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Publié le 3 février 2021 | Multidisciplinaire

L'intégrité dans les évaluations à distance ou hors classe — Partie 2: S'éloigner de l'examen écrit traditionnel

La question du plagiat préoccupe beaucoup les enseignants, en particulier lors d'évaluations à distance. Bien qu'il n'y ait pas de solution miracle, je vous présente différentes stratégies pour que vous puissiez avoir confiance que vos étudiants sont bien les auteurs des travaux que vous évaluez.

Dans un premier article, je vous proposais des stratégies pour prévenir le plagiat et la tricherie, entre autres, en minimisant la tentation du plagiat pour les étudiants.

Dans le présent article, je vous suggère des façons de vous éloigner des traditionnels examens écrits ou travaux longs, dans le cadre desquels il est plus difficile d'être certains de l'intégrité des étudiants. Il y a bien des cas où ce n'est pas facile de trouver une solution de rechange qui convient parfaitement à la compétence ciblée par un cours... Mais ça vaut la peine d'étudier les autres options!

L'entrevue orale

L'entrevue orale peut être utilisée comme validation dans un contexte de double évaluation: l'étudiant doivent rédiger un texte ou un travail long dans un contexte non contrôlé, puis faire une évaluation orale sur le même sujet, dans laquelle il explique ce qu'il a écrit dans son travail.

Toutefois, l'entrevue orale peut aussi être utilisée seule! En effet, c'est une méthode d'évaluation à part entière plus qu'intéressante, en particulier dans une optique de prévention du plagiat et de la tricherie. L'entrevue orale fournit à l'enseignant l'assurance (dans les limites du raisonnable) que la personne évaluée est bien celle qui formule les réponses.

Les étudiants peuvent quand même trouver des façons de consulter discrètement leurs notes de cours ou d'autres documents papier ou électronique: l'assurance d'intégrité est donc moindre si on pose des questions de mémorisation. Pire, on a déjà vu des étudiants avoir recours à « un souffleur » hors-caméra. L'expression « assurance d'intégrité » est donc à prendre avec des pincettes, mais cet aspect n'en demeure pas moins l'une des forces de la méthode d'évaluation par entrevue orale individuelle.

Pendant l'entrevue, on pose à chaque étudiant des questions qu'il ne connaît pas à l'avance, de sorte qu'il ne peut pas faire préparer son texte par quelqu'un d'autre. L'un des grands avantages de cette méthode d'évaluation est qu'on peut interagir avec l'étudiant: on peut lui demander d'enrichir une réponse, de donner davantage de détails. Si on voit qu'un étudiant s'égare, on peut le ramener sur la bonne piste pour parvenir possiblement à évaluer sa compétence sans lui attribuer carrément un 0.

L'entrevue orale est très versatile. Elle peut remplacer un mini-test, un examen, un travail long, un rapport de laboratoire, une dissertation, etc. L'entrevue peut être utilisée autant de façon formative que sommative. Toutefois, l'entrevue individuelle est chronophage.

Des enseignants de chimie du Cégep André-Laurendeau ont publié dans Profweb une série de conseils pour la réalisation d'entrevues individuelles à la suite de leurs expériences.

Des questions qui font appel aux expériences individuelles des étudiants

Une bonne stratégie pour réduire les possibilités de plagiat et de tricherie lors d'évaluations écrites est d'exploiter des questions ou des énoncés de travaux qui font appel à l'expérience personnelle des étudiants:

  • Cela est particulièrement approprié en formation continue où les étudiants ont déjà une expérience professionnelle dans leur domaine.
  • Cela s'applique aussi très bien lorsque les étudiants ont déjà fait un stage.
  • Finalement, dans certains cas (par exemple en langues secondes ou en philosophie), il peut être relativement aisé de demander aux étudiants de faire référence à:
    • leur vie quotidienne
    • leurs expériences personnelles
    • leurs intérêts personnels
    • etc.

Des travaux qui font appel à la créativité

Une autre option est de soumettre les étudiants à des évaluations qui font appel à leur créativité, soit dans la forme, soit dans le choix du sujet. À titre d’exemples, l’enseignant peut demander à chaque étudiant de:

  • créer une carte mentale centrée sur un concept différent du cours
  • produire une affiche scientifique ou une infographie sur un sujet de son choix lié au cours
  • inventer une histoire à partir d’un des concepts du cours

Il est certain qu'il y a moins de cartes mentales que de textes qui traînent sur le web!

Évaluer le processus autant que le produit

Une autre excellente stratégie pour complexifier le plagiat et la tricherie est d'évaluer en continu les processus derrière les productions des étudiants, comme dans un portfolio. (Profweb a publié, en 2015, un dossier sur le portfolio numérique.)

Dans une optique de prévention du plagiat, le portfolio est un outil puissant. S'il permet de suivre la progression d'un travail et, encore mieux, si les rétroactions de l'enseignant par rapport aux différentes étapes du travail doivent être prises en compte par l'étudiant pour qu'il améliore sa production, le plagiat devient beaucoup plus complexe, voire impossible.

Sans opter pour un portfolio à proprement parler, on peut:

  • demander la remise en étapes d'un travail
  • exploiter l'infonuagique pour suivre la progression d'un travail

En 2013, Jules Massé, alors enseignant de philosophie, a publié dans Profweb un récit où il expliquait comment il exploitait ces 2 stratégies pour prévenir le plagiat lors d'une dissertation faite hors de la classe.

Dans le cadre d'un webinaire sur l'évaluation à distance dont l'enregistrement est en ligne, Louise Arsenault, conseillère pédagogique de l'Université Laval, a présenté un scénario mettant de l'avant la remise en étapes d'un travail et l'évaluation formative. Une approche similaire fait l'objet d'un scénario détaillé dans la Banque d'activités d'enseignement-apprentissage à distance de l'Université Laval. En résumé:

  1. Environ 1 mois avant la date de remise de la version finale du travail, les étudiants enregistrent une première version d'un exposé oral (en format audio seulement ou vidéo) et le déposent sur le forum du cours (Flipgrid, Moodle, Teams…).
  2. Chaque étudiant visionne minimalement 2 ou 3 présentations de pairs, les évalue à l'aide d'une grille d'évaluation formative et formule des commentaires constructifs sur le forum. En parallèle, l'enseignant évalue toutes les présentations de façon formative.
  3. Les étudiants améliorent leur travail sur la base des commentaires de leurs pairs et de leur enseignant. Ils doivent justifier pourquoi ils ont retenu ou non les principales suggestions qui leur avaient été faites.
  4. Les étudiants déposent la version finale de leur exposé sur le forum à des fins d'évaluation sommative.

Revenir à la base

Il n'existe pas un format d'évaluation unique qui répond parfaitement aux besoins de tous les cours. Pour guider votre choix, pensez à la compétence ciblée par votre cours. Comment s'actualise-t-elle, dans un contexte authentique? En faisant coller le plus possible vos évaluations à une manifestation authentique de la compétence, vous risquez tout naturellement d'être amené à concevoir des évaluations dans le cadre desquelles le risque de plagiat ou de triche est limité. Plus facile à dire qu'à faire, mais la réflexion en vaut la peine pour mettre en œuvre des évaluations à la fois valides, justes, signifiantes et motivantes pour les étudiants!

Pour poursuivre votre réflexion, vous pouvez visionner l'enregistrement d'une table d'échanges organisée par le FADIO en février 2020 au sujet de la gestion des évaluations à distance.

À propos de l'auteure

Catherine Rhéaume Elle est éditrice et rédactrice pour Profweb depuis 2013. Elle est également enseignante de physique au Cégep Limoilou et chargée de cours pour les cours compensateurs à l'Université Laval. Son travail pour Profweb l'amène tout naturellement à s'intéresser à la technopédagogie et à tenter d'innover dans son enseignement.

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