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Publié le 2 février 2015 | Multidisciplinaire

Les participants des Belles Rencontres de l’ARC se prononcent sur les défis de la recherche collégiale

Propos recueillis par Andréanne Turgeon.

La journée des Belles Rencontres a pour but d’accueillir la communauté de la recherche collégiale afin de mieux comprendre ses aspirations et ses besoins, tout en l’informant des ressources dont elle peut déjà tirer profit. Elle permet de regrouper, en un seul et même lieu, des membres du personnel des collèges et des représentants des organismes subventionnaires. Le 9 janvier 2015, l’activité a permis de réunir des professionnels issus de 24 collèges et de 10 ministères ou organismes.

Un premier article publié sur Profweb a offert une vue d’ensemble des différentes possibilités de bourses et de subventions qui ont été présentées lors des Belles Rencontres. Ce second article consiste plutôt en une rétrospective des interventions, des discussions et des pistes de réflexion ayant été soulevées en cours de journée, aussi bien par les présentateurs que par les participants.

Quelques possibilités pour soutenir la recherche en sciences humaines ou en noter les incidences

La première partie de la journée était consacrée à une table ronde sur la recherche collégiale en sciences humaines et sociales à laquelle prenaient place des chercheurs et de représentants d’organismes :

  • Éric Bergeron, agent des programmes pour la Division des subventions de recherche et de partenariats du Conseil de recherches en sciences humaines (CRSH)
  • Monique Caron-Bouchard, enseignante et chercheuse au collège Jean-de-Brébeuf
  • Luc Desautels, chercheur associé au cégep régional de Lanaudière
  • Normand Labrie, directeur scientifique du Fonds de recherche du Québec – Société et culture (FRQSC)
  • Jean-Marc Mangin, directeur général de la Fédération des sciences humaines

La présentation par Éric Bergeron du Fonds d’innovation sociale destiné aux communautés et aux collèges (FISDCC) a soulevé une discussion animée au sujet de la libération de la charge d’enseignement. Les montants prévus par les organismes subventionnaires étant parfois insuffisants, voire inexistants, plusieurs personnes ont exprimé une réserve quant au caractère incitatif de certains programmes de subvention au collégial. Néanmoins, les possibilités de financement ou de reconnaissance comme le FISDCC, le programme Dégagement d’enseignement de chercheurs de collèges du FRQSC et le Prix d’auteurs pour l’édition savante de la Fédération des sciences humaines, sont grandement appréciées des chercheurs. 

Puisqu’il est difficile de mesurer les retombées et les incidences de  la recherche en sciences humaines, il faut que les chercheurs justifient sa pertinence, particulièrement auprès des organismes et des instances susceptibles de leur accorder du financement. Le rapport Les incidences de la recherche en sciences humaines, présenté par Jean-Marc Mangin, vise justement à proposer des lignes directrices pour définir un certain nombre d’indicateurs permettant de mesurer les retombées de la recherche en sciences humaines. Il contient un tableau détaillé de ses incidences dans plusieurs domaines, dont l’économie, les politiques gouvernementales et la culture.

Quelques exemples d’incidences de la recherche en sciences humaines (Source : Les incidences de la recherche en sciences humaines[.pdf], Fédération des sciences humaines, p. 15)

La recherche collégiale : ses caractéristiques, sa richesse et ses défis

Récipiendaires de prix importants au cours de la dernière année, Monique Caron-Bouchard et Luc Desautels se sont prêtés à un entretien en marge de la table ronde. Pendant les échanges, Luc Desautels a présenté ce qu’il perçoit comme les principales caractéristiques de la recherche collégiale, notamment :

  • La qualité de la recherche menée dans le réseau collégial.
  • La collaboration possible avec des universités, notamment par des titres comme celui de professeur associé.
  • L’aspect pragmatique de la recherche collégiale, plus à l’affût des besoins « sur le terrain » – y compris les salles de classe, d’où la propension de certains chercheurs à choisir la pédagogie comme terrain d’enquête.
  • Le caractère volontaire des initiatives en recherche.

Le dernier point a été souligné par plusieurs personnes en cours de journée. La passion manifestée par plusieurs enseignants pour contribuer à l’avancement des connaissances est nécessaire au développement de la recherche collégiale, mais elle se révèle également essentielle pour assurer une relève, puisqu’un enseignant passionné de recherche pourrait transmettre le même intérêt à ses étudiants.

De l’avis de plusieurs participants, les collèges et les centres collégiaux de transfert de technologie (CCTT) gagneraient à développer des pratiques visant une plus grande intégration des étudiants dans les différents projets de recherche. Normand Labrie a valorisé de nouvelles approches pédagogiques visant la co création de connaissances.

La présentation du parcours professionnel de Monique Caron-Bouchard a permis de souligner une autre caractéristique distinctive de la recherche collégiale : la possibilité de s’intéresser à plusieurs disciplines (alors que le milieu universitaire prône la spécialisation). De cet entretien a découlé une discussion sur les débouchés en recherche pour les détenteurs d’un doctorat, puisque ces derniers n’entreprendront une carrière universitaire que dans une faible proportion. En revanche, ils sont de plus en plus nombreux à intégrer les établissements d'enseignement collégial.

De l’avis de plusieurs intervenants, un meilleur dialogue entre universités et collèges s’impose :

  • Pour mieux connaître les besoins en recherche et favoriser les collaborations entre les établissements postsecondaires.
  • Pour mieux préparer les doctorants à une carrière hors de l’université, en offrant une meilleure visibilité à la recherche collégiale et qu’elle soit présentée comme une perspective de carrière intéressante.

Le défi de la reconnaissance et l’absence d’un portrait exhaustif de la situation des chercheurs de collège ont d’ailleurs été maintes fois soulignés.

Au terme de la journée, une brève consultation menée par Robert Poulin, directeur général de l’Enseignement collégial au ministère de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de la Science (MESRS), a permis la mise en commun de réflexions sur les besoins et les priorités du réseau collégial pour favoriser le développement et le soutien de la recherche. Voici quelques-unes des suggestions formulées au terme de cet exercice :  

  • Une meilleure connaissance de ce qui est fait en recherche collégiale par une mise en commun d’informations qui permettrait de connaître les chercheurs et les projets en cours, un peu à l’image du CV commun canadien.
  • Une reconnaissance de la recherche collégiale par la remise de prix et de distinctions, ainsi qu’une plus grande diffusion des résultats de recherche.
  • Repenser le rapport d’opposition traditionnel entre enseignement et recherche pour parvenir à une meilleure conciliation de ces deux aspects, voire modifier la mission des établissements pour qu’elle valorise autant l’enseignement que la recherche.
  • Un meilleur soutien de la part des établissements, qui passe par une implication des directions dans la recherche collégiale, notamment par rapport aux infrastructures.
  • Une modification des conventions collectives, de manière à reconnaître l’apport des chercheurs et du personnel professionnel ou de soutien, tout en assurant l’équité entre le personnel uniquement enseignant et le personnel enseignant et chercheur.
  • Rendre la recherche plus attractive, puisqu’elle s’effectue sur une base volontaire, et offrir du mentorat.
  • Assurer le maintien d’événements comme Les Belles Rencontres de l’ARC pour assurer la diffusion d’informations, faciliter les échanges et favoriser le réseautage entre les acteurs intéressés par la recherche collégiale.

Une réflexion qui se poursuit …

Le 27 mai 2015, dans le cadre du 83e Congrès de l’Acfas, l’ARC tiendra une activité spéciale dont le thème sera La recherche collégiale et son milieu : enracinement, déploiement et interdépendance. La communauté scientifique est conviée à soumettre à l’ARC, d’ici le 6 février 2015, des propositions pour la séance de communications affichées qui aura alors lieu – une belle occasion de poursuivre les réflexions et les discussions entamées le 9 janvier!

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