Profweb

Accueil » Publications » Articles » Corriger autrement les productions écrites: la correction orale enregistrée

Publications

Articles

Publié le 29 août 2016 | Multidisciplinaire

Corriger autrement les productions écrites: la correction orale enregistrée

Lors du colloque 2016 de l’Association québécoise de pédagogie collégiale (AQPC), j’ai assisté à l’atelier Corriger autrement les productions écrites : la correction orale enregistrée, animé par Julie Roberge, enseignante de français au Cégep André-Laurendeau. Je vous en présente ici le compte rendu.

Un atelier inspirant!

Julie Roberge a commencé à enregistrer ses commentaires audio sur cassette en 1990. Alors enseignante au secondaire, elle lisait à voix haute le texte de l’élève et lui faisait des commentaires au fur et à mesure. Pour l’élève, entendre lire sa production à voix haute aidait à prendre conscience des erreurs de ponctuation, de structure de phrases, etc. Quand elle corrige, Julie Roberge montre à l’étudiant tout le travail intellectuel qu’elle effectue. Elle prend le temps de chercher dans le dictionnaire, de réfléchir… De plus, la voix a un effet affectif sur l’élève : cela renforce le lien entre l’enseignante et lui.

Julie Roberge a fait une thèse de doctorat ainsi qu’une recherche PARÉA au sujet de la correction audio. Dans son atelier au colloque de l’AQPC, elle nous a fait part de façon humoristique et très dynamique de son expérience d’accompagnement de 12 enseignants de son collège. Ces enseignants, issus de 8 disciplines différentes, expérimentaient la correction orale enregistrée pour des productions écrites de leurs étudiants. Ces productions étaient de tous genres :

  • Exercices de rédaction
  • Rapport ou journal de bord de stage
  • Rapports de laboratoire
  • Etc.

Quelques conseils techniques

Pour s’enregistrer, Julie Roberge utilise le gratuiciel libre Audacity. Elle indique toutefois qu’il est important d’ajuster les paramètres pour enregistrer dans la qualité la plus basse possible, afin que le fichier résultant soit d’une taille raisonnable pour le transfert aux étudiants.

Il faut enregistrer les commentaires s’adressant à chacun des étudiants dans des fichiers différents, de façon à pouvoir envoyer à chacun d’eux l’enregistrement qui le concerne seulement.

Julie Roberge transmet les fichiers par MIO ou via le module « Travaux » de LÉA. Quand elle les envoie par MIO, elle les met en pièce jointe à un court message « générique » qu’elle recopie à l’identique pour chaque étudiant, en changeant seulement le fichier attaché. Pour un groupe de 35 étudiants, cela lui prend environ 20 minutes.

Avec l’outil de dépôt des travaux corrigés du module « Travaux » de LÉA, il n’est pas possible de déposer tous les fichiers d’un coup, car la taille totale dépasserait la limite permise. Il faut y aller quelques fichiers à la fois, mais cela fonctionne.

Comment corriger par enregistrement audio ?

Quand elle corrige le texte d’un étudiant, Julie Roberge s’enregistre sans avoir auparavant lu et analysé le texte. Elle entame donc sa correction orale sans avoir une idée préalable du texte. Elle en fait la lecture complète à voix haute, en s’interrompant pour commenter, lorsque nécessaire.

D’autres enseignants adoptent des stratégies différentes. Certains préfèrent par exemple lire et annoter le texte avant d’enregistrer leurs commentaires. Ceux-ci peuvent alors choisir de ne pas lire le texte entier à voix haute, mais seulement des passages qu’ils ont ciblés. Dans tous les cas, l’enregistrement doit être fait dans un endroit calme, avec un ton de voix agréable.

Au début de l’enregistrement, Julie Roberge conseille de :

  • Saluer l’étudiant par son prénom
  • Lui dire ce qu’on va faire (lui expliquer le déroulement de la correction)
  • Lui préciser ce qu’on attend de lui, ce qu’il doit faire en écoutant la correction. Par exemple : « Tout en m’écoutant, je t’invite à prendre en note, sur ta copie, les commentaires qui sont les plus pertinents pour toi. »

Les commentaires peuvent être autant positifs que mélioratifs. Ils peuvent porter sur :

  • Le contenu du texte
  • La structure du texte
  • La qualité de la langue
  • Etc.

Toutefois, autrement que dans un cours de langue, Julie Roberge conseille de ne pas trop prendre de temps pour discuter des erreurs d’orthographe ou de grammaire. On peut simplement les annoter et faire un commentaire à la fin de l’enregistrement pour dire qu’on a souligné des mots mal écrits pendant la lecture.

En corrigeant, on peut faire référence oralement :

  • Au matériel du cours
  • Aux activités réalisées en classe
  • Aux devoirs précédents
  • Aux consignes du travail
  • Aux critères d’évaluation
  • Etc.

Un enseignant qui connait bien son étudiant peut aussi faire référence à la progression de celui-ci vers l’atteinte de la compétence du cours, par exemple.

Il ne faut pas se gêner pour utiliser nous-mêmes du matériel de référence. Quand l’étudiant prend connaissance des ressources que l’enseignant consulte pendant la correction, ça peut l’incite à les utiliser lui aussi.

Quoi corriger?

Julie Roberge suggère d’utiliser la correction orale enregistrée pour des travaux qui auront une incidence sur la suite du cours. Par exemple, la première d’une série de dissertations à écrire. Dans ces circonstances, elle remarque une amélioration des résultats entre la première et la seconde version du travail.

Parmi les enseignants accompagnés par Julie Roberge, l’enseignante de Techniques d’éducation à l’enfance (TÉE) qui a utilisé la correction orale enregistrée pour une fiche d’activité avec ses étudiantes s’est dite particulièrement satisfaite. Les étudiantes de TÉE ont de nombreuses fiches d’activité à remplir tout au long de leur formation. Celles qui ont reçu la correction orale enregistrée ont produit des fiches remarquablement bonnes lors des travaux suivant les rétroactions de l’enseignante.

La remise des enregistrements

Julie Roberge transmet aux étudiants les fichiers sonores de ses enregistrements quelques minutes avant le cours. Puis, le cours commence au laboratoire d’informatique. Chaque étudiant a été averti au préalable d’apporter des écouteurs avec lui ce jour-là, et tout le monde peut écouter son commentaire. Cette façon de faire permet à l’enseignante de s’assurer que tout le monde écoute ses rétroactions, et a sa copie en main pour l’annoter. Cela confère également une certaine solennité à l’événement.

Évidemment, il est également possible de laisser les étudiants écouter les commentaires à l’extérieur de la classe. Toutefois, on ne peut pas savoir dans quelles conditions ils le feront. Un étudiant qui déciderait d’écouter son commentaire à partir de son téléphone dans le métro pourrait difficilement procéder à une annotation sérieuse de sa copie…

Ce qu’en disent les étudiants

Les étudiants des enseignants accompagnés par Julie Roberge ont aimé le fait que la correction orale leur permet de recevoir plus d’explications qu’à l’écrit. Ils ont également le sentiment que la correction est plus personnalisée. Cela leur donne le sentiment que leur enseignant a pris du temps pour corriger leur copie. Pourtant, nous savons tous combien la correction « traditionnelle » peut prendre de temps! Seulement, les étudiants le réalisent moins… Par ailleurs, ils disent qu’ils ne voient pas le temps passer quand ils écoutent l’enregistrement (qui peut pourtant durer jusqu’à 30 minutes).

Quand on leur a offert le choix, les étudiants ont dit souhaiter bénéficier de la correction audio pour un deuxième travail également.

Les étudiants d’un enseignant d’anglais langue seconde ont particulièrement apprécié entendre leur enseignant lire leur rédaction en anglais, avec le bon accent et la bonne prononciation.

Pour en savoir plus

Cet article offre un résumé de quelques-uns seulement des éléments abordés par Julie Roberge lors de sa présentation au colloque 2016 de l’AQPC. Cela vous a incité à essayer la correction orale enregistrée? Consultez d’autres publications de Profweb sur le sujet :

0 commentaire(s)

Commenter

* champs obligatoires
Type d'intervention*