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Publié le 9 février 2015 | Multidisciplinaire

Google Docs au service de la créativité et des sciences!

Profondément enracinées dans la rationalité, les sciences ont traditionnellement été mises en opposition avec le domaine des arts, où la créativité prévaut. Cette dichotomie qui suppose que les artistes ne sont pas cartésiens et que les scientifiques ne sont pas créatifs a longtemps fait partie de notre système de pensées. Cependant, elle est aujourd’hui remise en question grâce aux nouvelles technologies. C’est quelque chose que je mets de l’avant dans mes cours interdisciplinaires, notamment par la communication asynchrone, ce qui permet à mes étudiants de développer une meilleure compréhension de ces deux pôles.

Créer des liens

J’ai commencé le projet « Art et Science » en 2009 dans un cours de sciences humaines de 4e session sur l’histoire et la méthode en science au Collège Vanier. Il n’est pas aisé d’intéresser des jeunes de sciences humaines aux sciences pures. Plusieurs de nos étudiants ont des souvenirs amers des sciences et des mathématiques du secondaire et n’hésitaient pas à me partager leur mépris pour les formules mathématiques, les nombres, le calcul. Une approche traditionnelle de l’enseignement des sciences ne me paraissait pas appropriée pour les étudiants en sciences humaines. Il me fallait stimuler leur intérêt autrement.

Le site web du projet « Art et Science »

C’est en cherchant des alternatives que je suis tombé sur les livres de Kieran Egan, un professeur en sciences de l’éducation à l’Université Simon Fraser en Colombie-Britannique. Dans ses livres, Egan souligne l’importance de l’imagination et de la créativité afin de cultiver les apprentissages : cette approche m’a inspiré. Convaincu de l’importance de l’interdisciplinarité, j’ai décidé d’enseigner l’histoire et la méthode en science en incitant mes étudiants à faire des liens entre les sciences et ce qu’ils connaissaient de la philosophie, de l’histoire et des arts. Par exemple : quel lien existe-t-il entre les œuvres de Freud, de Picasso et d’Einstein dans les années 1910? Ce n’est certainement pas un hasard si leurs idées révolutionnaires ont émergé à peu près à la même période.

C’est avec cette approche que j’ai réussi à intéresser mes étudiants à l’histoire des sciences. Les différents rapports entre l’art et la science les intriguaient. Cela leur a permis de considérer la science sous un autre œil, de la reconnaître comme l’un des éléments constitutifs, au même titre que la philosophie et les arts, d’une toile complexe et plus large qui permet de définir la culture d’une époque, de l’inscrire dans le contexte politique et économique, quelle que soit la période historique étudiée. L’expérience s’est avérée si enrichissante que j’ai décidé de la refaire l’année suivante, en la transposant cette fois auprès des étudiants inscrits en sciences pures.

Ma façon d’intégrer une dimension créative à mon cours de sciences a été plutôt directe : j’ai demandé à ma première cohorte d’étudiants d’illustrer de manière artistique certains des concepts scientifiques appris dans le cours. Quelques semaines plus tard, ils ont apporté leurs œuvres en classe. Le résultat était plutôt mitigé. De manière générale, ils ont eu plus de difficulté que ce que j’envisageais. Si certaines illustrations étaient plutôt réussies (parce que leur auteur avait du talent), plusieurs étudiants ne comprenaient pas la pertinence de ce travail. J’ai compris qu’ils avaient besoin de plus de temps pour organiser et synthétiser leurs idées, à travers un dialogue constant avec leur enseignant à l’extérieur de la classe.

Google Docs

J’ai réalisé que je devais être plus proactif pour assurer le suivi du travail de session auprès de ma deuxième cohorte. Afin d’offrir aux étudiants une rétroaction sur les ébauches qu’ils me soumettraient, j’ai utilisé Google Docs. Cet outil m’a permis d’établir un dialogue asynchrone avec mes étudiants : je leur ai demandé de réfléchir aux concepts qui les avaient marqués et à la manière dont ils pouvaient les représenter en arts visuels.

« La Science », l’œuvre d’un étudiant inspiré par les réflexions d’Einstein sur le rapport entre l’univers et l’intelligence humaine.

La qualité des œuvres soumises par les étudiants s’est nettement améliorée, parce que je pouvais offrir une rétroaction rapidement. Les étudiants pouvaient déposer leurs premières esquisses sur Google Docs et échanger avec moi : « As-tu pensé à l’aspect symbolique de cette image? Pourquoi ne pas faire une sculpture plutôt qu’une toile? » L’échange d’idées était très constructif et les encourageaient à aller de l’avant avec leur projet. Cependant, je me suis rapidement senti hors de ma zone de confort. La collaboration d’un professeur d’arts me paraissait nécessaire afin d’évaluer la dimension artistique des travaux.

J’ai tenté de recruter un enseignant en arts dans le réseau collégial québécois ainsi que dans plusieurs universités canadiennes. J’ai envoyé une quarantaine de courriels à cet effet et reçu plusieurs réponses encourageantes. L’une d’elles se disait d’ailleurs étonnée d’apprendre que ce genre d’initiative existait au niveau collégial. À la suite de cet échange, j’ai été invité à présenter mon projet au Symposium sur le dialogue démocratique par les arts, organisé en juillet 2012 par les Facultés d’Éducation et de Musique de l’Université d’Ottawa. J’ai également reçu une réponse positive de Michelle Wiebe, de l’Université Victoria en Colombie-Britannique. Cette dernière a beaucoup apprécié mon projet. Elle a même décidé de me donner un coup de main en offrant de précieux conseils aux étudiants à propos de leurs œuvres. C’est par Google Docs qu’elle participe au projet depuis 2012.

Google Docs est une excellente plateforme par laquelle nous pouvons développer les idées des étudiants sur leurs projets artistiques. Cet échange initial sur les techniques, le format, le sujet et les couleurs de l’œuvre initie une communication constante entre l’enseignant et les étudiants, ce qui les motive pendant toute la durée du projet qui s’étale sur plusieurs semaines. J’émets surtout des commentaires sur les concepts scientifiques qu’ils tentent d’illustrer, tandis qu’un enseignant en arts commente leurs choix artistiques. Google Docs nous permet de le faire, même si nous nous trouvons dans des provinces différentes.

Après la remise de leur projet final et la présentation de celui-ci devant leurs collègues de classe, les étudiants rédigent un journal autoréflexif dans lequel ils doivent évaluer leur travail. Ils repèrent les forces et les faiblesses de leur œuvre et expliquent comment ils auraient pu la faire autrement. Dans un projet de cette envergure, le processus et le produit sont tout aussi importants.

La technologie au service de la réflexion

Les étudiants profitent d’évaluations fondées sur l’interdisciplinarité. Cette expérience en classe exige des étudiants qu’ils fassent preuve d’une bonne capacité d’adaptation, comme ils pourraient être appelés à le faire dans leur vie professionnelle. Le transfert de connaissances ne peut être atteint qu’au terme d’un lent processus au cours duquel l’information est raffinée et débattue à partir de perspectives différentes. Cet apprentissage ne peut être précipité, puisqu’il s’agit d’un processus cognitif complexe qui requiert du temps.

La technologie nous permet d’étendre les communautés de recherche en favorisant les échanges d’idées entre des professionnels de partout dans le monde. Je savais que sans un site web pour le projet « Art et Science », je n’aurais pas été en mesure d’en faire la promotion auprès d’autres enseignants. Le site web est aussi un excellent outil de validation pour les travaux de mes étudiants, puisqu’il permet de mettre en lumière leur immense potentiel créatif et le processus qui a permis aux étudiants en sciences humaines et aux étudiants en sciences, de voir respectivement les sciences et les arts sous un angle différent.

1 commentaire(s)

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    SEBAI AMAR a écrit le 21 février 2015 à 14h20

    Salut. Je trouve votre travail très intéressant . J'ai bien lu votre sujet sur l'approche interdisciplinaire appliquée sur vos étudiants . J'aimerai consulter vos préparations( fiches pédagogiques) pour cette séance . Merci

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