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Publié le 14 mai 2018 | Multidisciplinaire

Que pensent les étudiants du BYOD? Retour sur une table ronde Québec-France

Du 9 au 13 avril 2018, le Cégep de La Pocatière a été l’hôte d’un laboratoire d’idées auquel ont participé les représentants européens du projet ANGE (Ancrage Numérique dans la Gouvernance des Établissements d’enseignement). L’événement a fait l’objet d’un article sur Profweb. Pour clore cette semaine d’échanges et de réflexions, une table ronde virtuelle a été organisée entre des étudiants du Québec et de la France pour partager leur expérience et leur point de vue sur l’approche BYOD (Bring your own device ou AVAN - Apportez votre appareil numérique).

L’activité a réuni des étudiants :

La discussion était animée par David Boutin, enseignant d’histoire et membre du Centre d’apprentissage en application pédagogique des TIC (CAPTIC) au Cégep La Pocatière. En voici le compte rendu.

L’utilisation des technologies dans les établissements d’enseignement

Les premières questions posées aux étudiants visaient à connaître l’environnement technologique auquel ils ont accès dans leur établissement d’enseignement. Les échanges ont permis de constater que les infrastructures technologiques et l’utilisation d’appareils numériques varient grandement d’un lieu à l’autre.

Interdiction au lycée

Le lycée Paul Claudel d’Hulst dispose d’un laboratoire numérique, mais seuls quelques programmes l’utilisent. Le BYOD n’est pas une pratique répandue, puisque l’utilisation des appareils numériques est interdite en classe (pourtant, leur utilisation est encouragée à la maison pour soutenir les apprentissages). L’accès au réseau wifi est réservé aux enseignants, mais les étudiants admettent, en rigolant, qu’ils en connaissent le mot de passe...

Virage numérique à l’ICP

L’Institut catholique de Paris connaît pour sa part un virage vers le numérique. L’environnement Office 365 est déployé et 2 salles ont été entièrement équipées (projecteur, tableau interactif, caméras et écrans). Une majorité d’étudiants utilise un ordinateur personnel pour la prise de notes.

L’une des salles multifonctions de l’Institut catholique de Paris. (Source)

L’infrastructure technologique est inégale d’un bâtiment ou d’une salle à l’autre, puisque certains locaux sont vétustes, mais les étudiants sentent une volonté de modernisation. Ces développements contribuent à une meilleure qualité de vie : les étudiants trouvent agréable de profiter du wifi à l’extérieur lors d’une belle journée!

Intégration des TIC au cégep

Au Cégep de La Pocatière, les étudiants ont accès à plusieurs salles avec des tableaux interactifs, des écrans et des prises pour le travail d’équipe. Certaines sont accessibles jusqu’à très tard le soir. Les étudiants peuvent accéder au wifi n’importe où dans le Cégep.

Tous les étudiants du programme de comptabilité et de gestion ont une tablette numérique. Dans d’autres programmes, l’approche BYOD est courante pour la prise de notes. Certains enseignants préparent même des vidéos à visionner avant le cours, dans une démarche de classe inversée. Les étudiants soulignent que le numérique permet plus d’interactivité.

Des étudiants du programme de Techniques de comptabilité et de gestion au Cégep de La Pocatière. (Source)

L’utilisation du numérique par les enseignants

Utilisation classique du diaporama

À l’ICP et au lycée, les enseignants recourent fréquemment au diaporama (par vidéoprojecteur ou numérique) pour présenter des contenus. Certains enseignants transmettent leurs notes par courriel ou sur une plateforme en ligne. Malgré les moyens numériques, l’approche demeure traditionnelle.

Outils interactifs pour soutenir l’apprentissage

Les étudiants du Cégep de La Pocatière trouvent, pour leur part, que le numérique est souvent utilisé de manière proactive par leurs enseignants, particulièrement pour valider les apprentissages, à travers des exercices ou des évaluations formatives. La rétroaction en ligne est particulièrement appréciée.

Le Québec se distingue

Deux étudiants du Cégep de La Pocatière, d’origine française, remarquent une différence entre le lycée et la réalité québécoise par rapport à l’intégration des TIC. Au Québec, les enseignants utilisent beaucoup moins de papier, se tournent eux-mêmes vers le numérique et autorisent les étudiants à utiliser leurs appareils.

Les avantages et les défis de l’approche BYOD

Puisque la table ronde s’inscrivait dans le contexte d’un projet de recherche-action sur la gouvernance du numérique, les étudiants ont été invités à formuler des arguments aux enseignants et aux chefs d’établissement quant à l’importance du numérique en éducation. Ils ont aussi exprimé ce qui, selon eux, constituent des barrières à l’implantation de l’approche BYOD dans les établissements.

Les avantages du BYOD

Prise de notes facilitée

Les étudiants aiment la simplicité et l’efficacité de la prise de notes grâce aux appareils numériques. Ils trouvent que leur utilisation rend le rythme du cours plus fluide, puisqu’ils peuvent rechercher une information immédiatement, sans avoir à interrompre l’enseignant pour poser une question. Ils apprécient ne pas avoir de lourds manuels à traîner et pouvoir tout regrouper au même endroit.

Accessibilité

Les étudiants apprécient la facilité d’accès aux contenus des cours et la possibilité de les consulter au moment voulu. En classe, il leur est facile de récupérer rapidement un document oublié...

Moins de manuels à traîner, mais avoir toute la documentation requise sur soi? Un avantage indéniable du BYOD pour les étudiants.

Réduction de l’empreinte écologique

Les étudiants attribuent un caractère écologique à l’utilisation des appareils mobiles en classe, puisqu’ils permettent de diminuer significativement (voire d’éliminer complètement) la distribution de polycopiés.

Coup de coeur pour la classe inversée

Les étudiants apprécient particulièrement cette approche, puisqu’elle permet d’optimiser le temps de classe. Ils y voient plusieurs avantages :

  • Certaines techniques sont plus clairement visibles sur vidéo que sur papier.
  • Pouvoir visionner une vidéo à plusieurs reprises leur permet de parfaire leurs connaissances.
  • Voir le contenu du cours avant de se rendre en classe leur permet de chercher des informations pour mieux comprendre.

Les étudiants considèrent que cette approche ne pourrait exister sans le numérique.

Les barrières possibles au BYOD

Autorégulation

Tous les étudiants de la table ronde admettent que l’utilisation d’appareils numériques en classe offre un potentiel de distraction. Ils estiment qu’ils ont la responsabilité d’être attentifs et de faire une utilisation adéquate des appareils, mais reconnaissent que tous n’ont pas la maturité ou l’autonomie requise. Cela expliquerait la réticence de certains établissements face au BYOD. Les étudiants croient que cette approche est moins adapté aux élèves plus jeunes, qui n’ont pas la même capacité à distinguer ce qui est important dans un cours.

Fiabilité des appareils et des infrastructures

L’autonomie de l’appareil lui-même peut être une barrière. Les étudiants pensent que certains enseignants ou chefs d’établissement ne sont pas prêts à faire confiance aux «machines », craignant peut-être qu’un problème technique devienne un frein à l’apprentissage.

Impacts néfastes sur la santé

Les étudiants s’interrogent sur les impacts d’une utilisation prolongée des appareils numériques sur la santé. Ils mentionnent notamment les problèmes de cyberdépendance, de sédentarité ou les troubles visuels, qui pourraient avoir un coût social important à long terme.  

L’avenir du BYOD

Les étudiants ont tous exprimé une opinion favorable quant à l’approche BYOD, puisque ses avantages surpassent largement ses inconvénients. L’avancée des technologies est un phénomène concret qui touche tous les aspects de la société: les étudiants croient que les façons d’enseigner devront nécessairement tendre vers le numérique. Voici quelques éléments de leur vision quant à l’avenir du BYOD dans les systèmes éducatifs.

Une pédagogie du numérique

Pour pouvoir tirer pleinement profit des appareils numériques comme outils d’apprentissage, les enseignants devront être capables de mettre en place une pédagogie du numérique (apprendre aux étudiants à effectuer une bonne recherche, à distinguer les sources fiables, à développer méthodes de travail sur l’ordinateur, etc.).

Une flexibilité des méthodes d’apprentissage

Les étudiants souhaitent que le BYOD soit encouragé, mais pas obligatoire (à l’exception de certains programmes où l’utilisation d’appareils numériques est essentielle pour se préparer au marché du travail). Tous ont fait valoir l’importance, pour les établissements et les enseignants, de laisser le libre choix aux étudiants d’utiliser ou non leur propre appareil. La différenciation des méthodes d’apprentissage leur paraît essentielle, puisque certains étudiants (dont plusieurs participants de la table ronde) apprennent mieux en écrivant à la main.

Même si plusieurs étudiants utilisent un appareil personnel pour prendre des notes, plusieurs préfèrent le bon vieux duo papier-crayon! (Institut catholique de Paris. Source)

L’ordinateur plutôt que le cellulaire

Les étudiants se sont montrés réticents à l’idée d’utiliser leur téléphone intelligent comme outil d’apprentissage. Plusieurs ont exprimé qu’à leurs yeux, le téléphone est un appareil personnel et de divertissement, contrairement à l’ordinateur portable, qui leur apparaît clairement comme un outil de travail.

Une aide financière pour l’acquisition d’un appareil numérique personnel

Des mesures d’aide financière devraient être disponibles pour permettre aux étudiants moins fortunés de se procurer un appareil électronique. Certains départements français possèdent déjà un fonds pour l’achat d’ordinateurs. Des étudiants du Cégep de La Pocatière ont bénéficié d’un programme de financement leur permettant d’acheter un lot d’appareils à moindre coût. Les étudiants trouvent que ces mesures rendent les appareils plus accessibles et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir les modèles les plus récents.

Je tiens à remercier les étudiants de la table ronde pour ce partage enrichissant. Et vous, comment voyez-vous l’avenir du BYOD?

À propos de l'auteure

Andréanne Turgeon Elle est éditrice pour Profweb depuis 2014. Détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en histoire, elle a travaillé à la conception et à la supervision de cours à distance dans ce domaine. Son travail d’éditrice et sa participation à différents événements dans le réseau collégial lui permettent d’actualiser et d’enrichir constamment ses connaissances technopédagogiques. Elle aime mettre sa plume au service des enseignants pour partager leurs pratiques innovantes. Elle s’intéresse particulièrement aux approches et aux ressources pédagogiques qui soutiennent l’inclusion et la réussite.

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