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Publié le 16 juin 2013 | Arts et lettres

Ouvrir l’imaginaire par la création d’un environnement sonore

Caroline Lauzon intègre dans le cours « Les langages des métiers de la scène » un volet pratique. Les étudiants s’initient notamment à la création d’une trame sonore. Créer de toutes pièces un spectacle n’est pas une mince tâche. Il faut commencer dès la première session du programme à expérimenter les facettes du métier. Lorsque les étudiants présentent leur production, c’est tout un parcours de formation qui s’illustre.

Une activité favorisant l’autonomie et la créativité

La création d’une trame sonore est une activité de mon cours Les langages des métiers de la scène (560-124-EM), un cours de première session du profil théâtre d’Art et Lettres. Ce travail d’édition constitue le premier banc d’essai des étudiants sur l’environnement sonore. L’étudiant doit être capable de trouver pour son extrait d’oeuvre la ligne directrice de la mise en scène. Sa proposition sonore doit dégager un point de vue original sur l’oeuvre et faire ressortir ce qui n’est pas apparent en elle. L’activité permet d’explorer le riche potentiel de mise en scène d’une oeuvre dramatique en l’envisageant du point de vue de ses atmosphères.

Le choix du climat

Les étudiants respectent certaines balises lors de la création de la trame sonore. Ils doivent au départ en délimiter la fonction, car elle peut jouer plus d’un rôle, soit :

  1. Instaurer un climat particulier (par exemple, une atmosphère inquiétante)
  2. Créer un point de repère spatio-temporel (par exemple, un bruit de foule ou de brouhaha dans un restaurant)
  3. Renforcer une émotion, une tension (un personnage qui respire) ou une action (un personnage qui court)
  4. Faire contrepoint (par exemple, une réalité prosaïque surgit dans une scène d’amour)
  5. Apporter une réponse (un bruit créé confirme une prédiction ou annonce)

Il faut aussi éviter différents dangers :

  1. Notre première idée, le premier réflexe d’interprétation et les clichés
  2. Une emphase sur l’effet recherché (tomber dans le pathos…)
  3. Une surutilisation de la musique ou des effets sonores

Exemple d'un travail réalisé par un étudiant

Le contexte et les étapes de réalisation

Étape 1 : Inventaire des fichiers composant l'environnement sonore

Avant de démarrer l'activité d'édition proprement dite, les étudiants doivent trouver les fichiers sonores utiles à l'établissement de l'ambiance recherchée. Je leur propose différents sites de captures de sons où ils peuvent repérer des fichiers libres de droits. Un des plus gros est Sound fishing. Sa collection abrite, à l'heure actuelle, près de 6000 bruitages regroupés en catégories (grincement, campagne, arme, etc.) et quelques musiques d'illustration. Find Sound et universal-soundbank.com proposent aussi des bruits répertoriés.

L'activité profite des initiatives des étudiants. Certains jouent d'un instrument de musique et proposent des interprétations ou compositions pertinentes. D'autres confectionnent des ambiances inédites, avec des logiciels plus poussés d'enregistrement et de création musicale, comme GarageBand, que certains étudiants possèdent.

Étape 2 : Assemblage des fichiers

Une fois les divers fichiers en main, les étudiants travaillent au traitement et à l'assemblage des fichiers d’origine qu'ils modifient en fonction du climat qu’ils veulent créer. Chacun des étudiants affectés à cette tâche dispose d'un poste de travail au laboratoire. La classe est séparée en trois groupes d’une douzaine d’étudiants. Cela permet à chaque groupe d’aborder, à tour de rôle, les différentes facettes du travail au sein d’une équipe de création, soit la scénographie et l'éclairage; les costumes et maquillages; l'édition de fichiers sonores et la conception du programme et de l’affiche. Deux ou trois cours sont nécessaires pour produire la petite ambiance sonore.

Le logiciel le plus commode, à cette étape, est sans contredit Audacity (il existe aussi Wavosaur). En situation d'enseignement, il a beaucoup d'atouts. D'abord, son installation gratuite est peu exigeante: on peut le faire fonctionner sur une simple clé USB. Il est offert sur plateformes MAC, Windows et Linux. Enfin, les étudiants s’approprient l'outil rapidement. Je leur ai recommandé, pour sa clarté, le petit tutoriel de Fury Jin, disponible dans YouTube.

L'autonomie des étudiants est toutefois variable durant l'activité. Certains ont de la difficulté avec les opérations de base à l'ordinateur: par exemple, télécharger les fichiers. Ceux-là ont besoin davantage d'assistance. Mais la plupart se débrouillent sans problème même lors de la conversion des fichiers. À la toute fin, ils doivent remettre les originaux, puis la trame sonore créée en format .wav pour qu’elle puisse être lue à la console.

L'édition sonore avec GarageBand

L'introduction de GarageBand

Désormais les étudiants pourront utiliser le logiciel GarageBand pour créer ces environnements. Le département de littérature et de français vient de se doter d’un iMac. Le petit studio d’enregistrement virtuel de GarageBand leur offre davantage d’effets de voix u de possibilités de composition avec les échantillons sonores et la collection d’instruments disponibles. La suite iLife (iPhoto, iMovie, GarageBand) sera utile pour créer les bandes-annonces de nos productions.

Bilan

Le travail du bruitage s'est considérablement simplifié pour les étudiants de théâtre avec l'avènement des sonothèques web. Nous n'employons plus la fécule de pomme de terre pour imiter le craquement des pas sur la neige! Le travail de composition s'est également considérablement enrichi avec les éditeurs numériques. Nous pouvons même aborder la création musicale avec des logiciels comme GarageBand.

Lorsque nous entamons notre réflexion sur les effets recherchés par l'environnement sonore, nous sommes en position de suggérer des états particuliers, des climats inédits, des points de repère spatio-temporel sans trop de difficulté. Nous pouvons également explorer ces effets, ce qui stimule sans contredit notre imaginaire lors du processus de création.

Lors de la remise du travail final, les fichiers sonores sont toujours accompagnés d'un texte précisant la ligne directrice de la mise en scène et les choix artistiques effectués. La notion de choix est devenue fort concrète aux yeux des étudiants.

Faites-vous usage d'éditeurs audio dans votre enseignement

1 commentaire(s)

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    Émilie Lavery a écrit le 19 juin 2013 à 9h32

    Merci, Caroline, pour ce partage. J'ai fait l'essai d'Audacity en le faisant opérer d'une petite clé USB. Et cela a été un charme. J'aimerais exploiter davantage la lecture de textes dans nos cours de littérature. Voilà un outil commode, accessible, permettant de mettre davantage en pratique le conseil de Valéry: « Et donc, et surtout, ne vous hâtez point d'accéder au sens. Approchez-vous de lui sans force, et comme insensiblement. N'arrivez à la tendresse, à la violence, que dans la musique et par elle. Défendez-vous longtemps de souligner des mots, il n'y a pas encore de mots, il n'y a que des syllabes et des rythmes. Demeurez dans ce pur état musical jusqu'au moment que le sens survenu peu à peu ne pourra plus nuire à la forme de la musique. Vous l'introduirez à la fin comme la suprême nuance qui transfigurera sans l'altérer votre morceau. Mais il faut tout d'abord que vous ayez appris le morceau. » Paul VALÉRY, « Sur le déclin des vers », in Petit Recueil de paroles de circonstance, 1926, p. 126-127.

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