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Publié le 13 avril 2017 | Techniques administratives

L’intrapreneuriat éducatif au service de l’innovation pédagogique et numérique

J’ai rejoint l’équipe d’enseignants du Département de techniques administratives du Cégep de Trois-Rivières il y a 5 ans. À ce moment-là, des réflexions étaient déjà amorcées concernant une éventuelle révision du cours Entrepreneuriat offert au collège. Si son importance faisait l’unanimité au sein de la Table de concertation pour la promotion de l’entrepreneuriat, le mode d’enseignement privilégié (de type magistral) et l’intérêt mitigé des étudiants débutants en entrepreneuriat nécessitaient de revoir la formule du cours. Ma mission était claire: revoir le cours en profondeur et, par la même occasion, intégrer de nouvelles méthodes d’enseignement à l'ère du numérique. J’ai alors fait appel à mes compétences en intrapreneuriat pour élaborer la suite du projet!

Le projet à ses débuts

Avant mon arrivée, le cours d’Entrepreneuriat était conçu autour d’activités pédagogiques éprouvées, mais qui avaient besoin d'être adaptées à un contexte ayant évolué au fil des années et à des participants n’affichant pas un profil entrepreneurial. Il faut dire aussi qu'à ce moment, le besoin d’un alignement des intentions pédagogiques du Cégep avec les perspectives nouvelles d’enseignement se faisait de plus en plus ressentir. Les réflexions enclenchées pour engendrer le renouvellement des idées avaient précédé mon entrée dans le dossier. Par exemple, le conseil d’administration du collège avait fermement annoncé son appui à un enseignement plus approfondi des compétences entrepreneuriales adapté aux attentes de la communauté étudiante. Mon chapeau d’enseignant en techniques administratives me permettait d’être bien placé pour relever ce défi, que j’ai accepté avec enthousiasme.

Un cours révolutionné

Initialement, le contenu du cours convenait plus aux étudiants détenant déjà certains rudiments de l’entrepreneuriat. Concrètement, les objectifs, théories et activités pédagogiques qui le composaient s’adressaient en priorité à des apprenants munis d’un projet pour lequel ils voulaient construire un plan d’affaires. En vue de remodeler le cours et le rendre accessible à tous (notamment aux néophytes et aux apprentis entrepreneurs), j’ai effectué les changements suivants :

  • Recherche de contenu actualisé et pratique, sous forme de textes et de capsules vidéo en ligne.
  • Remodelage presque complet du cours avec une nouvelle articulation du contenu en 12 modules.
  • Proposition d’un nouveau scénario pédagogique.
  • Création de vidéos d’entrevues réalisées avec de « vrais » entrepreneurs. Les expériences partagées par ces personnalités importantes du monde des affaires étaient d’autant plus inspirantes qu’elles permettaient aux étudiants d'échapper à certaines erreurs que commettent des entrepreneurs à leurs débuts.

Entrevue réalisée avec Stella Montreuil, présidente de la Corporation de développement culturel de Trois-Rivières, concernant l'importance du réseautage.

Scénario pédagogique revisité

Essentiellement, le nouveau scénario pédagogique consistait en la proposition d’une formule hybride, qui permettait aux étudiants de construire leur apprentissage en toute liberté, tout en diversifiant les méthodes d’enseignement.

  • Pour chaque module, les étudiants doivent réaliser du travail à la maison.
  • Par la suite, nous réalisons des activités en classe (normalement, 1 semaine sur 2) où les apprenants sont en contact avec des intervenants du milieu.
  • Pour les autres semaines où il n’y a pas d’activités, je demeure disponible pour répondre à d'éventuelles interrogations et pour faire de l’accompagnement individuel auprès de ceux qui travaillent sur des projets.
  • En guise d’évaluation, les étudiants sont maintenant appelés à faire un résumé de leurs apprentissages et à réaliser des activités qu’ils doivent consigner dans un journal de bord, à partir de la suite Google.
Je ne pense pas qu’il faille forcément commettre des erreurs pour apprendre. C’est vrai que l’échec fait partie de l’apprentissage. Certains croient alors qu’il faut laisser les étudiants mener des projets voués à l’échec pour qu’ils apprennent! C’est plutôt une recette pour la démotivation, car ils verront que ce type d’erreurs aurait pu être évité avec un meilleur encadrement. Pour moi, seuls les échecs « authentiques » sont porteurs d’apprentissage. Ainsi, j’essaie d’aider les apprentis entrepreneurs à éviter les erreurs les plus simples et répandues, de manière à accélérer leur développement.

Des outils numériques incontournables

Quelques choix technologiques se sont également imposés, lors de la refonte du cours :

  • Moodle : Tout le contenu du cours était accessible sur la plateforme Moodle, à partir de 2014. Ce choix avait la vertu de rendre les étudiants plus autonomes, tout en leur donnant la possibilité de compléter les modules à leur rythme, dans les délais impartis.
  • Google Drive : Cet outil héberge les journaux de bord que je partage avec chacun des étudiants afin qu’ils organisent et construisent leurs apprentissages sur les différents concepts et sujets vus dans les modules. Le journal de bord me permet d'observer la construction des apprentissages, les progrès et les difficultés de chacun des étudiants. Du point de vue de l'apprenant, cela lui permet d’évaluer sa propre performance et lui sert de document de référence, même après avoir achevé le cours.
  • YouTube : Pour héberger les vidéos que j’avais repérées et d’autres que j’avais produites avec la participation des entrepreneurs, j’ai créé une chaîne YouTube. Outre la pertinence des sujets abordés dans ces vidéos, elles servent aussi à différencier le mode de présentation du contenu du cours.

Le tableau de bord d’un module du cours, hébergé sur la plateforme Moodle.

Des résultats probants

Les résultats de cette démarche, qui a certes donné lieu à des bouleversements, s’avèrent très concluants :

  • Les nouveaux contenus apportés, jumelés à la manière de les présenter, ont rendu le cours plus attrayant et stimulant pour les étudiants.
  • Les contenus adaptés pour rejoindre un plus vaste groupe d’étudiants (apprentis, initiés et avancés) ont favorisé l'apprentissage et la persévérance.
  • La gestion administrative de la classe s’est sensiblement améliorée, grâce à Google Drive. En effet, j’avais moins de documents papier à manier, de même que les étudiants!
  • Les conférences et autres événements entrepreneuriaux proposés offraient de belles opportunités de réseautage et permettaient une proximité avec des personnes qui détiennent de l'expérience entrepreneuriale.

Cette pédagogie où les étudiants sont au coeur de l'apprentissage n'est pas sans conséquence sur leur choix de carrière. En effet, elle leur permet de considérer plusieurs options concernant la façon dont ils souhaiteraient s’engager dans l’entrepreneuriat, que ce soit en tant que travailleurs autonomes, entrepreneurs ou intrapreneurs.

Afin de mettre à profit les compétences du cours en entrepreneuriat, je m’implique dans plusieurs projets visant à donner aux étudiants l’opportunité d’élargir leur champ d’action (en effectuant le passage de l’apprentissage à la pratique) et de s’engager au sein de la communauté. J'encadre des étudiants qui participent au Startup weekend, une initiative qui invite à réfléchir afin de proposer des idées d’affaires. Également, je participe à l'organisation du concours Vise dans le mille, une autre activité entrepreneuriale parascolaire visant la création d’entreprise. L'intérêt de ces 2 activités est d’offrir le support indispensable à la concrétisation des idées affaires, et beaucoup de mon implication se traduit par de l'accompagnement personnalisé des étudiants ayant des projets. Je continue même parfois à les « coacher » après qu'ils aient terminé leurs études au Cégep.

Les gagnants du concours Vise dans le mille, montrant fièrement leurs certificats.

Le processus intrapreneurial et ses défis

Les écueils les plus fréquents auxquels se heurtent les intrapreneurs qui mettent en oeuvre des projets innovants sont le manque de tolérance au changement et d'appui managérial. Je n’insisterai jamais assez sur l’importance de l’apport des dirigeants et des collègues dans l’instauration d’un climat organisationnel propice à l'émergence et à la mise en œuvre de nouveaux projets.

Au tout début, j’ai dû surmonter divers obstacles :

  • Aménagement d’un cours hybride combinant des heures contacts traditionnelles réduites et des heures d’encadrement en ligne plus importantes.
  • Dégagement d’une contrainte spécifique à l’horaire pour combiner des groupes et optimiser le temps de chacun, par exemple autour de conférenciers inspirants.
  • Mécompréhension pédagogique de certains collègues.
  • Difficulté à obtenir les ressources initiales et les divers outils afférents pour soutenir l’effort technopédagogique.

Des astuces à partager

Aujourd’hui, ces obstacles initiaux ont été surmontés ou sont en voie de l’être. Mais, dans les moments plus difficiles, j’ai dû puiser en moi-même pour garder l’idée bien vivante. On m’a demandé sur quelles ressources je me suis appuyé, les voici. Pour persévérer, il faut :

  • Entretenir la foi en soi-même et en son idée.
  • Garderla motivation initiale et ne jamais se détourner de la mission du projet, soit le bien des étudiants et le bien-fondé des nouvelles approches entrepreneuriales.
  • Garder en tête que notre mission face aux étudiants consiste aussi à les outiller pour la vraie vie!
  • Accepter que mon projet doive évoluer avec le temps et s’adapter constamment. Donc, en faire un projet de qualité entrepreneuriale en lui-même.

En conclusion, à travers mon expérience, je suis convaincu qu’il vaut la peine d’expliquer notre projet à la direction et aux collègues afin de bénéficier de plus en plus de leur compréhension et de leur soutien. D’un point de vue plus général, il est important de montrer que le collège a tout intérêt à rester proactif et à l’affûtdes pratiques novatrices. C’est du moins le sens de l'intrapreneuriat, mais quand on y pense, l'enseignement n’a-t-il pas toujours évolué grâce à l’apport de quelques innovateurs bien décidés à faire une différence?

3 commentaire(s)

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    Geneviève Ducharme a écrit le 18 avril 2017 à 12h53

    Bravo Maxime! Très belles initiatives! Approche très inspirante!

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    Alexandre Mathieu a écrit le 20 avril 2017 à 21h51

    Superbe innovation pédagogique qui, en plus, suscite la mobilisation de tes compétences et attitudes entrepreneuriales! Tu incarne les attitudes que tu enseignes, bravo!

  3. L’auteur vous répond

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    Maxime Arcand a écrit le 21 avril 2017 à 9h34

    Merci Alexandre!

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