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Publié le 20 février 2018 | Multidisciplinaire

Tablettes et cellulaires ont-ils leur place au cégep? Entretien avec Nicole Perreault, animatrice du Réseau des REPTIC

Note de l’éditrice

Cet article est paru originellement le 29 janvier 2018 sur le site du Portail du réseau collégial du Québec. Son contenu a été adapté pour se conformer aux normes éditoriales de Profweb.

Le 4 janvier 2018, le Journal de Québec publiait un article sous le titre : « Tablettes peu utiles au cégep pour les “ finissants du iPad ” : Ces étudiants observent un décalage lorsqu’ils arrivent au collégial ». Voilà l’une des conclusions d’une étude réalisée par l’équipe de Patrick Giroux, professeur à l’Université du Québec à Chicoutimi, auprès d’environ 80 jeunes qui ont fait leurs études secondaires en utilisant une tablette. La majorité d’entre eux sont maintenant au cégep.

Parmi les finissants, 65% ont le droit d’utiliser leur tablette en classe, mais seulement le tiers d’entre eux l’utilisent fréquemment. Parmi ceux qui ne trimballent pas leur tablette au cégep, la moitié préfèrent utiliser un ordinateur portable alors que d’autres affirment que leur iPad n’est tout simplement pas utile au cégep. 

Cette étude pourrait à première vue sembler contester la réponse des cégeps face aux outils numériques utilisés par les jeunes d’aujourd’hui. Le Portail en discute avec Nicole Perreault, animatrice du réseau des répondants TIC du collégial, qui œuvre au quotidien avec ces réalités.

Les outils technologiques sont au service de compétences, d’habiletés, de savoirs supérieurs et non l’inverse

Nicole Perreault affirme d’entrée de jeu avoir certaines réserves vis-à-vis ce genre d’études sur l’utilisation de la tablette.

À mon avis, ce n’est pas l’outil qui importe, c’est ce qu’on en fait. Au secondaire, si l’étudiant a développé des compétences numériques avec une tablette tactile, au cégep, il aura le choix de continuer avec une tablette ou de passer à un autre outil technologique comme un portable, à moins que son programme d’études n’impose le recours à des applications logicielles disponibles sur un outil particulier.

Or, ce que l’on observe, c’est que les étudiants qui arrivent au cégep savent utiliser une technologie en tant que telle, mais de façon fonctionnelle, ludique et en surface. Ils présentent des lacunes en matière informationnelle comme :

  • Définir un sujet de recherche
  • Identifier des mots clés
  • Évaluer la fiabilité des sources
  • Analyser l’information
  • La synthétiser

De plus, nous constatons de nombreuses situations de plagiat en enseignement supérieur. Nous sommes bien loin d’une exploitation efficace des technologies pour les études.

« Ce débat met en sourdine de ce qui est le plus important : les savoirs, les savoir-faire, les savoir-être associés au recours du numérique »

Nicole Perreault estime que « ce qui importe, c’est que nos étudiants développent des compétences en matière de recherche, de traitement et de présentation de l’information, qu’ils sachent collaborer en réseau et utiliser les technologies de manière responsable et efficace. Ce sont là des habiletés essentielles à la poursuite des études, à la vie professionnelle et dans le quotidien de tous les citoyens. »

Il importe que nos étudiants utilisent les technologies dans un contexte où ces dernières sont au service d’autres compétences. En s’interrogeant sur la pertinence d’un outil comme la tablette, nous passons à côté de ce qui est le plus important : les savoirs, les savoir-faire, les savoir-être associés au recours au numérique, quel que soit l’outil utilisé. Que j’aie appris à conduire l’automobile avec une petite Volkswagen ou une BMW n’est pas l’important. Ce qui compte, c’est que j’aie développé des compétences qui me permettent de prendre la route en toute sécurité. Il en est de même pour les outils technologiques mis au service de compétences, d’habiletés, de savoirs supérieurs à l’utilisation technologique de l’outil comme tel.

Tablettes ou portable : un débat tout de même nécessaire?

« Il y a environ 6 ans, nous avons observé un enthousiasme certain envers la tablette tactile et une quarantaine de projets y recourant dans un contexte programme ont été mis sur pied dans le réseau collégial. L’APOP, en collaboration avec le Cégep de Rivière-du-Loup, avait même développé le site web Educapplis, un répertoire d’applications pour tablette tactile et leur usage pédagogique. Cet intérêt envers la tablette semble avoir diminué et nous constatons un regain d’intérêt pour les projets portables dans un contexte programme. »

Les apprentissages acquis sur une tablette se transfèrent très bien sur un portable et vice-versa. L’important, c’est de savoir les utiliser pour mettre en pratique d’autres compétences requises sur le marché du travail et à l’université.

Composer avec la réalité de 2018

Nicole Perreault se perçoit avant tout comme une pédagogue : «  Pour moi, la technologie est au service de la pédagogie et non l’inverse ». Elle rappelle que les cégeps sont des établissements d’enseignement supérieur et que la grande majorité des étudiants sont majeurs. Ce n’est pas la première fois dans l’histoire des cégeps que nous assistons à l’introduction de nouvelles technologies. Les « séniors » se rappellent les cassettes, la vidéo, la télévision, les calculatrices…

Au début, on voulait interdire les calculatrices en classe, en disant que les étudiants devaient apprendre à compter à la main et sur papier. Aujourd’hui, on sait que les calculatrices sont très utiles pour effectuer des calculs complexes beaucoup plus rapidement et qu’ils sont beaucoup plus efficaces. Nous pouvons utiliser le temps consacré à faire des calculs à la main à faire d’autres activités plus complexes.

L’utilisation des technologies est là pour rester et je me vois mal imposer des interdits à des étudiants de l’enseignement supérieur. Bien sûr, la gestion de classe à l’ère du numérique comporte de nombreux défis mais elle est également propice à une réflexion sur sa pédagogie et sur des moyens de « composer avec ».

« Un enseignant pourrait se demander comment aller chercher ses étudiants en utilisant les outils qu’ils fréquentent et en les associant à ses stratégies pédagogiques. Le réseau collégial fait d’ailleurs circuler beaucoup d’information sur la gestion de classe à l’ère du numérique. À cet égard, Profweb propose 3 dossiers de fond que j’invite tous les enseignants à lire. »

Le défi du cellulaire

En réaction au défi que pose l’omniprésence du cellulaire dans la vie (voir à ce sujet l’opinion du professeur Christian Lefrançois : Affronter le cellulaire avec un tableau et une craie), Nicole Perreault signale une étude récente qui rapporte que 94% des étudiants possèdent un téléphone cellulaire. Ce constat étant fait, peut-être pourrait-on se demander comment utiliser avantageusement cet outil dans un contexte scolaire.

Je crois que cela peut se faire. Dans certains collèges, dans certains cours ou chez certains enseignants, l’utilisation du cellulaire est interdite. Combien de temps cette non-utilisation pourra-t-elle l’être? Difficile à dire. À l’inverse des enseignants s’intéressent au potentiel du recours au cellulaire, tout en respectant néanmoins leurs propres besoins. Plusieurs sont à l’aise avec la technologie, d’autres le sont moins. Des exemples d’expérimentations en ce sens permettent de cerner où ils se situent dans l’utilisation des technologies avec leurs étudiants et comment ils pourraient mieux composer avec ça.

Un projet de badges numériques pour certifier et reconnaître la maîtrise de compétences informationnelles et numériques

Pour soutenir la maîtrise des compétences numériques et informationnelles, le réseau des REPTIC a élaboré un Profil TIC des étudiants du collégial. L’espace ProfilTIC.ca, hébergé chez Profweb, propose des ressources aux enseignants et aux étudiants pour les accompagner dans le développement de ces habiletés.  Ce cadre de référence est de plus en plus utilisé dans le réseau collégial et il suscite plusieurs projets, dont un projet de badges numériques, où 5 collèges expérimentent actuellement l’octroi de badges numérique aux étudiants pour certifier et reconnaître la maîtrise des habiletés du Profil TIC.

Parallèlement aux travaux d’expérimentation, nous développons le site web BadgeCollegial.ca  où chaque collège bénéficiera de son propre espace lui permettant d’octroyer ses propres badges, que ce soit pour reconnaître des compétences formelles ou non-formelles, en reconnaissance des acquis ou en engagement étudiant.

Des exemples de badges numériques développés par le réseau des REPTIC pour certifier la maîtrise des différentes habiletés et objectifs du Profil TIC.

Encore de nombreuses réflexions et de recherches à faire

De nouveaux outils encore plus sophistiqués risquent d’apparaître, il nous appartiendra toujours de savoir ce que nous voulons et pouvons en faire. Le professeur devra toujours se poser la question : « Qu’est-ce que je peux en faire pour favoriser l’apprentissage de mes étudiants? » Cette réflexion, déjà amorcée d’ailleurs, doit inévitablement se faire au cours des prochaines années. Des expériences menées dans le réseau démontrent que des technologies utilisées de façon adéquate peuvent avoir un impact positif sur la réussite des étudiants. Il reste néanmoins encore de nombreuses réflexions et recherches à faire sur cette question. 

À propos de l'auteur

Alain Lallier Il a commencé sa carrière en éducation comme professeur de philosophie au Cégep de Trois-Rivières. Il en devient ensuite directeur des services pédagogiques puis directeur général. En 1991, il est nommé directeur général du Cégep du Vieux Montréal, poste qu’il occupera jusqu’au moment de sa retraite, en 2003. Son parcours professionnel est marqué par la préoccupation constante d’assurer la qualité de l’enseignement dans les cégeps. Tout au cours de sa carrière, il s’est impliqué dans plusieurs dossiers du réseau collégial, entre autres Performa, la recherche au collégial, la mise en place du réseau du RISQ, le colloque des 20 ans des cégeps, le plan de développement de la Fédération des cégeps. Il a été un des initiateurs du projet du Portail du réseau collégial.

2 commentaire(s)

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    Micaël Bérubé a écrit le 7 mars 2018 à 10h02

    Très intéressant, mais il faudrait peut-être souligner davantage les dangers de l’usage de ces appareils en classe! Personne ne contestera la valeur du cellulaire, de la tablette et du portable comme instruments de recherche et soutiens au développement de diverses compétences. Ces appareils donnent accès aux moteurs de recherche, à Wikipedia, aux livres numériques, etc. Les applications qui proposent des problèmes et des exercices d’apprentissage sont aussi légion, de même que les manuels en ligne. Le problème n’est pas là. Le problème (pas le seul, mais sans doute le principal) est que tous ces appareils sont une voie d'accès aux réseaux sociaux, à YouTube, aux jeux vidéos et à la pornographie, qui constituent des sources débilitantes et quasiment incontrôlables de distraction. Les étudiants (comme les adultes) sont d’ailleurs très nombreux à avoir développé un trouble grave de cyberdépendance (des études sont publiées régulièrement sur le sujet) qui se manifeste par l’usage excessif et compulsif de leurs appareils à des fins purement ludiques, malgré l’impact négatif sur leur réussite académique, leur carrière, leurs relations sociales et même leur santé physique et psychologique. Cette dépendance, que nous devrions reconnaitre comme une forme émergente de jeu pathologique, est provoquée à la fois par le flux constant de notifications émises par les appareils et les récompenses obtenues lors d’interactions avec ceux-ci (likes, commentaires, textos, trophées virtuels obtenus dans les jeux vidéos, etc.). N’oublions pas que la cyberdépendance n’est pas le fruit du hasard : elle est orchestrée volontairement par les entreprises comme FaceBook, Google, Snapchat, Instagram, Tinder, etc. afin de générer des ventes et des revenus publicitaires. Il n’y a pas de comparaison possible entre ces nouveaux appareils et les anciens, tels que la calculatrice. La calculatrice n’est pas un instrument de marketing, ne vous sollicite pas en émettant des alertes et des vibrations et n’est pas connectée à Internet. Elle fait seulement ce qu’on lui demande, c’est-à-dire réaliser des calculs. Aussi son usage ne produit-il pas de dépendance. Oui, le cellulaire et les autres appareils informatiques peuvent servir à faire des recherches, à travailler en équipe, à développer des compétences, etc. Mais à moins qu’il soit possible de désactiver les fonctions sources de distraction, ils sont à peu près aussi utiles en classe que pourraient l’être des appareils de loterie vidéo qu’on aurait branchées sur Internet. Quant à l’usage responsable des appareils par les étudiants, il faut se rappeler que les appareils sollicitent activement leurs propriétaires : ils sonnent, vibrent et provoquent des pics de dopamine dès qu’on les utilise, pics immédiatement suivis de chutes et de douloureux effets de sevrage (déprime, fatigue, irritabilité, désintérêt pour les activités quotidiennes). Que les étudiants soient responsables ou non, leurs appareils les déconcentrent et alourdissent leurs études. Ce problème disparait si un collège ou une université offre des appareils dont les fonctions ludiques sont désactivées ou inexistantes, mais persiste si les étudiants utilisent leurs appareils personnels, dont la fonction principale est le jeu. L’usage d’appareils à valeur essentiellement ludique en classe est d’autant plus injustifiable que les ouvrages imprimés sur papier et les recueils de texte conviennent déjà très bien, à un cout somme toute raisonnable. Ils proposent des contenus théoriques et des exercices pertinents permettant de développer les compétences au programme, mais sans les distractions. Je ne pense pas qu’il faille interdire le jeu en classe. Si les activités d’apprentissage peuvent être à la fois instructives et plaisantes, tant mieux. C’est lorsque le jeu interrompt l’apprentissage qu’il faut à tout prix intervenir. En attendant que les cellulaires et autres appareils puissent être contrôlés efficacement et facilement, peut-être vaut-il mieux les interdire en classe et se contenter d’outils plus traditionnels.

 J’ajouterais pour terminer qu’apprendre à effectuer des recherches sérieuses consiste essentiellement à fouiller dans des bases de données universitaires d’articles scientifiques et de rapports produits par diverses organisations gouvernementales et paragouvernementales (ce qui se fait bien dans un laboratoire informatique), à réaliser des études de terrain ou en laboratoire, à traiter et interpréter des données au moyen de méthodes statistiques (ex. avec Excel) et à rédiger des rapports de recherche. Une recherche sérieuse ne s’effectue pas sur cellulaire ou iPad branché à Google, dont les résultats de recherche sont générés d’après leur popularité, les préférences passées de l’utilisateur et les montants payés à Google par des entreprises qui souhaitent faire apparaitre leur site web en tête de liste, et non en fonction de leur valeur de vérité.

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    Nicole Perreault a écrit le 7 mars 2018 à 10h28

    Bonjour M. Bérubé, Je comprends très bien votre point de vue. Ces appareils ont une valeur ludique, c'est certain. Toutefois, leurs usages potentiels sont plus étendus, entre autres en enseignement et en apprentissage. À l'ère du numérique, le monde de l'enseignement pourrait profiter des opportunités qu'offrent ces appareils pour explorer et proposer des usages pédagogiques qui, pourquoi pas, pourraient contribuer à changer les perceptions, tant chez les étudiants que chez les enseignants. Bien sûr, tout cela dans le respect du style de gestion de classe des enseignants. Voici un dossier Profweb intéressant à ce sujet : http://www.profweb.ca/publications/dossiers/la-gestion-de-classe-a-l-ere-du-numerique-partie-1-entre-coherence-et-tolerance

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