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Publié le 9 mars 2014 | Anglais (langue seconde)

Un lexique bilingue pour l’univers de la restauration

Les étudiants formés au Québec pour travailler dans le secteur de la restauration de l’industrie touristique doivent connaître une foule de termes techniques à la fois en français et en anglais. Diana Bruno est en train de produire un lexique bilingue qui permettra aux étudiants, aux enseignants et aux professionnels de l’industrie hôtelière de trouver les réponses à leurs questions liées à la terminologie de la restauration.  Son projet s’intitule Lexique de la restauration français-anglais, anglais-français pour les étudiants en hôtellerie et restauration.

Ce récit est sous la forme d'une entrevue réalisée par Norm Spatz, éditeur de Profweb.

NS : Pourquoi faites-vous ce projet?

DB : La réponse courte est qu’il y avait un besoin pour une ressource comme celle-là. Ce qui est disponible ne répond tout simplement pas aux besoins des étudiants de l’ITHQ.

L’ITHQ forme ses étudiants pour qu’ils travaillent dans presque tous les secteurs de l’industrie hôtelière. Pour ces étudiants, l’habileté de comprendre et d’utiliser la terminologie liée à l’alimentation en français et en anglais est essentielle.

Une fois qu’ils sont dans un milieu de travail, comme stagiaires ou diplômés, ils doivent pouvoir communiquer en anglais de façon professionnelle avec des clients, des collègues, des fournisseurs et des supérieurs.

J’ai consulté une grande quantité de livres et de sites web, en français, en anglais ou dans les deux langues. Malheureusement, pour différentes raisons, aucune de ces ressources ne répondait vraiment bien aux besoins des étudiants de l’ITHQ.

Transmettez à Diana Bruno vos suggestions d’ajouts au lexique dans le document Google Drive qu’elle a créé à cet effet, ou par courriel à bruno-diana@ithq.qc.ca.

NS : De quelle façon votre lexique sera-t-il différent des ressources qui existent déjà?

DB : J’espère que ce sera un « guichet unique », que ça permettra à mes étudiants et à mes collègues de trouver en un seul lieu les réponses qu’ils cherchent. Je vois cela comme un outil de référence français-anglais et anglais-français. Il sera produit sous forme de livre (une vieille technologie!), mais aussi, bien sûr, dans un ou plusieurs formats électroniques. Nous le produirons assurément sous forme d’application mobile (une nouvelle technologie!).

Dans le lexique, il y a évidemment la traduction de chaque terme. Il y a aussi de l’information grammaticale (catégorie grammaticale, genre (dans le cas du français), flexions, orthographe alternative, etc.).

Certains termes sont expliqués. En effet, supposons que vous sachiez que « Homard Thermidor » se traduit en anglais par « Lobster Thermidor ». Cela ne veut pas dire que vous savez vraiment ce qu’est un homard Thermidor et que vous pouvez l’expliquer à un client qui tente de décider quoi commander pour dîner.

De plus, chaque terme est classé dans une ou plusieurs catégories : « Homard Thermidor/Lobster Thermidor » est classé sous « Plat », « Dénomination dédicatoire » et « Fruits de mer ».

Les poissons et fruits de mer présentent un défi particulier de polysémie (le même terme réfère à plus d’une réalité) et de synonymie (différents termes réfèrent à la même réalité). Utiliser le nom scientifique en latin est souvent le seul moyen de se démêler à travers les formes et les significations qui se recoupent les unes les autres.

Par exemple, il y a 3 termes anglophones (« Norway lobster », « Dublin Bay prawn » et « lobsterette ») pour désigner ce qu’on appelle en français une langoustine (« Nephrops norvegicus »). (Il est d’ailleurs intéressant de noter que, sur la plupart des menus, « Nephrops norvegicus » est désigné par le terme « scampi », un mot italien!)

Et il y a aussi des différences régionales. Ce qu’on appelle « morue » au Québec est appelé « cabillaud » en France (« cod », en anglais). Par contre, quand on parle de « morue » en France, on parle de ce qui est au Québec de la « morue salée-séchée » (« salted cod », en anglais).

Pour revenir à la question, donc : la plupart des lexiques couvrent l’anglais britannique et le français de France. Ce projet donne la priorité à la réalité nord-américaine, et identifie des termes canadiens, américains ou anglais britanniques, et québécois ou français de France.

NS : Qu’est-ce que ça implique comme travail, de créer ce lexique?

DB : Le lexique est soutenu par le Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD). Une fois par année, le CCDMD lance un appel de projets, en accepte un nombre limité et assigne un chargé de projet pour faire de chaque projet (livre, logiciel, site web) une réalité. Le CCDMD cible des projets pour les cours dans lesquels le nombre des étudiants inscrits est trop faible pour intéresser les maisons d’édition privées.

J’ai la chance de travailler avec un excellent chargé de projet, Nick Birks, qui me guide à travers les protocoles du CCDMD et me fournit un soutien technique très apprécié. Nick est aussi là pour me faire voir la forêt quand elle me semble cachée par les arbres. Nous avons régulièrement des séances de partage d’écran par Skype qui durent plusieurs heures, au cours desquels nous collaborons sur la façon de structurer le contenu, quoi inclure, quoi exclure, etc. Nick dit souvent que la création d’un lexique est plus un art qu’une science, et, après plus d’un millier d’heures de travail, je comprends ce qu’il veut dire.

Le lexique compte maintenant environ 1200 termes, ou 6 millions d’éléments d’information individuels. J’entre les termes dans un logiciel de compilation et de production d’un dictionnaire, Tshwanelex, un logiciel merveilleux.

Une capture d’écran de tLex

Une capture d’écran de tLex

Je ne sais pas quel sera le nombre final de termes dans le lexique. Peut-être 3000 dans chaque langue, peut-être plus. C’est un processus itératif.

J’en suis encore au stade fondamental. Je fais des recherches et j’ajoute des termes, je révise les termes précédents, je vérifie la cohérence à travers chaque catégorie d’information… Quand ce sera fait, des spécialistes de la linguistique et du contenu réviseront chaque information pour en faire la validation. Après cela, des graphistes vont préparer le contenu pour la publication en format imprimé et électronique. Et même quand le lexique sera complété, ce ne sera pas encore vraiment fini! Il faudra faire des révisions périodiques et des mises à jour…

À ce stade-ci de mon travail, je serais enchantée que les lecteurs de Profweb et leurs amis m’envoient des suggestions de termes anglais ou français à ajouter au lexique!

NS : Quel est votre fantasme, pour l’avenir de ce projet?

DB : (rires) À part de rêver que ça devienne un bestseller? J’espère que les étudiants de l’ITHQ l’utiliseront autant à l’école que dans leurs milieux de travail. Et puis, comme l’art culinaire est de plus en plus à la mode,  le lexique pourrait même être utile au grand public, au Québec et ailleurs!

Mon autre rêve est que le CCDMD aime tellement mon lexique qu’il soutienne mon prochain projet : un lexique français-anglais, anglais-français pour la sommellerie!

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