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Publié le 24 mai 2016 | Multidisciplinaire

Les compétences numériques chez les formateurs de futurs enseignants et leurs étudiants

Pour souligner la fin de la session d’hiver 2016, Profweb a invité ses 3 collaborateurs du DESS en enseignement collégial à résumer un article de leur choix paru dans unnuméro spécial de la Revue internationale de pédagogie de l’enseignement supérieur (RIPES) et portant sur l’usage du numérique en enseignement.

Voici ce qui a retenu l’attention d’Alexandre Boucher, diplômé du DESS en enseignement collégial à l’Université Laval et stagiaire en enseignement de la psychologie au Cégep de Sainte-Foy.

Ce texte est un résumé de l’article de Nicolas Roland et Sophie Vanmeerhaeghe, intitulé Les formateurs d’enseignants face aux environnements personnels d’apprentissage de leurs étudiants : représentations et accompagnement.

Dans l’article que j’ai choisi, les chercheurs constatent qu’il y a un décalage entre la perception qu’ont les enseignants et le niveau réel des compétences numériques des étudiants.

Les 2 chercheurs s’intéressent à l’intégration des technologies dans la formation des futurs enseignants aux études supérieures. Ils ont consulté 66 enseignants formateurs de futurs enseignants sous l’autorité de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les propos recueillis ont servi à faire l’analyse :

  • Des représentations qu’ont les formateurs de leurs étudiants.
  • Des approches pédagogiques que ces enseignants utilisent pour développer les compétences numériques des étudiants.

Les auteurs soulèvent toutefois une limite dans la méthodologie de leur étude. Puisque leur échantillon ne contient que 66 enseignants aux cycles supérieurs, il ne leur est pas possible d’affirmer que les résultats de cette étude sont représentatifs de tous les professeurs formateurs de futurs enseignants.

Les environnements personnels d’apprentissage

Roland et Vanmeerhaeghe ont étudié les environnements personnels d’apprentissage (EPA) des étudiants. Un EPA se définit comme « un système d’instruments élaboré par l’apprenant lui-même dans le cadre d’activités académiques d’apprentissage en mobilisant des [outils] numériques et non numériques ainsi que d’autres individus – condisciples, les parents, l’enseignant, etc. – à des fins d’apprentissage  (Roland et Talbot, 2014). » Les EPA s’inscrivent donc dans une perspective socioconstructiviste.

Leur étude visait à analyser les compétences nécessaires à la création et à la gestion efficaces d’EPA par les étudiants. Le principal avantage d’étudier les EPA est que l’on ne s’intéresse plus seulement aux moyens numériques conçus par les institutions, mais aussi aux outils que les étudiants utilisent à des fins académiques et qui proviennent d’autres sources. Les étudiants faisant l’objet de cette analyse sont présentement inscrits aux études supérieures et font partie de la génération Y. On les désigne également comme des « natifs du numérique ».

Afin de procéder à l’analyse des conceptions des enseignants sur les compétences numériques de leurs étudiants ainsi que des moyens utilisés pour développer ces compétences, Roland et Vanmeerhaeghe ont décidé d’utiliser la matrice de littératie numérique [PDF] de Fastrez et De Smedt (2012) :

Matrice de la littératie médiatique (Fastrez et De Smedt, 2012)

Les résultats de l’étude démontrent que :

  • Les enseignants formateurs provenant des universités utilisent principalement les technologies pour la préparation de leurs cours ainsi que pour les présentations de leur contenu (projection).
  • Très peu intègrent les technologies à leurs activités d’enseignement.

Les auteurs considèrent que cette faible utilisation des technologies dans les activités pédagogiques proposées en classe n’aiderait pas beaucoup les étudiants à se familiariser avec les technologies pour développer leur EPA.  Ils ont d’ailleurs sondé les représentations des enseignants quant à leur niveau de familiarité avec les technologies. Les résultats démontrent que, bien que les enseignants qualifient de « moyen à haut » leur niveau de maitrise des technologies, leur utilisation du numérique est surtout personnelle. De plus, ces mêmes enseignants recourent très peu à l’enseignement collaboratif et différé (partage de documents en ligne, organisation d’activités en ligne, etc.).

Cette partie de l’étude démontre aussi qu’il y a une surévaluation par les enseignants des compétences numériques des étudiants de la génération Y. Ces compétences ont encore été évaluées à l’aide de la matrice de Fastrez et De Smedt (2012). Les enseignants formateurs ont évalué les compétences des étudiants :

  • En lecture
  • En écriture
  • En navigation
  • En organisation

Toutes ces compétences ont été évaluées sous les axes informationnels, techniques et sociaux. Les étudiants ne sont pas tous au même niveau de maitrise concernant les technologies, surtout si l’on prend en compte leur milieu socioéconomique. Les auteurs citent de nombreuses études (Prensky, 2011; Strauss et Howe, 2000; Tapscott, 2009) qui démontrent qu’une minorité des étudiants correspondrait aux représentations des enseignants de cette étude. Selon les auteurs, ce décalage pourrait causer des problèmes si les enseignants formateurs leur demandaient un travail nécessitant l’utilisation d’outils technologiques excédant leurs compétences.

Le développement des compétences numériques

Finalement, la deuxième partie de la recherche porte un regard sur les moyens d’accompagnement déployés par les enseignants pour développer les compétences numériques des étudiants. Les résultats sont surprenants. Bien que le développement des compétences numériques ainsi que l’intégration des TIC soient essentiels au développement des habiletés de l’étudiant, la majorité des enseignants questionnés ont mentionné ne pas utiliser les technologies (ou les utiliser rarement)  dans les différentes sphères de leur enseignement. La sphère dans laquelle ils offrent le plus d’accompagnement est celle de la lecture informationnelle, qui sert à analyser la validité d’une source.

Grâce à leur étude, les chercheurs valident leur observation initiale, soit qu’il existe des différences entre les représentations des formateurs de futurs enseignants et les compétences numériques réelles des étudiants. Ces représentations peuvent faire en sorte que l’accompagnement offert aux étudiants pour le développement de compétences numériques s’avère insuffisant.

Références utiles

  • Fastrez, P. et De Smedt, T. (2012). « Une description matricielle des compétences en littératie médiatique». Dans M. Lebrun-Brossard, N. Lacelle et J.-F. Boutin (dir.), La littératie médiatique multimodale. De nouvelles approches en lecture-écriture à l’école et hors de l’école (p.45-60). Québec : Presses de l’Université du Québec.
  • Howe, N. & Strauss, B. (2000). Millennials Rising: The Next Great Generation. New York, NY: Vintage Books.
  • Prensky, M. (2010). Teaching Digital Natives: Partnering for Real Learning. London: Sage Publishers.
  • Tapscott, D. (2009). Grown Up Digital: How the Net Generation is Changing Your World [PDF]. New York, NY: McGraw-Hill.

1 commentaire(s)

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    Nicole Perreault a écrit le 24 mai 2016 à 11h33

    Bonjour Alexandre, Merci pour cet article. Les résultats que vous y présentez rejoignent tout à fait les constats qui sont identifiés dans la page Pourquoi un Profil TIC des étudiants ? http://www.profweb.ca/profil-tic/pages/pourquoi-le-profil-tic. Nous espérons que la mise en ligne de l'espace ProfilTIC.ca sera un catalyseur pour inciter davantage les enseignants à intégrer les technologies dans leurs cours. Merci encore, Nicole Perreault.

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