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Publié le 28 septembre 2005 | Philosophie

Retrouver une liberté avec les TIC

Quel drôle de titre n’est-ce pas? Quand on sait ce qu’il en coûte de temps et d’énergie pour s’approprier et maîtriser les technologies de l’information et des communications.

Lyse Favreau a interviewé Paul Ruest (il a cinq ans sur la photo), enseignant en philosophie au cégep de Rivière-du-Loup, le lundi 12 septembre. Et depuis cette date, son témoignage l’habite encore. Quel être passionné et passionnant que ce Paul!

Commencer par le début

Ce n’est que tout récemment qu’il s’est mis à l’apprentissage des outils technologiques et à leur intégration dans sa pratique pédagogique. Quel en a été le déclencheur? Un burn-out en 2002! Fatigué de reprendre les choses dans une approche magistrale et perfectionniste avoué, Paul n’arrivait pas à communiquer avec ses élèves; il se sentait dépassé. Se retrouvant en congé forcé, il décide de faire le grand saut et fait l’acquisition d’un ordinateur. Son objectif premier est d’avoir les mains et les yeux libres, pouvant ainsi les faire travailler séparément… À un rythme de deux à trois fois par jour, pendant deux mois, l’apprentissage du logiciel Tap’Touche lui procure une première joie : « les doigts ont une mémoire, quelle liberté! ». A suivi l’apprentissage de tous les logiciels que vous pouvez imaginer, allant jusqu’à la maîtrise d’un numériseur et d’une caméra numérique. Il tenait à tout prix à ce que son appropriation des TIC lui procure une seconde nature lui permettant « d’être plus créatif, de laisser aller ses audaces, ses nouvelles idées, ses initiatives ».

Vivre une communauté de recherche

Et du jour au lendemain, ses cours sont devenus de plus en plus interactifs et se retrouvent en bout de ligne sur un site créé dans la plateforme Webct : devoir en ligne avant chaque rencontre, matériel de cours, matériel supplémentaire, forum ouvert à tous les groupes d’un même cours pour y poser des questions et y donner ou recevoir des réponses, remise des travaux sur Word, photos des élèves, consultation par les élèves de leurs résultats et suivi de leur fréquentation du site, etc. Et le travail en classe dans tout ça? « On laisse place à l’initiative des élèves. On part de leur contribution, on le soumet au groupe et on l’améliore. Je connais tout le monde; je personnalise davantage. Le contact est plus vrai. En classe, on fait des essais. On cherche ensemble. On se donne le droit à l’erreur. L’erreur devient fructueuse; elle ouvre une autre porte. Chaque groupe est une communauté de recherche où chacun a sa place et a le droit de dire son mot; ça devient constructif pour la communauté. Ce n’était pas possible avant dans un cours magistral. Auparavant, à la fin d’un cours, j’étais épuisé; maintenant, je rentre au cours à un niveau et j’en sors toujours plus élevé. Je finis toujours sur un "high". On bouillonne; les élèves acceptent de finir à 18 heures. »

Je vous l’ai dit au début, un être passionné! Je ne peux quand même pas m’empêcher de lui demander si, selon lui, l’intégration des TIC dans une pratique pédagogique est trop exigeante? « Dans mon cas, comme je suis de la vieille génération, j’ai été obligé de partir à zéro et de tout apprendre, et ce, en fin de carrière. Évidemment, une libération aurait permis d’alléger ma tâche d’appropriation des outils et de leur intégration en classe. Selon moi, les jeunes profs arrivent déjà avec une certaine maîtrise des outils de base et c’est donc plus facile pour eux de les intégrer. »

Je ne me trompe pas en vous disant que ses élèves en redemandent. Une étudiante ayant suivi le premier cours de philo avec Paul l’a de nouveau pour le deuxième cours. Elle lui avoue que, la première fois, elle réussissait mieux en travaillant moins, car les élèves du groupe participaient davantage que ceux de son nouveau groupe. Une belle illustration du fait que de participer à une communauté de recherche nous aide individuellement.

Être un enseignant heureux

Paul a suivi dans PERFORMA un cours avec Denise Barbeau. Il en a retenu « que les élèves ont besoin d’être en présence de profs qui savent pourquoi ils font telle ou telle chose et qui sont vrais avec leurs approches; en présence de personnes authentiques qui les incitent à être eux-mêmes. Ils ont besoin de voir des profs qui sont heureux d’être des profs. Les TIC m’ont rendu heureux. Avant, avec le magistral, j’étais limité dans les moyens. J’avais des inspirations, mais c’était trop lourd, trop difficile à intégrer; ça devenait pénible d’enseigner. La créativité a alors éclaté; c’est un plaisir d’être en classe et plus disponible au cégep. ».

Voilà! Et je ne vous ai même pas parlé du bonbon philosophique, du nom et de l’emblème d’une communauté, des fanions, des t-shirts, des affiches philosophiques, des couples platoniques, du trophée PhiloPaul en forme de hibou, etc.

Au risque de me répéter : quel être passionné et passionnant! Merci Paul.

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