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Publié le 10 janvier 2018 | Multidisciplinaire

« L'apprentissage actif, une question de risques... calculés » : réflexions à partir d’un article paru dans Pédagogie collégiale

Dans le numéro d'automne 2017 de la revue Pédagogie collégiale, Louis Normand, enseignant au Collège de Rosemont, publie « L'apprentissage actif, une question de risques… calculés » [PDF]. Il y explique en quoi l'apprentissage actif est efficace, mais il présente aussi les défis qui y sont associés. Il fait des suggestions concrètes d’activités, que ce soit dans une classe traditionnelle ou dans une classe d’apprentissage actif (CLAAC) ou classe du 21e siècle. Je vous présente certains éléments de cet article, en parallèle avec des réflexions au sujet de ma propre pratique enseignante.

Ma réflexion à la suite de l'un de mes cours

Pouvez-vous imaginer un cours de natation pour débutants où l'instructeur passerait de longues heures à décrire les mouvements du crawl et de la brasse, à en faire la démonstration lui-même en nageant, mais où les élèves ne mettraient pas le pied à l'eau?

Récemment, j'ai donné un cours d'Électricité et magnétisme à des étudiants de Sciences de la nature. J'ai démontré des équations, fait des manipulations avec des aimants et des courants, calculé des intégrales et des produits vectoriels, parlé des applications technologiques de la matière et fait des liens entre les notions et la vie courante, résolu des exemples de problèmes au tableau... Tout! J'ai bien posé quelques questions au groupe ici et là, mais ce sont toujours les mêmes 2 ou 3 étudiants qui ont répondu. À la fin du cours, j'avais l'impression d'avoir travaillé bien fort, mais que mes étudiants, eux, n'avaient rien fait.

Bien sûr, ils vont « sauter dans la piscine » quand ils seront chez eux et qu'ils devront résoudre les problèmes que je leur donne à faire en devoir. Mais je ne serai pas là pour les regarder faire et leur donner des conseils ou des explications supplémentaires.

Les défis de l'apprentissage actif selon Louis Normand

Mes cours ne se déroulent pas toujours comme la séance que je viens de vous décrire. Je tente le plus souvent de faire en sorte que mes étudiants soient actifs en classe. Mais, parfois, le temps manque : le temps de classe ou le temps à ma disposition pour réfléchir à une activité pertinente et intéressante.

Dans son article « L'apprentissage actif, une question de risques… calculés », Louis Normand rappelle effectivement que la mise en oeuvre de l'apprentissage actif demande du temps de classe (voir moins de contenus, mais les voir mieux) et du temps de la part de l'enseignant pour que celui-ci développe du matériel didactique et planifie les activités d'apprentissage. Et ce ne sont pas les seuls défis auxquels fait face l'enseignant qui veut implanter l'apprentissage actif dans sa classe.

Les risques

Une fois les défis cernés, Louis Normand décrit également les risques associés à l'apprentissage actif. Entre autres :

  • Le risque que l'enseignant « perde le contrôle » de la classe
  • Le risque que les étudiants ne s'engagent pas ou n'aiment pas l'expérience

Mais l’auteur explique qu'il est possible de mettre en oeuvre l'apprentissage actif sans pour autant chambouler toute la structure d'un cours autrement magistral. Il décrit d'intéressantes suggestions d'activités d'apprentissage « à faible risque » (de courte durée, très structurées, contrôlées par l’enseignant), qui s'intègrent à un exposé interactif :

Temps d'attente
On pose une question au groupe. Après quelques seconde, on répète la question, puis on désigne au hasard un étudiant qui doit y répondre.
Travail en dyade
Après un exposé, on demande aux étudiants de comparer leurs notes avec celles d'un collègue, ou d'en résumer le contenu en dyade...
Technique 1-2-3
Après un exposé, on pose une question à laquelle les étudiants répondent individuellement par écrit. Puis, ils doivent comparer leurs réponses en dyade. Finalement, les réponses sont partagées en grand groupe.
Rétroaction immédiate (enseignement par les pairs)
Les étudiants votent pour répondre à une question à choix multiples. S'il y a suffisamment de bonnes réponses, on passe à la notion suivante. Sinon, les étudiants discutent en sous-groupe pour échanger leurs points de vues, puis sont appelés à voter de nouveau.

Vous trouverez des suggestions supplémentaires sur la page du Wiki-TEDia consacrée à l'exposé interactif.

Pour ma part, j'ai eu la chance d'échanger par courriel avec Louis. Ma description de ma séance de cours « passif » lui a fait pensé à une méthode pédagogique reconnue pour l'enseignement de la physique (nous enseignons tous les 2 cette matière). Il s'agit de l'Interactive Lecture Demonstration (ILD), qui a fait l'objet d'un article, en anglais, dans la revue The Physics Teacher en 1997 (l'accès à l'article est restreint aux abonnés de la revue, mais la bibliothèque de votre établissement est peut-être abonnée).

Dans son article dans Pédagogie collégiale, Louis Normand présente également des activités « à risque élevé » (de plus longue durée, moins structurées et dont le contrôle est davantage exercé par les étudiants), comme l'apprentissage par problèmes ou par projets. Mais l'auteur donne de judicieux conseils pour, justement, contrôler les risques (pour reprendre à la fois la métaphore du cours de natation et une analogie faite par Louis Normand : éviter la noyade). Par exemple, si on souhaite que les étudiants travaillent en équipe, il faut leur enseigner à le faire.

Hors d'une CLAAC, point de salut?

Votre collège dispose peut-être d'une CLAAC. Ou pas. Et s'il en a une (ou plus d'une), elle est peut-être surfréquentée.

Salle de classe avec plusieurs tableaux blanc et projecteurs où les étudiants sont réparti en petit groupe autour de tables rondes

L'une des classes d'apprentissage actif du Cégep Limoilou, photographiée pour un article sur mon collègue Stéphan Gaumont-Guay

Louis Normand écrit qu'une classe d'apprentissage actif possède 2 grandes caractéristiques :

  • Un aménagement spatial qui favorise la pédagogie active ainsi que l’apprentissage collaboratif ou coopératif
  • Un accès à des technologies soutenant la pédagogie active, la collaboration et la coopération (tableaux blancs numériques, ordinateurs, tablettes, projecteurs, etc.)

Toutefois, l’auteur rappelle qu'une recherche menée au Collège Dawson par Liz Charles et ses collaborateursa montré que l'élément d’une CLAAC ayant le plus d'impact sur les apprentissages est d'adopter une pédagogie active. Il importe peu alors que l'on soit dans une classe traditionnelle ou dans une CLAAC.

L’intégration de méthodes d’apprentissage actif est le premier pas à franchir avant d’exploiter tout le potentiel d’une CLAAC, et ce type d’apprentissage peut très bien s’insérer dans n’importe quelle classe dite « traditionnelle », c’est-à-dire qui ne comporte pas de mobilier spécial ni de technologies particulières. Louis Normand

À l'automne 2017, Profweb a publié un récit sur la classe d'apprentissage actif du Cégep de Sept-îles. Cette classe n'intègre pas de composante technologique particulière (un seul projecteur, comme dans toutes les autres classes du cégep), mais son design et son mobilier sont conçus pour favoriser l'apprentissage collaboratif actif. Cela a entre autres comme avantage de la rendre moins intimidante pour les enseignants moins technophiles (et de rendre sa création et son entretien moins coûteux!).

La classe d'apprentissage actif du Cégep de Sept-îles

Une question qu'on se pose depuis 1987

À l'instar de Michel Saint-Onge, je me demande fréquemment « Moi j'enseigne, mais eux, apprennent-ils? »? Quand j'intègre l'apprentissage actif à mes cours, j'ai davantage confiance de pouvoir répondre par l'affirmative.

À propos de l'auteure

Catherine Rhéaume est éditrice et rédactrice pour Profweb depuis 2013. Elle est également enseignante de physique au Cégep Limoilou et chargée de cours pour les cours compensateurs à l'Université Laval. Son travail pour Profweb l'amène tout naturellement à s'intéresser à la technopédagogie et à tenter d'innover dans son enseignement.

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