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Publié le 10 mai 2009 | Philosophie

Les TIC pour faciliter le dialogue en philosophie

« Si nous avons chacun un objet et que nous les échangeons, nous avons chacun un objet. Si nous avons chacun une idée et que nous les échangeons, nous avons chacun deux idées » - Proverbe chinois

Les dialogues socratiques, la dialectique et ses divers avatars, la théorie de l'agir communicationnel : toute la réflexion philosophique occidentale - sans parler des sagesses orientales - semble traversée par la notion de dialogue. Or, qu'en est-il dans nos classes?

Plan du cours avec paragraphe sur les TIC

Au cours de l'année scolaire 2008-2009 au cégep du Vieux Montréal, Sophie Tremblay, Xavier Brouillette, Victor Drouin-Trempe et moi avons mené un projet d'aide à la réussite dans le cadre du premier cours de philosophie. Ce projet avait pour principal objectif une actualisation de ce cours-écueil, tant dans la façon d'aborder la matière que dans les activités d'apprentissage et d'évaluation. Or, il nous a semblé qu'une partie de cette actualisation passait par une harmonisation des moyens de communications offerts de notre part à ceux des étudiants. À l'heure du « chat », des messages texte, des blogues, deFacebook et de Twitter, une mise à jour semblait pertinente. De plus, pourquoi ne pas profiter de cette nouvelle vague d'échange pour revitaliser ce qui constitue peut-être la plus vieille pratique philosophique : le dialogue?

... il semble qu'il soit permis d'espérer que le Web devienne, entre autres choses, le lieu d'un dialogue philosophique renouvelé.

Il suffit d'observer quelques instants la faune cégépienne pour le constater : les cellulaires sont partout; dans les labos d'informatique en libre-service, deux écrans sur trois ont une fenêtre active sur Facebook et une autre sur un réseau de messagerie instantanée (en plus, bien sûr, d'une fenêtre consacrée au « travail » académique). Les étudiants sont de plus en plus branchés, leurs échanges, de plus en plus médiatisés. Ils communiquent beaucoup, c'est indéniable. Comment alors canaliser cette compulsion communicationnelle vers un véritable dialogue philosophique, c'est-à-dire en un échange d'idées, un examen partagé de questions fondamentales, une critique mutuelle et constructive? Bien que le cadre classique de la classe demeure un lieu privilégié pour de tels échanges, à l'occasion de tables rondes ou de communauté de recherches (Mentionnons les communautés de recherche philosophique virtuelles de philo pour enfant, par exemple par le forum ou encore l'Observatoire Virtuel Collaboratif), par exemple, l'espace virtuel, déjà largement investi par nos étudiants, nous a semblé offrir des possibilités inexploitées.

CVM-Virtuel 'Extra' pour le cours Philosophie et rationalité

Au cégep du Vieux Montréal, l'ensemble de la réseautique fonctionne à partir de Microsoft SharePoint. Ainsi, la plate-forme pédagogique (le CVM Virtuel) est une adaptation de ce puissant logiciel à des fins pédagogiques. Avec l'appui de la Direction des technologies de l'information (DTI), nous avons pu développer une plate-forme qui offre essentiellement les mêmes fonctions que la plupart des plates-formes les plus répandues (DecClic, Moodle, etc.) : bibliothèque de documents, forum de discussion, blogue, wiki, calendrier, liste de tâches, etc. De plus, afin de constituer la communauté la plus grande possible, l'ensemble des étudiants des quatre professeurs (environ 300) ont été regroupés dans la même page d'accueil. Notre objectif était de créer un espace où les étudiants pourraient dialoguer philosophiquement. Les activités suivantes ont été développées :

1. Un premier travail d'analyse en wiki

En groupe de quatre, les étudiants devaient corédiger une analyse de l'influence de sophismes débusqués dans les médias. Ce travail en wiki était accompagné d'un forum réservé aux membres de l'équipe, dans lequel ils pouvaient discuter de la progression du texte.

2. Une foire aux questions (FAQ)

Un prof, c'est bien, mais quatre, c'est mieux! Toutes les questions sur n'importe quel sujet, sauf ceux d'ordre personnel, devaient passer par la FAQ. Aussitôt le message publié, une alarme sonnait dans la boite de courriel de chacun des quatre profs, et au plus rapide de répondre! Cette façon de faire avantage autant les étudiants, qui reçoivent une réponse dans un délai très court, que les professeurs, qui se partagent la tâche de répondre aux courriels. Formidable!

3. Un blogue

Chaque semaine, parfois plus souvent, nous tâchions d'ajouter au blogue des éléments susceptibles d'enrichir la réflexion amorcée en classe. Vidéos, images, liens vers d'autres blogues : tout ce qui pouvait permettre aux étudiants de mieux comprendre était de mise. Comme tout bon blogue, les étudiants étaient invités à commenter.

4. Un forum de discussion

Sans doute l'activité où le dialogue entre les étudiants s'est le plus et le mieux développé. Les étudiants devaient présenter, dans le cadre d'un forum de discussion, une prise de position argumentée sur une question synthétisant les notions et les thèmes abordés en classe. Ensuite, chacun devait questionner, voire critiquer, ses collègues et, à son tour, répondre aux remarques qui lui auraient été faites. Ce genre de forum, paradis de ceux pour qui prendre la parole représente un défi de taille, donne lieu à des échanges intelligents, nuancés, critiques, mais toujours ouverts et constructifs. On n'est plus bien loin du dialogue philosophique dont on parlait plus haut...

Évidemment, chacune de ces activités mériterait un développement beaucoup plus poussé quant aux avantages qu'elle présente sur le plan pédagogique; une littérature de plus en plus abondante existe d'ailleurs là-dessus. Néanmoins, au regard de l'objectif précis que nous nous étions fixés, soit d'instaurer, via les nouveaux moyens de communication, une certaine culture du dialogue philosophique, l'expérience semble concluante. Une rapide enquête auprès des étudiants montre que ceux-ci ont beaucoup apprécié l'arrimage - l'irruption? - de la philosophie dans leurs moyens de communication de tous les jours et que ceux-ci, tout autant que la classe, peuvent être le lieu d'expression d'une pensée philosophique. Sans pouvoir encore parler d'une nouvelle agora, il semble qu'il soit permis d'espérer que le Web devienne, entre autres choses, le lieu d'un dialogue philosophique renouvelé.

À propos de l'auteur

Paul Turcotte Paul Turcotte enseigne la philosophie au Cégep du Vieux Montréal depuis 10 ans. Dès ses débuts en enseignement, il a intégré des outils informatiques dans ses cours. Il a été responsable des mesures d’aide à la réussite du Département de philosophie pendant 7 ans. Depuis 2 ans, il agit à titre de professeur-ressource au Service d’aide à l’intégration des étudiants (SAIDE), où il conseille et accompagne les enseignants sur les questions d’inclusion scolaire. Il est également chercheur au CRISPESH. Il s’intéresse particulièrement à la CUA et à la diffusion des connaissances sur les pratiques inclusives. Depuis l’automne 2017, il offre un cours PERFORMA sur les pratiques inclusives.

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