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Publié le 5 décembre 2010 | Français (langue et littérature)

La culture des réseaux comme idéologie pédagogique

On observe une constante dans la carrière d’enseignant (1972-2008) de Jean-Yves Fréchette : celle d’avoir propulsé ses étudiants dans des activités d’écriture et de production textuelle inédites. Son itinéraire de professeur, de concepteur de logiciels éducatifs (Logitextela Console d’écritureScriptor), de conférencier et d’écrivain montre comment la technologie, une technologue mixte misant tout autant sur l’audiovisuel que sur les TIC proprement dites, mise au service de l’événement, de la performance et de la communication, a permis d’offrir des environnements de travail qui ont soulevé l’enthousiasme chez ses étudiants.

Ses étudiants bloguent encore lors des événements qu’il crée ou auxquels il s’associe. Ils le firent notamment lors du Moulin à paroles.

L'un des projets parapédagogiques de Jean-Yves Fréchette: Agrotexte, une sculpture agricole et textuelle de 1,6km recensée dans le Livre Guinness des records en 1985 (Photo : Partick ALTMAN)

L’utopie en pédagogie

J’ai eu la chance de vivre cette période privilégiée de l’histoire des cégeps où l’utopie était encore un idéal qui alimentait la pratique des pédagogues. J’ai pu profiter de ressources technologiques formidables et, lorsqu’elles n’existaient pas, je les ai inventées avec l’aide de mes collègues. J’ai pu aussi compter sur des complices de première ligne: je salue ici l’amitié et le dévouement de tous les personnels de soutien. Depuis ma retraite, je travaille toujours au développement d’un environnement d’apprentissage informatisé, Scriptor, sur lequel je bricole depuis 1996, avec l’aide d’anciens étudiants du collège avec qui j’œuvre depuis peu dans une agence Web interactive: Crealogik.

Un environnement d’apprentissage numérisé

En classe, je n’ai jamais rien fait d’autre que de créer une écologie de l’apprentissage susceptible d’accroître la compétence des étudiants. Il m’est souvent arrivé de parler de ces dispositifs comme des trappes à textes. J’ai pu par là même hybrider le contexte ambiant des valeurs, des connaissances, des techniques et des imaginaires. Comme prof, je fus à la fois un créateur, un chercheur, un diffuseur. Dans ce contexte, j’ai toujours cru que la pédagogie aurait tort de se priver des TIC qui accroissent la portée des réseaux et des collaborations.

« Le reflet de vos propres apprentissages »

Le site Communication et discours (601-104) est la résultante d'un parcours collaboratif (celui du professeur et celui de la classe). Au début, une seule consigne en page d’accueil: « ce site est en constant développement: il appartient au prof de le nourrir et il vous appartient d'en faire le reflet de vos propres apprentissages ». Je n’ai pas hésité à prendre tout l’espace média disponible en évitant cependant de n’exploiter que les TIC. Ainsi un cours donné à la télévision fut l’occasion d’une réflexion sur l’impact de la situation de la communication sur la perception du message.

Je n’ai pas hésité non plus à passer de la classe (séances sur le pouvoir du regard, exercices de voix, etc.) à la console de télé, puis à l’agora. J’ai voulu multiplier les lieux de diffusion: capter du studio les reportages téléphoniques, puis les diffuser en direct dans la classe, avant d’en assurer la mise en ligne sur le site!

AU DÉBUT IL N’Y AVAIT RIEN. À LA FIN IL Y A TOUT

Ainsi, chaque semaine, chaque jour, apparaissaient de nouveaux contenus: des citations quotidiennes pour le projet Rimbaud, un éditorial hebdomadaire dans lequel je donne le ton : j’évalue les activités de la semaine qui vient de passer, je commente les performances d’écriture en cours, je préviens des pièges communs, j’annonce le programme de la semaine à venir, je harangue les troupes et, parfois, je vocifère symboliquement. Sur le site, je parle également de l’actualité dans des sites thématiques (comme celui consacré au travail de l'artiste contemporain Cristo) en laissant aussi à mes 38 étudiants la responsabilité de nourrir leur sous-site personnel.

Le site du Projet Rimbaud.

Poursuivre sur la lancée du phantasme

Pour comprendre l’origine de cette singularité pédagogique, il faut sans doute remonter au mois de juin 1986, époque où je désirais ardemment réformer mon enseignement. Il me paraissait normal alors d’installer mes étudiants dans un champ, avec 24 Macintosh, de laisser un chantier textuel ouvert 24 heures sur 24 pendant 7 jours et de leur demander de produire en équipe une dizaine de livres illustrés avec des mots venus de plus d’une vingtaine de pays. J’y ai travaillé avec des collègues (Réal Bouchard et Raymond Hamel) et des étudiants de collège 2 qui, aujourd’hui encore, œuvrent pour un bon nombre d’entre eux dans des métiers où le texte domine. Le Party textuel fut en quelque sorte le prélude de toutes mes découvertes ultérieures en pédagogie et une sanction pour les audaces à venir.

Une classe exemplaire : la classe verte du « Party textuel »

Qu’aurai-je appris?

Il m’arrive souvent de penser qu’il y avait tout au cégep pour expérimenter les grands concepts qui alimentent aujourd’hui la pédagogie de la réussite. Au cours de ma carrière, j’aurai appris à banaliser mon rapport aux technologies, à devenir un expert (afin de diminuer le pouvoir tyrannique des TIC) et à travailler en réseau. J’aurai également appris à internationaliser mes collaborations et à créer des structures évolutives qui reflètent l'acquisition des connaissances et la maîtrise réelle des compétences.

Au fond, les TIC ça ne m'intéresse pas. Ce qui me passionne, c'est les pratiques qu'elles génèrent. Voilà pourquoi on retrouvait sur le portail du cours 601-104 de l’hiver 2008 une constellation de sites. Cette architecture informatique qui intègre à la fois le contenu de référence du cours, le contenu hebdomadaire, les productions de la classe et de chacun des étudiants m’apparaît aujourd’hui encore, comme une des pistes fécondes en pédagogie de la littérature dans les collèges.

Maintenant je souhaite développer à l’Institut de twittérature comparée des outils d’écriture qui proposeront des scénarios pédagogiques pour l’utilisation de Twitter en production écrite et des outils, notamment des lexiques spécialisés, des bases de données lexicales répertoriées par thèmes, des générateurs d’idées aléatoires, etc.

Et tout le reste est twittérature…

Les performances réseau d’écriture expérimentées par Jean-Yves Fréchette montrent qu’il n’y a pas de limite à l’espace du texte et que les défis d’écriture peuvent être lancés tant en kilomètres qu’en caractères! Avez-vous une performance réseau à nous citer? Un tel champ de pratique croît-il dans vos collèges?

4 commentaire(s)

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    Denise Bruneau-Morin a écrit le 8 décembre 2010 à 9h34

    Nous avons connu Jean-Yves à travers ses réalisations sur Scriptor, un système informatique que nous utilisons avec bonheur pour le site Infiressources http://www.infiressources.ca. Ce système très vaste nous permet d’accomplir les multiples fonctions nécessaires à ce site québécois avec une ouverture internationale. Mais en cours de route de notre collaboration avec Jean-Yves, nous avons découvert avec étonnement et admiration ses multiples réalisations et son grand amour pour la culture. Ce qui nous ravit surtout, c’est que son intérêt pour les TIC est surtout orienté par sa passion pour la formation et l’évolution de l’étudiant. Pour lui, c’est toujours la pédagogie sous-jacente qui prime. On ne peut que se féliciter d’avoir parmi nous un tel pédagogue et pour nous à Infiressources d’avoir la chance de collaborer avec lui. Bravo Jean-Yves pour la twittérature et merci pour tes accomplissements qui nous enrichissent. Margot, Denise et Claire-Andrée

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    Marc Rochette a écrit le 20 décembre 2010 à 21h46

    Cher ami, Encore une fois, c'est l'humilité avec laquelle tu présentes ta carrière qui étonne: il y aurait tant à dire sur l'inspiration que tu insufflas à nombre d'entre nous ainsi qu'à la générosité avec laquelle tu as toujours su faire profiter plusieurs de tes collègues, jeunes et moins jeunes, de ta vision pédagogique si riche et si singulière. Et c'est sans compter tous les à-côtés que tes idées ont permis, je n'en citerai qu'un, qui me tient à coeur, mais qui vient en partie d'échanges avec toi sur le paradoxe du texte figé et du texte vivant, le premier invitant à le prendre à bras le corps pour le passer au «gueuloir» http://expositions.bnf.fr/brouillons/expo/2/flaubert.htm flaubertien et le second, à se colletailler avec la parole vive, à chaud, pour voir les mots se débattre afin de gagner une certaine pérennité: La promenade des écrivains.|http://www.promenade-ecrivains.qc.ca Je n’ai pas eu le privilège d’être ton étudiant, car c’est bien ainsi qu’il faut envisager le rapport pédagogique selon toi, mais j’ai eu la chance de te voir à l’œuvre avec certains d’entre eux : je n’aurais jamais besoin d’aucun autre argument pour me convaincre que l’enseignement est le plus beau métier du monde. Merci Jean-Yves.

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    ERIC KOUAmE a écrit le 12 janvier 2011 à 3h15

    mieux apprendre

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    Anyse Boisvert a écrit le 28 mars 2011 à 12h49

    Quelle aventure inspirante : la twittérature expliquée par Jean-Yves Fréchette! Ne manquez pas les compléments à la radio: http://www.radio-canada.ca/emissions/christiane_charette/2010-2011/chronique.asp?idChronique=142986. Les 140 caractères sont difficiles à atteindre en classe. On dépasse parfois, mais l'exercice est intéressant et vaut la peine d'être mis en pratique!

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