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Publié le 7 août 2018 | Multidisciplinaire

Compte rendu - « Usage des technologies en éducation : analyse des enjeux socioculturels »

Cet article est un résumé du texte « Usage des technologies en éducation : analyse des enjeux socioculturels » de Simon Collin (Université du Québec à Montréal) et Thierry Karsenti (Université de Montréal), paru en 2013 dans la revue Éducation et francophonie. Les auteurs  soulèvent un problème concernant l’utilisation des technologies en classe : on ne prend pas en compte leur utilisation, par les apprenants, en dehors de l’école. Ils soulèvent alors la nécessité de faire une analyse socioculturelle de l’utilisation des technologies, afin  de voir comment les apprenants les utilisent en dehors de l’école, pour ensuite orienter cette utilisation en contexte éducatif.

La problématique

En dressant le portrait des usages technologiques des apprenants en dehors de l’école, les auteurs ont constaté que les technologies de l’éducation sont utilisées en vase clos, c’est-à-dire en contexte éducatif seulement, plutôt que selon le principe des vases communicants (contextes éducatif et socioculturel en interaction). Ils ont décidé d’étudier les dimensions socioculturelles à l’oeuvre dans les technologies en éducation.

Ils se sont posé la question suivante : Quels sont les usages des technologies par les nouvelles générations d’apprenants en dehors des institutions éducatives?

Les auteurs se donnent 2 objectifs :

  • Dresser un portrait des usages technologiques des apprenants en dehors de l’école
  • Orienter les usages technologiques en contexte éducatif

Portrait différencié des usages technologiques des apprenants en dehors des institutions éducatives

Pluralité des usages des technologies

Selon un récent rapport du Centre facilitant la recherche et l’innovation dans les organisations (CEFRIO, 2011), il y a 3 types d’usages principaux d’internet faits par les utilisateurs de la génération Y (18-34 ans) :

  • Usages relationnels (médias sociaux comme Facebook, par exemple)
  • Transactions financières et opérations bancaires
  • Usages ludiques (Jeux en ligne, visionnement de vidéos, de films, etc.)

Parallèlement à ce rapport, certaines études ont relevé  des usages potentiellement éducatifs des technologies en dehors de l’école, par exemple :

  • La vérification de faits (encyclopédie, dictionnaire en ligne)
  • La formation (projet éducatif à réaliser, formation à distance)
  • La culture d’intérêts personnels, qui peut générer des apprentissages informels

Ces travaux permettent de penser que le rapport des nouvelles générations d’apprenants aux technologies est susceptible de varier suivant les types d’usages qui sont faits et que ces derniers n’ont pas tous la même valeur éducative.

Variation des usages technologiques

Selon les études consultées, il existe des variations entre les apprenants d’une même génération quant à leur rapport aux technologies. Bennett et Maton (2010) tirent plusieurs constats :

  • L’utilisation d’internet pour accéder à de l’information et socialiser est très répandue.
  • Les usages associés aux fonctions créatrices et collaboratives du web 2.0 sont le fait d’une minorité.
  • Les variations sont plus prononcées chez les élèves du primaire et du secondaire que chez les étudiants universitaires.

Comment peut-on expliquer ces variations? De la littérature, les auteurs ont tiré 2 types de variables :

  • Technologiques: représentation des technologies, accès, usages et compétences technologiques
  • Socioculturelles: sociodémographiques, socioéconomiques, ethnoculturelles

Plusieurs chercheurs ont étudié des situations en mettant en relation ces 2 variables. Ils expliquent la variation des usages technologiques notamment par :

  • L’immersion de l’apprenant dans un environnement numérique, qui influence la diversité des activités réalisées en ligne et la manière d’interagir avec les technologies (Helsper et Eynon, 2010)
  • La représentation de sa compétence technologique par l’apprenant :  « plus un apprenant se sent compétent à faire usage des technologies, plus il en fait des usages variés. » (Hargittai, 2010)

Implications pour orienter les usages des technologies en contexte éducatif

Sur la base des résultats [de la section précédente], il est possible d’établir :

  • que le rapport des apprenants aux technologies peut prendre différentes formes, suivant les types d’usages qui en sont faits, et que ces usages n’ont pas la même valeur éducative
  • que ce rapport aux technologie est sujet à de fortes variations au sein d’un même groupe d’âge, ce que, sur le plan théorique, le concept de fracture numérique nous a permis d’anticiper [...]
  • que ces variations sont déterminées par des variables technologiques et socioculturelles entretenant des relations complexes.
Collin et Karsenti (2013), p.202

Selon les auteurs, à la suite de ces constats, il est essentiel de « reconsidérer certaines préconceptions éducatives sur les jeunes et les technologies.» (Collin et Karsenti, p. 202)

Reconsidérer l’approche des technologies en éducation

Le contexte éducatif se doit d’être en interaction avec le contexte socioculturel. Cette figure montre les variations possibles du rapport aux technologies suivant les variables socioculturelles et technologiques.

Approche « élargie » des technologies en éducation. Collin, S., & Karsenti, T. (2013). « Usages des technologies en éducation : analyse des enjeux socioculturels ». Éducation et francophonie, 41(1), p. 203.

Reconsidérer le rapport des apprenants aux technologies

La population des « natifs du numérique » n’est pas homogène. Les apprenants n’ont donc pas tous le même rapport aux technologies. Un enseignant qui entretient cette préconception risque, à son insu, « d’exacerber les inégalités technologiques entre apprenants ». (Collin et Karsenti, p. 204)

Reconsidérer la prédisposition des apprenants à apprendre avec les technologies

Le transfert des usages et des compétences technologiques à la maison et en contexte éducatif ne sont pas systématiques, « ce qui limiterait, pour certains, leur prédisposition à utiliser les technologies à des fins d’apprentissage.» (Collin et Karsenti, p. 204)

Reconsidérer l’écart technologique entre les enseignants et les apprenants

On pense que les natifs du numérique ont de meilleures compétences technologiques que la génération qui les précède, alors que les différences observées entre ces 2 groupes sont limitées. Par conséquent, les auteurs avancent que les enseignants doivent prendre une place proactive pour former les apprenants à l’utilisation des technologies de façon éducative.

Reconsidérer le rôle des institutions éducatives au regard de l’intégration des technologies

En vue de soutenir la réussite éducative et socioprofessionnelle des apprenants et de niveler par le haut le rapport éducatif aux technologies, les institutions éducatives se doivent de réduire l'écart des inégalités socioculturelles par rapport à leur utilisation.

Quelques pistes pour soutenir l’intégration des technologies en contexte éducatif

Les auteurs avancent quelques pistes d’action pour soutenir l’intégration des technologies en éducation :

  • La responsabilité de former les apprenants aux usages éducatifs des technologies revient aux institutions éducatives.
  • La formation technologique devrait être développée explicitement dans les programmes de formation, non seulement en tant que soutien aux apprentissages, mais aussi en tant qu’objets d’apprentissage en soi.
  • En France, il existe un test de compétences technologiques (le Brevet informatique et Internet, B2i) au primaire et au secondaire dont l’objectif est « d’attester le niveau acquis par les élèves dans la maîtrise des outils multimédias et de l’internet » (Collin et Karsenti, p. 206). Ce test a pour but de déterminer les disparités entre les apprenants et leurs compétences technologiques.

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