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Publié le 20 mai 2008 | Français (langue et littérature)

Des solutions pour les problèmes de lecture au collégial

Laura King fait partie d’une équipe ayant participé à une étude financée par le PAREA (Programme d'aide à la recherche sur l'enseignement et l'apprentissage) portant sur les troubles de la lecture au niveau collégial. Norm Spatz, de l’équipe Animaweb de Profweb, l’a rencontrée pour la questionner sur son expérience. Publié dans le volet anglophone de Profweb, son récit concernait autant le volet francophone.

Comment êtes-vous venue à participer à cette recherche ?

Dans le cadre d’un projet réalisé dans mon collège en lien avec l’aide à la réussite, je sentais qu’il était nécessaire de faire de la sensibilisation au sujet des troubles d’apprentissage que vivaient les étudiants de mon collège. Je me suis associée à Zohra Mimouni du Collège Montmorency qui s’était déjà intéressée à cette problématique pour demander une subvention dans le cadre de PAREA. La subvention obtenue, le temps était venu de se pencher de plus près sur les troubles de la lecture.

Notre première étape fut d’identifier les étudiants du réseau collégial francophone qui présentaient des risques potentiels de troubles de la lecture. Pour y arriver, nous avons conçu un outil de sélection qui avait la forme d’un questionnaire. Pour le recrutement des étudiants, des affiches ont été posées dans quatre cégeps francophones, des contacts ont été établis avec quelques enseignants et professionnels et des lettres ont été envoyées aux étudiants ayant échoué l’épreuve uniforme de français. Par la suite, nous avons interrogé, individuellement ou en groupe, des étudiants de différents cours dont les cours de mise à niveau en français. Les données du questionnaire ont ensuite été compilées pour nous fournir des renseignements sur la socio-démographie, la scolarisation, les services d’aide, l’apprentissage de la langue, la lecture, l’écriture, les mathématiques et l’organisation spatio-temporelle.

Comme vous pouvez sûrement vous en douter, l’usage des technologies a grandement facilité la réalisation de cette recherche. Que ce soit, pour la production de documents et le traitement statistique, WordExcel et SPSS ont été grandement appréciés.

Couverture du document de recherche. Peinture Vers toi de Ani Muller - www.animuller.com - utilisée avec permission.

Qu’avez-vous découvert ?

L’analyse des résultats a indiqué la présence de trois sous-populations.

  • Une grande part des personnes interrogées ne semblait pas présenter de risques de troubles de la lecture (190 participants sur 502). En français, on les appelle les normolecteurs.
  • La deuxième sous-population comptait 38 étudiants diagnostiqués dyslexiques.
  • Le troisième groupe comptait 274 étudiants ayant signalé, d’une façon ou d’une autre, des ressemblances aux dyslexiques. Même si ces personnes fonctionnaient de façon semblable aux étudiants diagnostiqués dyslexiques, elles n’avaient jamais été ainsi diagnostiquées.

Après avoir identifié ces trois populations, 119 étudiants (dont 28 diagnostiqués dyslexiques) ont accepté de compléter deux heures de tests individuels. Dans un souci de fiabilité, nous avons utilisé des tests d’évaluation linguistique normalisés. L’analyse des résultats nous a permis d’établir que la troisième population avait de fortes ressemblances avec les étudiants diagnostiqués dyslexiques.

Le système doit débourser pour fournir les ressources nécessaires pour accompagner les étudiants souffrants de troubles de l’apprentissage, mais la facture est beaucoup moins salée que le prix de l’échec.

Toujours dans le cadre de la recherche, nous avons testé l’efficacité de deux services normalement offerts aux étudiants souffrant de troubles de l’apprentissage lors de la passation de l’Épreuve uniforme de français : l’ajout de temps pour compléter une tâche de compréhension de texte (50 % plus de temps) et l’accès à une version orale du texte et des questions (50 % plus de temps en plus du support audio). Suite à l’analyse, nous pouvons dire que ces services n’ont pas avantagé la population témoin (n=45) mais l’ajout du temps a permis aux étudiants diagnostiqués dyslexiques d’atteindre des résultats semblables à ceux du groupe témoin. Le support audio, quant à lui, s’est montré utile chez les étudiants souffrant d’une certaine forme de dyslexie.

Comment cette recherche a-t-elle affecté votre façon d’enseigner ?

J’ai toujours admiré les étudiants aux prises avec des troubles de l’apprentissage qui étudient au niveau post-secondaire. En passant beaucoup de temps avec ces étudiants, j’ai été totalement convaincue de leur capacité de réussir. Chaque jour, ils déploient des efforts exceptionnels pour apprendre et leur amour de l’apprentissage est très puissant. Une fois le diagnostique fait et les outils disponibles, ils ont des chances de réussite semblables à celles des étudiants sans troubles d’apprentissage. Encore plus convaincue de l’utilité des services qu’on leur offre, cette recherche a également eu des impacts sur ma manière d’utiliser les technologies.

Concernant mon intervention en classe, je suis dorénavant habilitée à identifier les étudiants risquant de souffrir de troubles de la lecture ou d’écriture mais en plus Excel et les fichiers audio numériques font dorénavant partie de mon décor. Voici quelques exemples d’activités que je réalise ou pourrais réaliser avec mes étudiants en laboratoire, puisque tout y est installé en fonctionnel en permanence :

  • commenter leurs travaux à l’aide d’un fichier audio en leur permettant ainsi de l’écouter à distance;
  • réaliser des entrevues audio numériques et les utiliser dans diverses activités d’apprentissage;
  • offrir une dictée numérique en laboratoire qui a le mérite d’être standardisée pour l’ensemble de mes groupes;
  • créer des sous-groupes d’étudiants qui travaillent sur différents extraits d’œuvre;
  • enregistrer les présentations orales des étudiants.

Au niveau de l’évaluation, cette recherche m’a rendue plus rigoureuse dans ma façon de concevoir mes tests. Je suis plus vigilante et m’efforce d’assurer la fiabilité de mes outils d’évaluation. Par exemple, une question à laquelle tous les étudiants donnent une mauvaise réponse m’amène un questionnement que je n’avais pas auparavant. Je comprends maintenant qu’une telle question est une mesure peu fiable de ce que je cherche à évaluer. Maîtrisant davantage Excel, mon analyse des résultats est plus détaillée et je fournis des renseignements à mes étudiants (écart-type, moyenne et autres) que je ne leur fournissais pas antérieurement.

En conclusion, cette recherche démontre que le système doit payer pour fournir les ressources nécessaires pour accompagner les étudiants souffrant de troubles de l’apprentissage. Il existe une population d’étudiants non détectés dans les cégeps francophones qui ont besoin d’être identifiés et accompagnés pour pouvoir compléter leurs diplômes collégiaux. Il est impératif d’agir et je suis persuadée que la facture sera beaucoup moins salée que le prix de l’échec et que les technologies peuvent, en ce sens, être fort utiles.

Notre rapport de recherche est disponible pour consultation, en versions papier et électronique, au Centre de documentation collégiale. Ce projet n’aurait pas pu être mené à terme sans la collaboration du PAREA, du Collège Montmorency, du Cégep André-Laurendeau, du Collège Lionel-Groulx, du Cégep de Vieux Montréal, de madame Chantal Courtemanche, de la chercheuse en chef madame Zohra Mimouni et, surtout, des nombreux étudiants qui y ont participé.

1 commentaire(s)

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    Maurice Arsenault a écrit le 15 août 2010 à 15h47

    Bravo pour votre recherche. J'aimerais avoir de l'information concernant les outils diagnostiques que vous avez utilisés et, surtout, si vous avez été satisfait des données recueillies par ceux-ci. Je suis très intéressé à bâtir/améliorer un test de fluence et compréhension pour le collégial. Merci.

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