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Publié le 18 avril 2016 | Science politique

Simuler la vie parlementaire en ligne dans un cours de science politique

Dès que j’ai commencé ma carrière d’enseignant, je savais que je voulais faire des simulations politiques avec mes étudiants. Le cours Les systèmes politiques, le premier cours obligatoire de politique dans le programme de Sciences humaines au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne, s’y prête particulièrement bien.

En début de carrière, j’ai organisé des simulations en classe. Je fournissais un thème aux étudiants (abolition de la monarchie ou du sénat, par exemple) et je distribuais les camps. Les étudiants avaient 2 semaines pour faire un travail de recherche, puis j’organisais un débat en classe, comme au parlement. Je jouais le rôle de président de la chambre.

En 2011, j’ai participé à l’appel de projets du Centre collégial de développement de matériel didactique (CCDMD) et j’ai pu obtenir du soutien pour développer le site Simulation politique. Dans ce site, je présente 15 scénarios pédagogiques qui permettent aux enseignants de science politique de faire vivre à leurs étudiants des simulations variées, liées à la politique québécoise et canadienne.

  • Certains scénarios offrent des simulations courtes (quelques minutes).
  • D’autres décrivent des simulations s’échelonnant sur plus d’un cours.
  • Deux scénarios de simulation « complète » se déroulent sur une session entière (un en politique québécoise et un en politique canadienne). Les étudiants les réalisent en ligne sur des forums de discussion.

J’utilise le scénario de simulation complète de politique québécoise dans mon cours depuis 3 sessions.

Organisation de la simulation

Un scénario détaillé pour l’organisation de la simulation de politique québécoise (incluant une session parlementaire et une campagne électorale) est disponible sur le site Simulation politique. Ce scénario inclut entre autres :

Personnellement, quand j’organise la simulation en classe, je prends quelques libertés par rapport au scénario officiel. Chaque enseignant peut faire de même pour adapter l’activité selon ses goûts et ses besoins.

Quand je présente la simulation aux étudiants, j’y vais étape par étape. Je ne leur dis pas tout dès le départ, car cela les mélangerait.

D’abord, je crée 3 partis politiques fictifs, chacun avec une idéologie bien définie (le socialisme, par exemple). L’un de ces partis est majoritaire à l’Assemblée nationale et forme le gouvernement. Les 2 autres sont des partis d’opposition.

À la deuxième semaine de cours, je distribue un questionnaire aux étudiants pour sonder leurs intérêts. J’utilise les réponses pour identifier les étudiants qui souhaiteraient tenir les rôles de premier ministre ou de chefs de partis d’opposition.

Je distribue les rôles la troisième semaine de cours. Il y a :

  • 3 chefs de parti (1 premier ministre et 2 chefs de partis d’opposition)
  • 3 whips
  • 3 ou 4 députés qui vont être chargés de rédiger chacun un projet de loi
  • Des ministres
  • Des députés qui siègent sur des comités parlementaires (ce sont la majorité des étudiants)
  • Des députés d’arrière-ban

Les partis sont attribués « au hasard », sans tenir compte des opinions des étudiants. Ils doivent s’adapter à l’idéologie de leur parti.

Des rôles différents, des évaluations différentes

La charge de travail est similaire pour chacun, mais le travail est différent. Les évaluations sont différentes également. Par exemple :

  • Le premier ministre rédige un discours d’ouverture et guide son équipe tout le long de la session. Il participe à un débat des chefs (avec les autres chefs de partis) lors de la campagne électorale.
  • Certains députés rédigent un projet de loi.
  • Les whips distribuent certaines tâches parmi les membres de leur équipe et rédigent les programmes électoraux au début de la campagne (vers la fin de la session).

Les étudiants sont à l’aise avec cela et n’éprouvent aucun sentiment d’injustice. Dans un questionnaire-bilan, les étudiants m’ont écrit avoir l’impression que la charge de travail était équivalente d’un rôle à un autre.

Une simulation qui se fait dans des forums de discussion

Toutes les activités se déroulent en ligne, dans des forums de discussion. Par exemple, le premier ministre livre son discours d’ouverture dans un message sur un forum. Les seules activités qui ont lieu en classe (mais qui pourraient très bien être organisées en ligne si un enseignant le préférait) sont le débat des chefs, de même que les votes sur les projets de loi et les motions parlementaires. J’accorde également occasionnellement un peu de temps de classe aux étudiants pour les discussions en équipe par rapport à la stratégie de leur parti (caucus de parti).

En ligne, je créé plusieurs forums :

  • Un pour la période des questions
  • Un pour le caucus de chacun des partis
  • Un pour la première lecture des projets de loi
  • Un pour la deuxième lecture des projets de loi
  • Etc.

Les 2 premières fois que j’ai organisé la simulation, j’ai utilisé les forums par équipes de LÉA. Ils sont fonctionnels, mais peu efficaces quand il y a beaucoup d’étudiants à gérer. Et, à la session d’hiver 2016, comme j’ai 4 groupes d’étudiants, j’ai voulu trouver un outil qui correspondait mieux à mes besoins. Je me suis tourné vers Moodle. Mon conseiller pédagogique TIC m’a beaucoup aidé dans toutes ces démarches.

Les forums de Moodle présentent plus de fonctionnalités que ceux de LÉA. Par exemple, dans Moodle :

  • Je peux modifier les messages écrits par les étudiants.
  • Un étudiant peut modifier lui-même ses messages jusqu’à 30 minutes après leur publication.
  • Il est possible de repérer d’un coup tous les messages publiés par un étudiant donné (dans LÉA, je dois faire la recherche forum par forum). Très utile à la fin de la session pour évaluer chaque étudiant!

La page d’accueil du cours, sur Moodle. On y voit les différents forums.


Un aperçu de quelques-unes des discussions dans le forum consacré à la période des questions et réponses orales.

Les interventions des députés

Dans le cadre de la simulation (pour laquelle j’attribue 50 % de la note totale du cours), l’essentiel du travail des étudiants est d’intervenir dans les forums de discussions, pour participer aux différents débats. Les étudiants qui ont le plus d’interventions à faire sont les députés d’arrière-ban, qui doivent réaliser une trentaine d’interventions au cours de la session.

Les interventions sont variées. Au début, les étudiants doivent s’approprier le « langage » parlementaire. Plus la session avance, plus les étudiants deviennent à l’aise dans ce qu’ils font, et plus la partisanerie augmente. Surtout pour les garçons, j’ai l’impression : l’aspect compétitif associé aux débats les motive.

J’alimente les débats en publiant de fausses nouvelles sur les forums (hausse du déficit, manifestations, etc.), pour simuler des évènements d’actualité que les politiciens peuvent commenter. Ces textes sont disponibles en ligne sur le site Simulation politique.

L’intervention d’un député demandant la légalisation de la marijuana.

Bilan

De façon générale, les étudiants aiment beaucoup la simulation. Le commentaire que je reçois le plus souvent est que cela les aide à mieux comprendre la matière, à vraiment « vivre » la politique.

D’après ce que les étudiants me disent, la simulation augmente leur motivation par rapport au cours. Cela rend l’apprentissage plus signifiant, pour eux.

Ça vous tente? Allez sur simpol.ccdmd.qc.ca pour consulter toute la documentation dont vous pourriez avoir besoin!

À propos de l’auteur

Mathieu Bélanger est enseignant de science politique au Cégep régional de Lanaudière à Terrebonne et concepteur du site Simulation politique, développé avec le CCDMD. En plus d’organiser des simulations politiques en ligne avec ses étudiants, il utilise une classe d’apprentissage actif pour permettre aux étudiants de travailler en équipe sur des exercices, et songe à adapter en français le jeu Democracy pour l’utiliser de façon pédagogique.

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