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Publié le 23 octobre 2018 | Histoire

Partager les savoirs historiques grâce aux ressources éducatives libres : entretien avec Mathieu Gauthier-Pilote de la Fondation Lionel-Groulx

En avril 2018, la Fondation Lionel-Groulx a annoncé la mise en ligne d’une impressionnante liste de ressources éducatives libres (REL) sur l’histoire du Québec et du fait français en Amérique. La présentation détaillée de ces ressources a fait l’objet d’un article « Outil numérique » sur Profweb.

Je me suis entretenue avec Mathieu Gauthier-Pilote, chargé de projets numériques à la Fondation Lionel-Groulx, pour en apprendre davantage sur cette initiative et sur la décision de la Fondation de s’inscrire dans le mouvement des REL.

Pourquoi avez-vous choisi de mettre la plupart de vos ressources éducatives numériques à la disposition du public sous des licences libres?

Mathieu : Depuis 2014, la Fondation Lionel-Groulx a produit un grand nombre de ressources éducatives sur l’histoire du Québec et du fait français en Amérique, en collaboration avec ses partenaires (BAnQ, MAtv, Québecor, le Mouvement Desjardins, la Fondation J.A. DeSève, le Fonds de solidarité FTQ, la Caisse de dépôt et placement du Québec, Fondaction, etc.).

La Fondation a notamment réalisé une série de conférences et de grands entretiens filmés, des répertoires numériques de mémoires et de thèses, d’archives et de sites web d’intérêt sur l’histoire du Québec. Elle a également développé une bibliothèque numérique contenant 6 collections, dont des ouvrages de synthèse, un atlas numérique, l’oeuvre de l’historien Lionel Groulx, et bien plus encore.

Nous avons accumulé beaucoup de ressources numériques au fil des ans. Nous avons donc voulu les mettre en valeur et les rendre plus accessibles. Notre plan d’action 2018-2020 prévoit que la Fondation Lionel-Groulx travaillera à promouvoir « la connaissance et l’enseignement de l’histoire nationale du Québec et du fait français en Amérique » de diverses façons. La diffusion de ressources éducatives sous licence libre en fait partie.

Comme tous les savoirs scientifiques, les savoirs historiques appartiennent à l’humanité et doivent être compris comme des biens communs à cultiver et à enrichir pour le bien général. Notre fondation est très fière de diffuser des REL et de s’inscrire à l’avant-garde des meilleures pratiques quant au partage des savoirs sur internet.

Comment cet engagement envers le libre accès aux savoirs se manifeste-t-il dans les actions de la Fondation?

Mathieu : Notre engagement va plus loin que la diffusion de REL via notre site, nos réseaux sociaux et la libre réutilisation par des tiers grâce aux licences libres. Depuis plusieurs années, nous sommes très impliqués dans la communauté wikimédienne!

Depuis janvier 2014, nous avons réalisé plusieurs projets wikimédiens en solo ou en collaboration avec des partenaires (notamment Wikimédia Canada, BAnQ et l’Acfas) en plus de participer directement à l’organisation des ateliers de formation « Mardi c’est Wiki! » le premier mardi du mois à la Grande Bibliothèque de Montréal. Notre plan d’action 2018-2020 prévoit d’ailleurs que la Fondation contribuera à développer des contenus de qualité dans l’encyclopédie Wikipédia, dans Wikisource et dans Wikimédia Commons. Nous prévoyons donc intensifier notre participation dans la communauté wikimédienne au cours des prochaines années.

Enfin, une partie de notre action a également consisté à démystifier l'encyclopédie libre Wikipédia dans le milieu de l’enseignement (à tous les niveaux).

Quels sont les principaux mythes qui subsistent autour de l’utilisation de Wikipédia en contexte éducatif?

Mathieu : Pour le milieu de l’éducation, Wikipédia constitue bien souvent un OVNI, ou plutôt un OPNI : un objet pédagogique non identifié, qui semble venu d’une autre planète par son mode de fonctionnement atypique.

Un ensemble de demi-vérités sur Wikipédia amène plusieurs enseignants à recommander à leurs étudiants de ne pas s’en servir du tout. Ça pouvait se comprendre dans les premières années de vie de l’encyclopédie qui, victime de son succès au bout de quelques années seulement, s’est retrouvée bien vite avec un très grand nombre de contributions qui ne respectaient pas du tout les règles et les recommandations de la communauté. Heureusement, des contributeurs zélés ont travaillé fort pour passer systématiquement en revue tout le contenu, surtout à partir de 2005-2006.

Aujourd’hui, les articles faibles ou à problème portent généralement des bandeaux d’entête du type « Cet article est une ébauche. Vous pouvez partager vos connaissances en l’améliorant selon les recommandations […] » ou « Cet article ne cite pas suffisamment ses sources. Si vous disposez d'ouvrages ou d'articles de référence, merci de compléter l'article en donnant les références utiles à sa vérifiabilité […] ».

Bref, en 2018, on sert bien plus les étudiants, non pas en leur déconseillant d’utiliser en bloc tous les articles de Wikipédia, mais en leur enseignant à distinguer le niveau d’avancement (et de qualité) des articles, qui est très variable : cela va de l’ébauche de quelques lignes à l’article de qualité, évalué par un processus très rigoureux et qui comporte des centaines de renvois à des sources vérifiables.

Plusieurs des aspects de la bonne utilisation de Wikipédia sont assez techniques et le meilleur moyen de les maîtriser est certainement d’apprendre à y contribuer soi-même et, ce faisant, de participer à l’amélioration continue de cette encyclopédie qui est là pour rester.

Quels sont les principaux avantages de Wikipédia pour l’enseignement et l’apprentissage de l’histoire?

Mathieu : Wikipédia est un outil pédagogique extraordinaire pour apprendre la lecture active, la synthèse, le style encyclopédique, la critique des sources, l’écriture étayée, la rédaction collaborative, etc. L’univers wikimédien permet aussi de découvrir quelques-uns des enjeux majeurs relatifs au droit d’auteur au 21e siècle et de comprendre concrètement pourquoi il existe des mouvements internationaux pour le savoir libre, les ressources éducatives libres et le libre accès aux publications et aux données de la recherche.

Quel sera le rôle de la Fondation Lionel-Groulx, dans les prochaines années, pour soutenir et continuer d’enrichir le mouvement des REL en histoire?

Mathieu : La Fondation s’est donné comme objectif la formation d’une communauté de partenaires et de bénévoles disposés à travailler concrètement à des projets wikimédiens. Nous voulons jouer un rôle structurant pour accroître le nombre de personnes (historiens, enseignants, étudiants, amateurs d’histoire) et d’organismes (bibliothèques, centres d’archives, musées, sociétés, départements, associations professionnelles) du milieu de l’histoire qui prendront directement part à l’amélioration de la qualité des articles de Wikipédia et à la bonification des contenus de Wikisource et de Wikimédia Commons.

À propos des auteurs

Andréanne Turgeon Elle est éditrice pour Profweb depuis 2014. Détentrice d’un baccalauréat et d’une maîtrise en histoire, elle a travaillé à la conception et à la supervision de cours à distance dans ce domaine. Son travail d’éditrice et sa participation à différents événements dans le réseau collégial lui permettent d’actualiser et d’enrichir constamment ses connaissances technopédagogiques. Elle aime mettre sa plume au service des enseignants pour partager leurs pratiques innovantes. Elle s’intéresse particulièrement aux approches et aux ressources pédagogiques qui soutiennent l’inclusion et la réussite.

Mathieu Gauthier-Pilote Il est informaticien de formation et travailleur autonome dans l'industrie du numérique. Spécialiste des logiciels libres et du web, il occupe un poste de chargé des projets numériques à la Fondation Lionel-Groulx depuis 2011. À titre bénévole, il est également membre (2003-), administrateur (2012-) et président du conseil (2015-) de FACiL, un organisme sans but lucratif dont la mission est de promouvoir l'appropriation collective de l'informatique libre par les Québécoises et les Québécois.

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