’aide pour l’obtention d’aides visuelles. Les personnes prestataires de l’aide sociale ont d’autres préoccupations que l’achat d’un ordinateur, comme manger et payer le loyer…

Visulibre fournit des ordinateurs et des périphériques en braille aux personnes avec un handicap visuel. Ces ordinateurs sont des dons que nous remettons à neuf en y intégrant un système d’exploitation Linux.

À votre avis, comment Visulibre peut-il aider des étudiants de cégep?

MR : Nous prêtons des ordinateurs aux étudiants ayant une déficience visuelle. Les demandes formulées à la Régie de l'assurance maladie du Québec (RAMQ) peuvent prendre beaucoup de temps. C’est important pour un étudiant d’avoir accès rapidement à des outils de travail pour ne pas accumuler du retard pendant la session.

Comment les étudiants avec un handicap visuel peuvent-ils obtenir un ordinateur grâce au projet Visulibre?

MR : Chaque samedi, nous sommes présents au centre communautaire Caecitas, sur le boulevard Louis-XIV à Québec, pour récupérer les dons d’ordinateurs. Les étudiants peuvent aussi communiquer avec nous par courriel.

Lorsqu’un étudiant n’a plus besoin de son ordinateur, il peut nous le redonner et nous le remettrons à une autre personne.

Avez-vous un message pour notre lectorat en lien avec l’utilisation des technologies ou le soutien pour les étudiants avec une déficience visuelle?

MR : C’est important que les enseignants comprennent nos besoins. Quand j’habitais à Montréal, je suivais 2 cours de programmation à l’Université de Montréal, un sur JavaScript, l’autre sur C++ et Java.

L’un de mes enseignants avait compris qu’il me faudrait plus de temps pour l’examen final et il m’avait rencontré pour vérifier que les évaluations étaient réalisables.

L’autre enseignant nous avait donné comme projet de créer un jeu de cartes, ce qui par nature doit être visuellement intéressant et nécessite différentes couleurs pour distinguer les cartes. Nous avons trouvé une autre approche pour créer ce jeu, mais j’ai eu l’impression que, pour cet enseignant, le plus important était de s’assurer qu’aucun étudiant n’ait un avantage lors d’une évaluation au lieu de m’aider à réussir le cours. Il est important d’adapter les évaluations pour les étudiants avec une déficience visuelle et de parler avec eux pour déterminer ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas.

Quels ordinateurs, systèmes d’exploitation et logiciels utilisez-vous pour les personnes aveugles ou ayant une vision partielle?

MR : Nous avons installé le système d’exploitation Ubuntu Linux, un logiciel libre et ouvert sur les ordinateurs qui nous ont été donnés. Nos clients doivent tout de même payer pour leur connexion internet, mais au moins ils n’ont pas à acheter l’équipement.

Quand cela est possible, nous fournissons également des outils en braille comme des afficheurs braille ou des imprimantes braille. Plusieurs de ces outils coûtent près de 2000$, mais Orbit [en anglais] propose pour environ 600$ un écran de 20 cellules braille.

Un afficheur braille dynamique avec des cellules formant des lettres en braille. Source : CC-BY-SA - Michal Klajban/Wikimedia Commons

Note de l’éditeur

Un afficheur braille dynamique contient une série de cellules placées en rang qui imite une ligne de texte en braille. Miguel Ross m’a informé que 2 logiciels, BRLTTY et Speech Dispatcher, fonctionnent ensemble pour que cela soit opérationnel avec Linux.

Nous recevons peu de dons d’outils en braille, mais nous pouvons compenser cela en utilisant le logiciel de lecture ORCA [site web en anglais] qui lit le texte à l’écran puis le convertit en message audio pouvant être écouté par les haut-parleurs de l’ordinateur ou à l’aide d’un casque d’écoute. ORCA est une option libre et ouverte équivalente au populaire logiciel JAWS [en anglais].

Un exemple de lecture d’écran faite avec le logiciel ORCA en utilisant 2 voix différentes.

Nos ordinateurs sont munis de la suite LibreOffice, des logiciels pouvant ouvrir les fichiers .doc et .docx de Microsoft Word , entre autres. Pour les personnes malvoyantes, il est possible de grossir les caractères pour mieux lire le texte des fichiers. Le système d’exploitation possède aussi des options d’accessibilité et un logiciel de grossissement.

Le bureau de l’ordinateur comporte plusieurs options comparables aux différentes générations de Microsoft Windows (comme Windows XP ou Windows 7). De cette façon, nos clients utilisant Linux pour la première fois sont plus confiants.

Photographie de l’embosseuse braille Index Everest-D V5 (une imprimante). Source : CC-BY-SA - Romina Santarelli / Secretaría de Cultura de la Nación/Wikimedia Commons

Visulibre possède-t-il des partenaires qui lui donnent des ordinateurs portables ou des périphériques?

MR : Non, pour le moment, nous n’avons aucun partenaire de ce type. Nous avons reçu une fois 5 ordinateurs Lenovo d’Insertech. Nous recevons principalement des dons de personnes désirant se départir de leurs vieux ordinateurs. La radio locale CKRL nous fait un peu de publicité, ce qui nous aide à recevoir plus de dons.

Nous avons également d’autres partenaires, comme la Fondation Caecitas qui nous aide dans l’organisation des collectes d’ordinateurs et dans la gestion et la livraison des dons.

Nous avons eu la chance de présenter notre projet à quelques reprises au salon TechnoVision+ qui est organisé par la Fondation INCA. L'ADTE nous a également invités lors de ses derniers colloques sur les logiciels libres à Montréal et à Québec.

Comment pouvons-nous rendre internet plus accessible pour les personnes ayant un handicap visuel?

MR : Pour les compagnies qui créent des sites web, les lignes directrices que vous devez connaître sont déjà présentes sur le web. W3C a créé un guide pour aider les sites web à être plus accessibles aux personnes malvoyantes. 5 minutes supplémentaires de programmation peuvent vous faire gagner énormément de temps au lieu d’essayer d’ajuster vos sites web avec des options d’accessibilité après coup.

WordPress, Drupal et MediWiki (Wikipédia) sont déjà sensibles aux besoins des personnes aveugles et malvoyantes. WordPress a une extension (plug-in) d’accessibilité [en anglais]. Il est important que les personnes vérifient que les images sur leurs sites web soient associées à des alternatives textuelles et que tous les boutons à l’écran soient nommés. Ces ajustements ne changent en rien l’expérience visuelle de ceux qui voient. Seuls les lecteurs d’écran peuvent percevoir les alternatives textuelles et cela fait une grande différence pour les personnes avec un handicap visuel.

Note de l'éditeur

Je désire remercier Miguel Ross d’avoir pris le temps de m’expliquer en détail son projet d’accessibilité dans le cadre de cette entrevue pour Profweb. Bon succès dans tous vos projets!

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