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Publié le 3 octobre 2006 | Français (langue et littérature)

L’épreuve uniforme de français à distance, fiction ou réalité

Ce récit de deux enseignants de littérature du Cégep de Sherbrooke raconte l'expérience qu'ils ont tentée d'une passation à distance de l'épreuve uniforme de français. Toute une simulation! Daniel Vallières est l'autre enseignant à s'être lancé dans cette aventure.

Daniel Vallières

Avec l’essor des nouvelles technologies et la maîtrise de ces technologies par de plus en plus d’élèves, nous sommes appelés à modifier nos façons de faire. Les profs qui se sont familiarisés avec ces nouvelles technologies savent à quel point les changements sont importants. Par exemple, pour accroître l’efficacité de notre cours Littérature et imaginaire, nous avons construit un site Web que les élèves consultent pour mettre à jour les contenus de cours qu’ils reçoivent en classe, pour se procurer des informations de dernière minute ou pour se tenir au courant d’événements imprévus comme une modification à l’horaire ou une absence du professeur et le travail à remettre, entre autres. Ainsi, l’élève est presque toujours en contact avec son milieu scolaire.

Bien sûr, nous n’en sommes qu’aux premiers balbutiements, mais nous pourrons bientôt apporter des amendements intéressants à nos approches pédagogiques pour aider les élèves à réussir de mieux en mieux. Dans notre cours Littérature et imaginaire, nous avons tenté une expérience passablement intéressante puisqu’elle jumelle l’utilisation de l’ordinateur comme outil de rédaction et l’Internet comme moyen de communication. Mais avant de vous la raconter, voici les conditions qui avaient cours avant l’utilisation de ces nouvelles technologies.

La proposition habituelle

L’expérience concerne l’examen de dissertation auquel nous soumettons nos élèves à la sixième semaine de cours. Cet examen implique une durée de quatre heures consécutives où l’élève est placé devant un problème à résoudre, ici une question de dissertation, auquel il doit répondre dans cet intervalle. L’examen de dissertation est imposé par le programme du deuxième cours de français dans lequel la compétence à atteindre est la maîtrise d’une dissertation de type explicatif. Le type de question posée relève également de cette contrainte qui nous oblige à utiliser une question qui demande d’expliquer plutôt que de critiquer.

Comme nos cours se donnent sous la forme de périodes de deux heures, nous ne pouvons pas demander à nos élèves de réaliser un examen du type de celui que propose le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport lors de l’épreuve uniforme de français, car l’élève doit disposer de suffisamment de temps pour lire, analyser, planifier, rédiger et réviser. En effet, cette épreuve comprend trois questions du type suivant : Est-il juste de dire que dans cet extrait d’Antigone, Anouilh veut montrer qu’il est impossible d’être heureux? L’élève répond à la question en analysant l’extrait donné. Dans la plupart des cas, les deux autres questions proposent à l’élève de comparer deux extraits, mais leurs formes correspondent à peu près toujours à celle de la question présentée plus haut. L’élève dispose de quatre heures trente minutes pour compléter l’épreuve uniforme de français.

Pour pallier le manque de temps en classe pour réaliser une épreuve de ce type, nous préparons à chaque année un examen qui ressemble en tous points à cette épreuve uniforme de français et nous demandons à nos élèves de le passer le soir. Pendant une semaine, les deux périodes d’enseignement de deux heures pendant le jour sont donc remplacées par une période de quatre heures, en soirée, pour la passation de l’examen. Les élèves doivent se présenter à une des périodes prévues à cette fin. Ces périodes s’échelonnent sur quatre soirs, du lundi au jeudi, et les élèves choisissent le soir et l’heure à laquelle ils veulent débuter leur examen. Nous offrons deux possibilités : ils peuvent le commencer à 18 heures ou à 19 heures.

À la différence de l’épreuve uniforme de français, notre examen comporte une seule question et un seul extrait. C’est pourquoi nous pouvons demander à nos élèves de réaliser l’examen en quatre heures puisque le temps de choisir entre des questions et des extraits n’est plus requis.

En classe, nous présentons notre modèle d’analyse d’un extrait de pièce de théâtre en répondant à la question citée plus haut sur Antigone. Nous leur demandons ensuite de s’exercer en répondant à une question construite comme celle du modèle et qui porte sur un extrait équivalent d’une autre pièce de théâtre. Enfin, nous leur demandons de lire une œuvre, cette année c’était Oublier de Marie Laberge, afin de se préparer à répondre à une question d’examen qui porte sur un extrait de cette œuvre.

Pour éviter le plagiat, nous élaborons quatre questions sur l’œuvre à partir de quatre extraits. Ces questions ont à peu près le même libellé. En voici un exemple avec un extrait d’une pièce de Gratien Gélinas : Est-il juste de dire que Gratien Gélinas, dans cet extrait de Bousille et les justes, montre que dans la société québécoise de cette époque, la violence sait triompher de la justice? Comme dans la classe les élèves doivent souvent partager une même table, nous présentons deux questions par soir. Le premier soir, nous distribuons les questions 1 et 2, le deuxième soir, les questions 3 et 4 et les autres soirs nous mélangeons les quatre questions. Ainsi, les élèves ne peuvent ni copier sur leur voisin de table ni donner de l’information à ceux qui viennent un autre soir parce qu’ils savent qu’ils n’auront pas nécessairement la même question.

Cette façon de faire plaît beaucoup aux élèves parce qu’ils voient très bien ce qu’ils peuvent réaliser en quatre heures de travail.

Cette année, nous avons décidé d’offrir, à ceux qui le désiraient, de faire l’examen à la maison. C’est de cette expérience que nous voulons vous entretenir.

Notre proposition

Nous voulions par notre site Web mettre à la disposition de l’élève une question d’examen qui serait disponible à un moment précis de la semaine. Nous avions fixé cet examen le mercredi soir 8 mars 2006 de 18 heures à 22 heures. Nous avons donc proposé aux élèves qui le désiraient de faire l’examen à distance. Pour utiliser cette forme d’examen, ils devaient respecter les consignes que nous leur avons présentées en classe et qui étaient affichées sur le site du cours.

Pour permettre aux élèves d’avoir accès à leur question d’examen, nous avons créé sur le site un tableau qui contenait la liste de tous les élèves inscrits. Parce que les noms étaient placés en ordre alphabétique, les élèves pouvaient repérer leur nom facilement. Un hyperlien reliait le nom de chaque élève du tableau à un document Word qui contient la forme de l’examen choisie. Pour donner aux élèves inexpérimentés la chance d’essayer une première fois le système de récupération de la forme de l’examen, nous avons créé un hyperlien trois jours avant la soirée de l’examen. Un message a été envoyé aux élèves inscrits les invitant à se rendre sur la page d’accueil du site Web et à cliquer sur leur nom dans le tableau pour s’exercer à récupérer l’examen et ainsi s’assurer que tout fonctionne correctement. Nous avions placé un document Word dans cet hyperlien qui demandait aux élèves de nous envoyer un message nous démontrant qu’ils étaient bien en lien avec nous.

Le test réalisé, un courriel suivait pour annoncer que nous avions bien reçu leur fichier. Puis, à 17 h 55 le soir de l’examen, nous avons remplacé le document Word de la pratique par le document Word contenant la forme de l’examen.

Les élèves avaient appris lors de la présentation de l’examen qu’il existait quatre questions. Naturellement, nous ne leur avons pas dit qu’ils auraient tous accès à une seule question. Pourquoi en avoir choisi une seule? Nous n’aurions eu aucune difficulté à attribuer une question différente aux élèves, mais comme nous ne voulions pas que toutes les questions d’examen circulent sur le Web et que certains élèves prennent connaissance des formes avant la journée qui restait pour les autres élèves et pour les élèves qui abandonneraient en cours de route le mercredi, nous avons choisi de n’en utiliser qu’une seule. Dans une prochaine étape, nous pourrons faire plusieurs questions et les proposer pour éviter le plagiat, mais il est presque impossible que deux élèves s’entendent ensemble pour faire l’examen puisqu’ils se placeraient dans une situation d’échec. Tous les élèves nous ont dit qu’ils prenaient les quatre heures pour faire l’examen. Certains d’entre eux n’ont pas été capables de finir dans les quatre heures.

Environ 30 % de nos élèves ont choisi de faire l’examen à distance. En chiffres réels, parmi les 6 groupes d’une trentaine d’élèves à deux profs, donc 180 élèves, 54 ont choisi cette façon de faire.

Une proposition des élèves

À notre grande surprise, les élèves ont trouvé intéressant qu’on leur offre cette possibilité de réaliser leur examen à la maison ou dans un lieu où ils se sentiraient le plus à l’aise de le réussir. Toutefois, un groupe d’élèves plus inquiets, nous a demandé s’il pouvait le faire dans le laboratoire informatique du pavillon. Nous nous sommes empressés d’accepter à la condition qu’ils se plient aux exigences des élèves qui le réalisaient à distance. Ils ont accepté. Ainsi, le mercredi 8 mars, nous aurions, en plus du groupe d’élèves qui travaillerait à distance, à gérer un groupe qui ferait l’examen au laboratoire informatique. Un autre 15 % d’élèves s’est alors ajouté à l’examen à distance ou par ordinateur. Pour ce groupe, nous avons décidé de procéder comme pour les élèves qui se présentaient en classe. Ils arrivaient au moins 15 minutes avant l’examen et préparaient leur poste de travail. Cinq minutes avant l’examen, un des profs leur distribuait une question d’examen à l’écrit. Nous avons refusé de mettre à leur disposition sur le site du cours toutes les questions d’examen pour les mêmes raisons que nous avons expliquées plus haut. Ainsi, les élèves avaient des questions différentes.

Les résultats

Le taux de satisfaction

Tous les élèves, sauf un, qui ont fait l’examen à l’ordinateur étaient très satisfaits de leur expérience. Ils ont dit vouloir la répéter.

Les élèves au laboratoire informatique

Les élèves au laboratoire informatique ont trouvé difficile de devoir recopier les citations qu’ils utilisaient pour preuves de leurs arguments. Ils ont demandé que l’extrait soit sur le site du cours pour qu’ils puissent aller chercher les citations. Ils ont insisté sur le fait qu’ils auraient eu plus de temps pour l’analyse de l’extrait choisi, la rédaction et la correction de leur texte.

Les élèves qui travaillaient de la maison

Les élèves qui ont travaillé à la maison ont beaucoup aimé cette expérience et ont jugé qu’ils avaient suffisamment de temps pour faire l’examen. Ils n’ont pas émis d’autres commentaires.

Nos constatations

Nous avons été étonnés de constater qu’il y avait peu de différence dans la rédaction entre les élèves qui travaillaient à la maison et ceux qui faisaient l’examen en classe de façon traditionnelle. Nous avions prévu modifier la pondération au plan des fautes de tous genres, mais nous avons constaté que les élèves faisaient autant de fautes même s’ils utilisaient un traitement de texte. Voici un exemple d'une partie de texte d’un bon élève, une personne qui travaille bien et qui réussit aussi très bien. L'affichage en rouge indique les fautes de tous ordres.

Les fautes que nous retrouvons dans ce texte sont tout à fait comparables avec les fautes d’un élève qui a passé son examen en classe. Les élèves ont fait en moyenne 25 fautes. Ces fautes, sauf quelques-unes, ne sont pas indiquées par le correcteur du traitement de texte Word.

Pour ce qui est du contenu, les élèves ont suivi une méthode d’analyse rigoureuse et les erreurs dans l’application de la méthode sont du même type. Dans le texte ci-haut, l’élève ne répond pas directement à la question. Nous avions insisté pour que l’argument soit formulé de façon à répondre en tous points à la question de l’examen. Le commentaire en caractères gras indique ce que nous voulions comme énonciation d’un argument.

Nos remarques

Dans une prochaine étape, nous allons nous assurer d’être en ligne avec tous les élèves qui vont choisir ce type d’examen. Nous pourrons ainsi leur apporter une aide ponctuelle si un problème survient. Nous prévoyons utiliser MSN Messenger puisque plusieurs élèves ont déjà un compte hotmail et qu’ils sont familiers avec ce type de messagerie. Comme les élèves savent que nous ne répondons à aucune question qui touche l’examen, nous pourrons intervenir pour les cas d’élèves qui ont de la difficulté à gérer la prise en charge de leur examen. Nous allons aussi offrir la possibilité de faire l’examen dans le laboratoire informatique. Cette fois, nous mettrons ce type d’examen la dernière journée. Ainsi, les élèves auront accès à une forme d’examen à l’ordinateur.

Près de la moitié de nos élèves ont décidé d’utiliser ce mode de fonctionnement et nous avons apprécié la façon dont ils ont coopéré. Cette façon de faire nous a permis d’accélérer notre correction puisque les textes étaient plus faciles à lire. Nous avons utilisé plusieurs façons pour faire des commentaires. Dans l’exemple ci-dessus, nous avons employé les parenthèses et les caractères gras, mais dans d’autres cas nous avons utilisé les commentaires du traitement de texte Word.

Nous allons maintenant proposer cette forme d’examen à distance parce que nous croyons que les élèves seront de plus en plus habiles à travailler avec un traitement de texte et surtout avec de bons correcteurs orthographiques pour remettre des textes sans fautes. Enfin, plusieurs des collègues que nous avions consultés s’inquiétaient du fait que les élèves pouvaient tricher. Les élèves qui passent ce type d’examen sont tellement stressés qu’ils n’ont pas le temps de s’organiser pour tricher. Ils ne veulent surtout pas se trouver dans l’obligation de refaire l’examen parce que quelque chose n’a pas marché ou parce qu’ils ont manqué de temps.

Ressources suggérées par l'auteur

  • Pour les personnes intéressées d’en savoir davantage sur la déroulement de la soirée, consultez le document La gestion de la soirée.

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