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Publié le 26 mai 2008 | Mathématique

Un modèle pédagogique inspiré de plusieurs techniques

Avec une quinzaine d’années d’expérience, Benoît Régis, enseignant en mathématique au Cégep de Thetford et Président de l'Association mathématique du Québec, avait envie de relever de nouveaux défis. Confronté tous les jours à de nombreuses tendances pédagogiques telles que l’approche par problèmes, la schématisation, la contextualisation historique, la pédagogie active, le « team-teaching », le travail d’équipe et l’intégration pédagogique des TIC, il se demandait bien comment il pourrait s’en servir pour combler son besoin de nouveauté.

C’est alors qu’il a décidé, en collaboration avec une autre enseignante, Nadia Laflamme, d’opter pour une méthode hybride en choisissant un petit quelque chose dans toutes ces techniques afin de monter son propre modèle.

Benoît, comment en es-tu venu à modifier tes méthodes pédagogiques?

Je trouvais des éléments positifs dans plusieurs méthodes pédagogiques, mais j’avais toujours les mêmes inquiétudes : je n’aurai jamais assez de temps pour cela et comment pourrais-je transférer ces méthodes dans ma discipline?

C’est là que nous avons décidé de tenter l’expérience de développer notre propre modèle inspiré de plusieurs techniques existantes.

Peux-tu nous décrire ton expérimentation?

Nous avons expérimenté cette méthode dans un cours de Calcul intégral (NYB).

Pour notre première expérimentation, nous avions tout de même des conditions favorables. Les principales étant l’union de deux petits groupes (44 étudiants au total) et une certaine liberté dans la confection des horaires. En ajoutant à cela une longue réflexion et plusieurs formations (AMQ, AQPC, APSQ, conférenciers invités), nous nous sommes fixé des objectifs clairs :

  • rendre les étudiants plus actifs dans leur apprentissage;
  • diminuer le temps de passivité (théorie traditionnelle);
  • rendre les étudiants plus autonomes;
  • augmenter l’utilisation de la schématisation;
  • développer le travail d’équipe;
  • parler davantage de contextualisation historique;
  • intégrer les TIC à l’apprentissage.

Voici le modèle que nous avons mis sur pied :

  1. Établir des plans de travail très précis pour chaque partie de cours qui contiendrait des lectures obligatoires (partie de matière que nous n’aurions plus à donner en classe, par exemple, des définitions).
  2. Faire environ deux capsules historiques par examen (petite présentation PowerPoint et anecdotes historiques).
  3. Faire des capsules théoriques d’une durée d’environ 15 à 20 minutes en remplacement de longs cours théoriques. Chaque capsule ne contiendra qu’un seul exemple.
  4. Faire travailler les étudiants en équipe. Chaque équipe, préalablement formée par les enseignants, sera constituée d’environ quatre étudiants et changera après chaque examen. Les exercices remplaceront la grande quantité d’exemples que nous donnons souvent en mathématiques.
  5. Faire construire des schémas de concepts ou procéduraux à la fin de chaque séance de travail d’équipe.
  6. Donner des travaux de Maple (logiciel de calcul formel utilisé en mathématique dans une très grande majorité de collèges et d'universités) appliqués à la réalité, montrer le côté pratique de ce logiciel afin de motiver les étudiants à cet apprentissage.
  7. Donner le cours en « team-teaching » (deux enseignants dans un grand groupe plutôt qu’un seul dans deux petits groupes).

Quelles ont été les réactions des étudiants?

Ouf… Au début ils n’étaient vraiment pas d’accord; ils ont eu beaucoup de réticences.

Nous leur demandions de se placer au centre de leur apprentissage et d’y participer activement alors qu’ils ont été habitués à recevoir l’information de manière passive. Ils préféraient conserver les bonnes vieilles méthodes de peur de passer à côté de notions importantes. Petit à petit, ils ont accepté la nouvelle formule. Maintenant, plus aucun retour en arrière n’est possible; ils ont adoré cette méthode.

Nous avons utilisé un petit bout de plusieurs méthodes pédagogiques afin d’en créer une qui nous rejoignait et qui surtout rejoignait les étudiants. Notre plus grande peur au début était le facteur temps. Nous avons été surpris par les commentaires des étudiants qui nous ont dit n'avoir pas plus de travail avec cette nouvelle méthode que celle traditionnelle, et cela, malgré le fait qu’ils avaient beaucoup moins de temps en classe pour faire des exercices personnels. Par contre, ils disent que le fait d’avoir eux-mêmes travaillé sur des exercices en équipe a facilité grandement le temps d’assimilation et ils étaient plus rapidement aptes à effectuer leurs exercices à la maison.

Nous avons passé un questionnaire d’évaluation à la fin de la session et seulement 10 % des étudiants semblent ne pas apprécier cette nouvelle approche.

Comment les TIC ont bonifié cette nouvelle approche pédagogique?

Les capsules historiques sont faites sur PowerPoint pour les rendre plus attirantes et les archiver. Les travaux de Maple permettent de mieux appliquer les mathématiques (mouvements de satellites, fonctionnement d’un GPS, etc.). Rendre les mathématiques plus appliquées aide la motivation.

As-tu constaté des changements au niveau de la réussite des étudiants?

Pas vraiment. Il est difficile d’évaluer l’impact sur les taux de réussite après une année d’expérimentation; par contre nous avons constaté des changements extrêmement positifs au niveau de la motivation des étudiants.

Avez-vous rencontré des difficultés? Si oui, lesquelles?

Oui, premièrement, il faut avouer que cette méthode demande une très grande préparation (surtout la première fois); elle demande aussi beaucoup de complicité entre les deux enseignants et il ne faut pas avoir peur des comparaisons car les étudiants ne se gênent pas pour en faire!

Qu’est-ce que cela a changé dans ta pratique pédagogique?

Depuis, cette méthode a été reprise dans un cours d’Algèbre linéaire (NYC) et dans un cours au secteur technique en Techniques de génie mécanique.

J’ai été invité par plusieurs collèges à présenter cette méthode; j’ai aussi fait une présentation à l’Association mathématique du Québec (AMQ) de même qu’au colloque de l’Association québécoise de la pédagogie collégiale (AQPC).

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