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Publié le 18 mai 2014 | Physique

Créer ensemble des communautés de pratique

J’enseigne la physique. Je suis un des premiers à avoir occupé et intégré la classe d’apprentissage actif au Collège Dawson. Mon approche et mes stratégies en classe ont changé au fil des années. Ces développements sont entres autres attribuables au partage et à la collaboration entre les enseignants de la communauté de pratique du Collège Dawson. Je vous présente ici l’importance de la conception sociocognitive de l’apprentissage dans la façon dont je perçois l’apprentissage actif mais aussi, dans la façon dont nous, les enseignants, évoluons dans nos pratiques.

Ma première session dans la nouvelle classe d’apprentissage actif du collège Dawson s’est très bien passée. Je repense à l’automne 2013 et je réalise que la communauté de pratique sur l’apprentissage actif pour les enseignants qui utilisent notre salle de classe dédiée à l’apprentissage actif a plus influencé ma pratique que je ne l’aurais cru. J’ai été parmi les premiers à Dawson à adopter cette technologie. Pourtant, l’échange d’idées et le partage m’ont permis encore une fois de développer mon ingéniosité et ma créativité.

L’énergie créative que m’a fournie notre communauté de pratique pourrait être pensée en termes sociocognitifs, c’est-à-dire, d’un apprentissage basé sur trois rapports qui doivent êtres établis entre les apprenants : émotionnel, social et cognitif. C’est un concept auquel ma collègue, Liz Charles, m’a initié. Mon approche en classe a changé à la suite de certaines de nos discussions. Entre enseignants, de tels échanges nous permettent de nous dépasser, de constamment pousser nos pratiques et nos approches au-delà de nos idées reçues. C’est en retour très enrichissant pour nos étudiants.

Ce qui a mené à cette discussion précise était ma difficulté à optimiser l’organisation du traitement simultané par mes étudiants de plusieurs problèmes en classe. En apprentissage actif, sans un certain niveau émotionnel et social d’engagement avec leurs pairs, la cognition n’est pas pleinement au rendez-vous. L’espace physique et les tableaux intelligents doivent nous aider à accomplir cela, mais ça ne se fait pas tout seul. Les étudiants, à titre d’exemple, ne doivent pas seulement coopérer, ils doivent collaborer. La collaboration est plus enrichissante, elle n’est pas basée sur la division des tâches, mais sur l’engagement de tous les étudiants les uns envers les autres.

Je suis très satisfait de la stratégie d’inspiration sociocognitive que j’utilise maintenant avec mes étudiants. Lorsqu’il y a 3, 4 ou 5 catégories de problèmes simultanés à résoudre en classe, je divise ceux-ci parmi les équipes d’étudiants et je leur demande de les travailler simultanément sur différents tableaux intelligents. Les groupes ont 10 minutes pour résoudre leur problème respectif. Ils sont ensuite invités à changer de tableau et à évaluer, en 3 minutes, la solution d’une autre équipe. Avec, par exemple, 3 problèmes, tous mes étudiants peuvent avoir analysé chacun des problèmes en 16 minutes. Suivant la taxonomie de Bloom, on peut affirmer que les étudiants n’approchent pas les problèmes de la même façon. Le premier est résolu tandis que les suivants sont évalués. Leurs postures face au savoir changent et leur compréhension s’approfondit.

La nouvelle classe d’apprentissage actif du Collège Dawson

La nouvelle classe d’apprentissage actif du Collège Dawson

Le travail d’équipe

En rétrospective, il nous a fallu plusieurs itérations dans ces nouvelles classes d’apprentissage actif avant de réaliser ce qui est maintenant évident : les tableaux intelligents sont de bons outils d’enseignement, mais de bien meilleurs outils d’apprentissage. Au début de l’intégration des classes actives au Collège Dawson, les tableaux intelligents n’étaient qu’entre les mains des professeurs. Pourquoi garder le plus puissant outil de la classe à distance de l’étudiant? Nous nous sommes adaptés et, maintenant, tous ont accès aux tableaux intelligents.

Ce changement, comme les différences spatiales d’une classe d’apprentissage actif à l’autre, a été possible par le partage entre enseignants. Nous échangeons sur nos expériences. Nous avons aussi eu la chance, au Collège, de librement nous approprier ces espaces sans conditions ou recommandations de la direction. Au contraire, les gestionnaires ont permis à la pratique pédagogique de guider l’aménagement de ces classes, tout en offrant un accès à plusieurs ressources, notamment des congés de perfectionnement, afin de mieux contribuer à notre communauté de pratique.

Coéquipiers

Pendant l’année 2012-2013, mes étudiants travaillaient beaucoup sur papier, puis l’un d’eux allait au tableau intelligent. Depuis le début de cette année, tous les étudiants sont aux tableaux en tout temps. Certaines des questions de recherche de notre communauté de pratique concernent directement ce qui se passe dans une classe d’apprentissage d’actif. Mes étudiants ne font pas seulement qu’améliorer leur compréhension conceptuelle de ce qu’est la physique, ils apprennent aussi à comprendre et à évaluer la compréhension de leurs pairs. La communauté de pratique a développé un environnement virtuel avec des questions à choix multiples pour les étudiants. Ceux-ci doivent répondre, justifier leur réponse, puis lire d’autres justifications avant de bel et bien confirmer leur réponse. Ce questionnaire a pour but de vérifier si le langage des étudiants évoluant dans des classes d’apprentissage actif est différent de celui d’étudiants de classes traditionnelles. Les étudiants sont en collaboration constante et se mettent constamment au défi. Nous espérons pouvoir mesurer l’impact d’un tel environnement sur leur apprentissage.

Parfois, je suis au centre de la classe et aucun étudiant ne m’interpelle ou même ne me regarde. Dans de tels moments, je me demande si je fais ou non mon travail. Je me dis que si le boulot est d’amener les étudiants dans des situations d’apprentissage où ils sont engagés émotionnellement, socialement et cognitivement, eh bien oui, je fais mon travail!

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