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Publié le 29 novembre 2018 | Multidisciplinaire

La réalité virtuelle pour développer l’empathie dans le monde réel

Friands de technologies, nous sommes toujours à l’affût d’idées nouvelles qui ont le potentiel de se traduire en stratégies pédagogiques novatrices et stimulantes pour nos étudiants. Après avoir expérimenté l’utilisation des crayons intelligents pour l’apprentissage par les pairs et l’intégration des jeux vidéo pour stimuler l’apprentissage en profondeur, nous nous sommes tournés vers les possibilités qu’offre la réalité virtuelle. Cette technologie nous a permis de faire vivre à nos étudiants des expériences immersives contribuant à développer une plus grande empathie face à des sujets que nous abordions dans nos cours respectifs.

L’inspiration de notre projet

Notre projet de réalité virtuelle a pris forme pendant le Sommet de l’iPad et du numérique en éducation 2017. Une enseignante de géographie au secondaire y présentait des exemples d’usage pédagogique de la réalité virtuelle pour visiter des lieux touristiques. Une participante a souligné que la réalité virtuelle pouvait aussi être utilisée pour susciter l’empathie. Cette idée nous a immédiatement interpellés, puisque nos cours respectifs font appel à cette notion et que nous rencontrions des défis dans l’acquisition et la démonstration de cette compétence par les étudiants.

Points de départ

Pascale donne le cours Interactions Within Cultural Communities dans le programme de Techniques d’éducation spécialisée. Les étudiants sont appelés à développer une relation d’aide avec des clientèles dont les références culturelles et le vécu diffèrent grandement des leurs. Pendant leurs interventions, les étudiants doivent adopter des attitudes et comportements témoignant d’une empathie.

Johnathan donne le cours Contemporary Ethical and Political Issues dans le programme de Humanities. Il y aborde des sujets comme la discrimination et l’accueil de réfugiés syriens. Lors de débats en classe, les étudiants appuyaient leur prise de position sur des arguments rationnels (faits, statistiques), voire sur certains préjugés. Johnathan souhaitait qu’ils fassent davantage preuve d’empathie lors dans leur analyse du sujet afin d’apporter un point de vue plus éclairé et nuancé aux débats.

La mise en oeuvre du projet

Notre expérience pédagogique s’inspire du projet UNVR de l’ONU, qui développe depuis 2015 des vidéos de réalité virtuelle afin de sensibiliser la population mondiale aux enjeux de droits humains les plus pressants. Ces vidéos, accessibles sur l’application Within, favorisent l’empathie en montrant, par exemple, les conditions de vie des réfugiés de guerre. La vidéo Clouds Over Sidra, présentée lors d’une collecte de fonds, a permis d’amasser 70% plus de dons!

Cet exemple nous a motivés à explorer le potentiel pédagogique de la réalité virtuelle pour développer l’empathie des étudiants devant les enjeux culturels et humanitaires abordés dans nos cours. Nous avons sélectionné 3 films :

Dans le cours de Pascale

L’empathie est un élément de la compétence qui se développe au sein du cours. Plus spécifiquement, je veux aider les étudiants à comprendre la réalité d’une personne immigrante. Ainsi, lorsqu’ils seront confrontés à cette situation dans leur futur emploi, ils seront en mesure de poser les questions appropriées pour établir une relation d'aide.

Avant, j’enseignais ce contexte d’intervention à partir de statistiques et de ressources théoriques. Je trouvais cependant que cela ne me permettait pas d’approfondir la question des réfugiés, qui arrivent au Canada dans un tout autre contexte que les personnes pour qui l’immigration est un choix. Or, les étudiants doivent tenir compte des circonstances difficiles que ces personnes ont vécues afin d’orienter leur prise en charge.

Partant de l’exemple de la Syrie, nous avons discuté des difficultés que peuvent rencontrer les réfugiés au moment de l’accueil (barrière linguistique, différences culturelles, traumatismes vécus). Les  étudiants vivaient ensuite une expérience immersive grâce à la réalité virtuelle. En visionnant les vidéos 360, ils étaient  très surpris de constater l’ampleur et la gravité de la situation des réfugiés, même après en avoir parlé en classe. Les étudiants ont du mal à bien saisir tous ces enjeux, car ils n’en ont, pour la plupart, qu’une connaissance théorique. La réalité virtuelle permet de représenter la situation de manière beaucoup plus tangible et de la ramener à une échelle humaine.

Des étudiantes du cours de Pascale regardant une vidéo 360 avec des visionneuses en carton.

Après le visionnement, je leur ai demandé d’écrire une réflexion personnelle. Les étudiants ont exprimé des propos très empathiques envers les réfugiés.

Dans le cours de Johnathan

Je suis toujours surpris d’apprendre, même si certains étudiants s’intéressent aux actualités, que plusieurs d’entre eux ne suivent pas les nouvelles. Les images de guerre les interpellent peu, car cette situation est très éloignée de leur réalité. En classe, ils se montrent parfois désengagés face à cette problématique.

Dans mon cours, j’utilise le débat pour faire ressortir les différents aspects d’un problème éthique. L’opinion des étudiants peut varier selon le degré d’empathie qu’ils éprouvent quant au sujet abordé. Par exemple, un sujet d’actualité abordé était de savoir si le Canada devait accueillir plus de réfugiés syriens. Les prises de position étaient très tranchées et reposaient sur des arguments rationnels (faits, statistiques), voire des préjugés relayés dans certains médias. J’arrivais difficilement à leur expliquer pourquoi un nombre plus élevé de réfugiés ne causerait pas plus de terrorisme. Je voulais aussi que les étudiants comprennent que certaines prises de position et décisions éthiques ont des conséquences réelles sur le plan humain, et qu’il est tout aussi important de considérer l’émotion et la souffrance d’autrui.

La réalité virtuelle a permis de montrer, de façon très réaliste, la réalité et les conditions de vie des réfugiés. Les étudiants ont visionné les vidéos 360 avant le débat. Ils devaient ensuite tenir compte, dans leur argumentaire, de ce qu’ils avaient vu et ressenti lors du visionnement. Les étudiants étaient plus engagés et les positions débattues étaient plus nuancées, elles tenaient compte davantage des zones grises.

Un aperçu de l’environnement 360 tiré de la vidéo de réalité virtuelle Clouds Over Sidra, produite par l’ONU et disponible sur l’application Within. Par cette expérience immersive, les étudiants ont été sensibilisés aux conditions de vie des enfants dans un camp de réfugiés syriens. (Source de l’image : The Sidra Project)

Bilan de notre expérience

Les étudiants étaient très excités à l’idée d’expérimenter la réalité virtuelle. L’attrait de la nouveauté y est certainement pour quelque chose. La réalité virtuelle rend aussi l’expérience de visionnement beaucoup plus active et engageante pour les étudiants, puisqu’ils peuvent choisir où regarder. Les expériences sont plus concrètes et communiquent une charge émotive plus forte et plus authentique.

Exemples de témoignages d’étudiants

Lors de la vidéo, je me suis sentie apeurée et triste, on pouvait vivre avec la famille les tremblements dus à des bombardements. Les parents étaient préoccupés et ne savaient plus quoi faire. Le fait qu’ils disent que c’était un géant pour rassurer [leur fille] me rendait vraiment sans mots. Je me suis sentie aussi impuissante qu’eux. L’expérience fut enrichissante. Cela nous projette dans le moment présent. Je crois que cela aidera à  sensibiliser beaucoup de gens.

Une étudiante au sujet du film Giant

On dirait que tout au long de la vidéo, j’étais entourée de leur vie, et cela m’a touchée. Je pense que ces vidéos sont vraiment conçues pour montrer une réalité à laquelle on ne s’attend pas, car on ne la vit pas.

Une étudiante au sujet du film Clouds Over Sidra

Sur le plan technique, l’expérience en classe dépend largement de la qualité du réseau wifi, puisque les étudiants téléchargent et visionnent les films en simultané, ce qui consomme beaucoup de bande passante. Pour parer à un éventuel problème de connexion ou d’appareils incompatibles, nous avons branché un iPad sur un projecteur, ce qui permettait de conserver la fonction de navigation dans la vidéo 360 et de la visionner sur grand écran.

Quelques étudiants ont ressenti un malaise semblable au mal des transports lorsqu’ils visionnaient les vidéos. En étant deux par deux, ils pouvaient alterner et espacer le visionnement, le temps que leur malaise se résorbe.

Des expériences à renouveler

Nos premières expériences avec la réalité virtuelle ont été positives. Nous prévoyons reprendre et bonifier ces activités en construisant des scénarios d’apprentissage autour du visionnement de contenus 360. Une approche plus structurée (séquence de visionnement, liste de questions, tâche complexe liée à l’expérience) permettrait de tirer davantage profit de l’expérience de réalité virtuelle. Nous aimerions également faire un retour plus formel sur l’expérience des étudiants afin d’obtenir une rétroaction concrète de leur part.

Dans nos cours, la réalité virtuelle ne devient pas un objet d’évaluation, mais une façon de rehausser et d’enrichir l’apprentissage. Nous croyons qu’elle a le potentiel de pousser plus loin les habiletés des étudiants, surtout dans des utilisations plus interactives et évoluées. Si la réalité virtuelle modifie la vision du contenu et l’approche de l’enseignant, cela peut occasionner un réel changement de paradigme en ce qui concerne l’expérience d’enseignement et d’apprentissage. C’est dans cette direction que nous aimerions orienter nos expérimentations futures.

Note

Les auteurs ainsi que quelques-uns de leur collègues du Collège LaSalle ont bénéficié d’une mini-bourse de l’organisme SALTISE pour la réalisation d’un projet d’expérimentation de la réalité virtuelle en classe. Pour en apprendre davantage à ce sujet, consultez les articles “Integrating Virtual Reality into the Classroom” et “Integrating virtual reality into the classroom – Follow up” publiés par Julie Anne Roy sur le blogue de SALTISE [ressources en anglais].

À propos des auteurs

Johnathan Mina Il est originaire de Montréal. Il a obtenu son baccalauréat en Liberal Arts et littérature anglaise à l’Université Concordia et sa maîtrise en littérature anglaise à l’Université Dalhousie à Halifax, en Nouvelle-Écosse. Il termine présentement une maîtrise en éducation à l’Université de Sherbrooke. Johnathan enseigne au Collège LaSalle depuis 2007. Il a présenté des conférences sur l’intégration des jeux vidéo en classe au Sommet du iPad et du numérique en éducation 2016 ainsi qu’au Colloque de l’AQPC 2017, à Montréal.

Pascale Warmoes Elle est originaire de Québec. Elle a étudié à l’Université Concordia, où elle a obtenu un baccalauréat avec une spécialisation en psychologie. Elle termine présentement une maîtrise en éducation à l’Université de Sherbrooke. Elle a enseigné la psychologie en Grèce en 2006 avant de devenir enseignante au Collège LaSalle en 2008. Elle a ouvert le Centre de services adaptés du Collège LaSalle en 2010 et a assuré son administration pendant 4 ans. Elle a présenté son expérience d’utilisation des jeux vidéo en classe lors d’un atelier au colloque de l’AQPC 2017 à Montréal.

1 commentaire(s)

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    Nicole Perreault a écrit le 4 décembre 2018 à 20h42

    Quelle bonne idée vous avez eue ! Je vais faire lire votre récit par mon chum, ex prof de psycho et maintenant coauteur d'un livre d'Initiation à la psychologie largement utilisé dans les cégeps francophones. Dans la prochaine édition, il serait intéressant qu'une approche comme la vôtre soit mentionnée dans un des chapitres du manuel. Continuez vos expérimentations technopédagogiques !

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