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Publié le 12 mai 2015 | Multidisciplinaire

Lancement du Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine

Le 30 avril 2015, un groupe de professionnels œuvrant dans le milieu de l’éducation lançait sur son site web le Manifeste pour une pédagogie renouvelée, active et contemporaine. Les auteurs sont pédagogues et enseignants, principalement aux cycles primaire et secondaire, sont passionnés de technologies et les perçoivent comme un levier d’apprentissage incontournable pour leurs élèves. Leur Manifeste s’articule autour d’une question fondamentale : l’école actuelle prépare-t-elle adéquatement les élèves à faire face au prochain demi-siècle? Leur objectif : agir comme des agents positifs de changement en soutenant les initiatives qui placent l’élève au cœur de ses apprentissages.

J’ai choisi de vous parler de ce texte pour deux raisons :

  • Bien que le texte concerne surtout les élèves des niveaux primaire et secondaire, ces élèves sont aussi les futurs étudiants qui intégreront les collèges, d'ici quelques années. Par conséquent, les réflexions et les changements pédagogiques qui s’effectuent en amont auront nécessairement un impact sur la réalité collégiale de demain.
  • Les réflexions proposées par les auteurs transcendent les ordres d’enseignement : ce sont des préoccupations que partagent également de nombreux professionnels des collèges et des universités.

Le texte qui suit constitue une synthèse : je vous invite bien sûr à lire le texte dans son intégralité. Par souci d’uniformité, je reprendrai le terme élèves utilisé par les auteurs, mais en tant que terme générique désignant les apprenants de tous âges.

L’émergence de nouvelles réalités et de nouveaux besoins

Les auteurs du Manifeste affirment qu’il existe un décalage entre les besoins des élèves du XXIe siècle et l’école actuelle. Son rôle consiste essentiellement à former les citoyens et les travailleurs de demain. Or, il y a fort à parier que de nombreux élèves occuperont dans 10 ou 20 ans un métier qui n’existe pas encore aujourd’hui. Si le rôle de l’école est de préparer la prochaine génération pour en faire des professionnels capables d’innover et de solutionner des problèmes auxquels nous n’avons peut-être pas encore été confrontés, elle doit nécessairement se mouler aux changements qui s’opèrent dans la société.

Loin de remettre en question la pertinence et la qualité de l’enseignement offert aux générations précédentes, les auteurs s’interrogent néanmoins sur l’approche pédagogique traditionnelle dans le contexte actuel : est-elle la plus adéquate, la plus susceptible de former des adultes créatifs, ouverts au changement et sachant s’adapter à l’évolution rapide des technologies et aux incertitudes qu’elle génère ?

Les auteurs identifient 3 lignes de « fracture » entre le modèle d’enseignement traditionnel et les nouvelles réalités, surtout technologiques, des élèves et de la société en général.

Le rôle de l’enseignant

Dans le modèle d’enseignement traditionnel, ou « magistral », l’enseignant est le principal détenteur des connaissances et les élèves les reçoivent de manière plus passive. Or, en ce début de XXIe siècle, notre société vit dans une surabondance d’informations. Ces informations sont facilement accessibles à travers les technologies qu’utilisent déjà les élèves, souvent à partir d’un jeune âge. La possibilité de communiquer des savoirs et d’acquérir de nouvelles connaissances n’a jamais été aussi accessible : elle dépasse largement le cadre de l’école. Ces changements amènent les auteurs à se questionner sur le rôle de l’enseignant, appelé à passer d’expert à accompagnateur.

L’enseignant doit agir en amont, de façon à orienter l’élève dans ses recherches, à l’encourager à se questionner sur le processus, à l’obliger à négocier avec l’autre la pertinence de ses trouvailles. L’enseignant doit faire plus qu’accompagner : il doit ouvrir le chemin.

Le processus d’évaluation

Les auteurs déplorent que les évaluations soient souvent décontextualisées, qu’elles visent à connaître la capacité de rétention de connaissances accumulées pendant une période déterminée. Dans un contexte où les élèves sont surchargés d’informations, où il est facile d’interroger Google pour obtenir des réponses sur tous les sujets, les auteurs croient que l’évaluation de connaissances « statiques » n’est plus adéquate. Ils proposent plutôt de considérer l’évaluation comme une opportunité pour l’élève de développer son discernement et son esprit critique, de réfléchir et de faire des liens avec la matière vue en classe et surtout, de lui permettre de s’améliorer. L’objectif ne serait donc pas de stocker de l’information à court terme en vue d’un examen, mais de permettre à l’élève d’acquérir des compétences analytiques et informationnelles qui lui seront utiles toute sa vie.

La représentativité de l’école par rapport à la société

Les technologies ont, à bien des égards, contribué à faciliter et à améliorer nos conditions de vie. Les auteurs l’illustrent notamment à travers l’exemple des transports, des communications et des avancées médicales et judiciaires (médico-légales) dont notre société bénéficie. Les auteurs constatent cependant une troisième fracture :

  • Les élèves sont, pour la plupart, natifs du numérique (dans le texte, on fait surtout référence à des individus nés après l’an 2000). Les technologies sont omniprésentes dans le paysage social : les élèves les considèrent donc comme une réalité qui fait partie intégrante de leur quotidien.
  • Le système scolaire, par opposition, considère souvent les technologies comme un défi, une adaptation. Les professionnels du domaine de l’éducation ont généralement grandi, étudié ou exercé leur métier avant « l’ère du numérique » : l’intégration des TIC peut donc en rebuter plusieurs.

Les auteurs croient que le système scolaire devrait refléter la société dans laquelle l’école s’inscrit, afin de former adéquatement les élèves qui auront ensuite à évoluer dans cette même société. Cette représentativité passe notamment par l’intégration des nouvelles technologies, non pour les substituer à la pédagogie, mais pour au contraire la soutenir.

Pour une pédagogie active et renouvelée

En quoi consiste la pédagogie « renouvelée, active et contemporaine » que soutiennent les auteurs ? Vous ne serez pas surpris d’apprendre qu’à bien des égards, elle s’inscrit dans la lignée d’initiatives comme celle du Profil TIC. Les auteurs identifient 6 critères incontournables de cette approche pédagogique pour le primaire et le secondaire :

  • L’acquisition de compétences informationnelles (qui favorisent la collaboration, le partage et la construction des savoirs, l’esprit critique)
  • La réflexion sur ses mécanismes d’apprentissage (métacognition)
  • La valorisation de la créativité, de l’adaptabilité et de l’innovation (à travers des projets stimulants, amusants et signifiants : décloisonner la classe, ludifier l’apprentissage)
  • L’intégration des TIC.
  • La collaboration et l’entraide : « il ne s’agit plus de se placer en équipe; bien au contraire, il faut faire équipe. »
  • La responsabilisation de l’élève

Pour réussir cette transition dans le milieu de l’éducation, ainsi que pour soutenir les nombreuses initiatives qui ont cours dans les différents ordres d’enseignement, les auteurs proposent 4 pistes de solution :

  • S’assurer que la formation des enseignants s’arrime aux besoins et aux réalités du milieu scolaire.
  • Continuer à apprendre : encourager la formation continue et le réseautage.
  • Diversifier les approches pédagogiques et les outils utilisés.
  • Faire preuve de leadership pour mobiliser les acteurs du milieu, qu’il s’agisse des professionnels, des élèves ou de leurs parents.
Les auteurs se défendent bien d’être de simples « critiqueux » : ils s’identifient plutôt comme des agents de changement positifs, orientés vers l’élève et vers une pédagogie active. Leur démarche paraît s’inscrire dans la lignée d’initiatives, de projets et de changements similaires qui s’opèrent autant dans le système scolaire (primaire et secondaire) qu’aux études supérieures. 

Qu’en pensez-vous ? 
Êtes-vous d’accord avec leurs constats, leurs solutions ? Les ordres d’enseignement devraient-ils se concerter pour assurer une continuité dans leur approche pédagogique ? N’hésitez pas à nous faire part de votre opinion dans la section Commentaires !

1 commentaire(s)

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    Nicole Perreault a écrit le 12 mai 2015 à 16h03

    Texte fort intéressant, merci Andréanne ! Comme tu l'écris, il y a un lien très clair entre le Profil TIC des étudiants et les six critères d'une approche "renouvelée, active et contemporaine", dont les critères 1, 2 5 et 6.

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