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Publié le 12 octobre 2017 | Français (langue et littérature)

La rétroaction audio pour donner du sens à la correction

Pour corriger les dissertations de mes étudiants, je me suis tourné vers la rétroaction audio. J’y vois de réelles retombées pour moi et pour mes étudiants. Cela donne beaucoup plus de sens à la correction. En mode audio, la quantité de commentaires détaillés qu'on peut laisser est décuplée par rapport à la correction manuscrite. Le nombre de révisions de notes a aussi chuté drastiquement dans mes cours depuis que j’utilise cette méthode.

Avant de me tourner vers la rétroaction audio

En tant que nouvel enseignant en littérature, j’ai rapidement constaté que la correction est chronophage et parfois brutale! Je souhaitais rester vivant jusqu’à la fin de l’année et, surtout, optimiser le temps que j’allouais à la correction. J’ai donc décidé de revoir ma façon de corriger les dissertations de mi-session de mes étudiants.

J’ai d’abord expérimenté 2 stratégies faisant peu appel aux technologies :

  • Corriger en me chronométrant, pour respecter un temps limité de correction.
  • Rédiger à l'avance des commentaires numérotés et y faire référence sur les copies des étudiants.

La première stratégie peut s’avérer efficace, mais elle devient rapidement stressante. Quant à la seconde, l’approche est impersonnelle et peu susceptible de rejoindre les étudiants.

Pour trouver une solution, j'ai lu le livre de Julie Roberge, enseignante de français au Cégep André-Laurendeau, intitulé Corriger les textes de vos élèves, dont l’un des chapitres porte sur la correction audio.

Le fil d’Ariane de mes démarches

Au début de mes démarches, j’ai pensé enregistrer ma voix à l’aide de mon téléphone intelligent. Cette méthode n’était pas idéale, puisque l’espace de stockage requis varie selon la qualité et la quantité d’informations voulues.

Un technicien en audiovisuel m’a suggéré de me tourner vers le studio du Collège, ce qui me donnait accès à un espace de stockage que je pouvais rendre accessible à un petit groupe d’utilisateurs seulement. Par contre, cela supposait de réserver l’espace et de bien piloter les consoles.

J’ai aussi essayé de travailler avec un enregistreur utilisé par les étudiants en cinéma, un objet imposant et coûteux que j’ai rapidement mis de côté.

J’ai finalement décidé de m’acheter mon propre enregistreur numérique, au coût de 90$. Il se glisse dans une poche.

Pour que la rétroaction se rende à l’étudiant

Je devais ensuite trouver une façon de téléverser les fichiers audio et les rendre accessibles aux étudiants. J’ai trouvé une première solution en recourant à un espace de stockage du Collège, ce qui facilitait le téléversement des fichiers. Par contre, cet espace n’est accessible qu’à partir des ordinateurs locaux (et ce, autant pour l’enseignant que pour les étudiants). Il me fallait ensuite « montrer le chemin » aux étudiants pour qu’ils puissent écouter leur rétroaction. Cette situation m’a semblé peu intuitive. De plus, ces contraintes d’accès ont suffi à dissuader la plupart de mes étudiants d’aller écouter leur rétroaction audio. C’est la raison pour laquelle j'ai eu à trouver des moyens qui rendaient obligatoire l'écoute de la correction audio.

Maintenant, je réserve un local à la période de cours où je remets les copies corrigées. Les étudiants apportent leurs écouteurs. Dès la fin de l’écoute, les étudiants peuvent me poser des questions. Il m'est même arrivé de faire suivre l'écoute par un travail de réécriture sommatif personnalisé pour chaque étudiant. Les consignes étaient livrées dans l'enregistrement.

Mes astuces pour des rétroactions audio réussies

Cette approche vous intéresse? Je vous explique, en quelques lignes, la façon dont je procède :

Les grandes lignes de la rétroaction audio

Lorsque que je commence l'enregistrement :

  1. J'écris le nom de fichier de l'enregistreur sur la copie de l’étudiant (par exemple, « REC117 »).
  2. Je nomme mon étudiant et je le salue: « Copie de Donald Trump. Bonjour Donald! » Quoi qu'il arrive (et il arrive toujours de petits bogues), je peux facilement associer les copies à leur enregistrement respectif. Je ne perds pas de temps à réécouter une à deux minutes d’enregistrement pour essayer de retrouver à qui cela appartient.
  3. Je lis une seule fois le texte et je le corrige en direct. Je trouve cela plus spontané et naturel.
  4. J’enregistre ma voix en même temps que je laisse quelques traces sur la copie, mais j’essaie de ne pas trop écrire. C'est justement tout l'intérêt de la méthode audio! Je verbalise la démarche pour que l’étudiant puisse suivre l’ensemble de la correction. (Par exemple: « Je suis dans la grille de correction », « J’inscris tel code ou telle note ».)

Voici un exemple de rétroaction audio

La correction audio, un moment de grâce

Quelle satisfaction j’ai ressentie lorsque j’ai vu le regard étonné des étudiants! Ils constataient que chacun disposait d’une rétroaction personnalisée d’une durée de 20 minutes.

Avant que je fasse de la correction audio, le comportement habituel des étudiants était d'arriver à mon bureau, de déposer leur copie entière (et presque intacte) sur mon bureau et de me demander quelque chose comme: « Je ne comprends rien, qu'est-ce que je fais qui ne marche pas? »

Maintenant, lorsque les étudiants viennent me voir, leurs copies sont remplies de commentaires écrits! À plusieurs endroits, ils retranscrivent mes commentaires, mais dans leurs mots. C'est la preuve qu'ils intègrent beaucoup mieux la rétroaction, puisqu'ils sont capables de la vulgariser. Les questions qu'ils me posent ensuite sont beaucoup plus ciblées, par exemple: « Vous me dites à 3 reprises que j'intègre mal mes citations. Pour cette citation en particulier, qu’aurais-je dû faire? » ou « Comment fait-on pour rédiger une conclusion de paragraphe qui n'est pas seulement une répétition? »

J’ai le sentiment que cette méthode humanise l’évaluation. Je crois aussi qu’elle contribue à démystifier cette partie du rôle de l’enseignant. Les étudiants réalisent que de corriger exige du temps, beaucoup de temps!

J’associe aussi un travail à la rétroaction: les étudiants doivent retravailler leur introduction à la lumière de mes commentaires audio. Cela les rend plus actifs dans le processus d’apprentissage et d’évaluation.

Le nombre de révisions de notes a chuté drastiquement dans mes cours. J’ai le sentiment que les étudiants saisissent mieux les commentaires associés à leur travail. Les étudiants apprécient beaucoup cette formule et souhaiteraient même que je procède de la même façon pour l’évaluation suivante!

Les premiers enregistrements sont plus longs, voire fatigants, mais on prend vite le pli. Je ne conseillerais pas cette méthode pour tous les travaux, mais y recourir au moins une fois permet de donner une solide rétroaction et plus de sens à la correction.

Vous avez adopté des pratiques similaires dans vos cours? N’hésitez pas à les partager!

À propos de l’auteur

Jean-François Legault enseigne la littérature depuis 6 ans au Collège de Valleyfield, où il est présentement coordonnateur du Centre d’aide en français. Il s’intéresse depuis longtemps à l’impact de la technologie dans les domaines de la littérature et de la linguistique. Dans ses temps libres, ses intérêts le portent entre autres vers l’épistémologie, la physique quantique, la biologie évolutive, les rénovations et les longues marches en forêt.

Pour corriger les dissertations de mes étudiants, je me suis tourné vers la rétroaction audio. J’y vois de réelles retombées pour moi et pour mes étudiants. Cela donne beaucoup plus de sens à la correction. En mode audio, la quantité de commentaires détaillés qu'on peut laisser est décuplée par rapport à la correction manuscrite. Le nombre de révisions de notes a aussi chuté drastiquement dans mes cours depuis que j’utilise cette méthode.

2 commentaire(s)

Il y a une question sans réponse. Votre aide pourrait être utile!

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    Monique Ducroux a écrit le 17 octobre 2017 à 3h52

    Magnifique travail mais parfois les commentaires écrits sont également utiles aux parents qui essaient d'aider leur enfant. Il serait intéressant de trouver un moyen de partager ces commentaires avec les familles, qu'en pensez vous ?

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    Julie Anne Roy a écrit le 17 octobre 2017 à 9h19

    Merci pour ce partage ! Très intéressant. Je suis certaine que cela facilitera la tâche de mes enseignants de littérature. Je partage l'article à mon tour.

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