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Publié le 1 mars 2015 | Multidisciplinaire

Apports réflexifs de la sociologie des usages aux TIC en éducation

Plusieurs recherches exploratoires sur l'utilisation des TIC en éducation ont cours à travers le monde. Plus près de nous, Simon Collin de l'Université du Québec à Montréal et Thierry Karsenti de l'Université de Montréal sont des chercheurs incontournables dans ce domaine. Leurs travaux visent à documenter l'usage des TIC au Québec et leur approche, à décloisonner ce qui appartient aux usages des apprenants en dehors et à l’intérieur des institutions éducatives. L’objectif poursuivi : déduire des implications pour  mieux orienter les usages en contexte éducatif. Les résultats de l'une de leurs recherches ont été publiés dans la revue Éducation et francophonie au printemps 2013, dans un numéro dont le thème était TIC et éducation: avantages, défis et perspectives futures. Cet article propose un tour d'horizon des résultats de leur recherche et des recommandations qu'ils formulent dans leur article « Usages des technologies en éducation : analyse des enjeux socioculturels », que vous pouvez consulter en ligne.

Les objectifs et la méthodologie de recherche

Cette recherche s'inscrit dans une perspective sociologique – plus précisément la sociologie des usages – qui propose une approche élargie en rapport avec les dimensions socioculturelles des technologies. Cette approche a mené à l’élaboration du concept de fracturenumérique. Pour en donner une définition libre, la fracture numérique réfère au fait que tous les individus ne sont pas égaux quant à leurs capacités d'utilisation des TIC. Les différences interindividuelles peuvent s'expliquer par :

  • Des accès différents aux TIC (accès aux technologies elles-mêmes ou limitations géographiques de l'utilisation des technologies, comme la haute vitesse qui n'est pas disponible partout).
  • Des habiletés variables de l'utilisation des TIC (ce n'est pas tous les individus qui ont les mêmes intérêts exploratoires des TIC).

Cette fracture numérique, qui dépeint les différences entre les étudiants, peut être prise en considération pour développer des stratégies d'apprentissage plus inclusives et plus efficaces. C'est pourquoi les auteurs poursuivaient les 2 objectifs de recherche suivants :

  • Établir un portrait des utilisations des TIC faites par les étudiants dans un contexte hors scolaire.
  • Formuler des recommandations à partir de ce portrait afin de suggérer une application optimale des TIC en éducation.

Pour y parvenir, les deux auteurs ont effectué un bilan exhaustif des données disponibles dans la littérature scientifique.

Portrait de l'utilisation hors scolaire des TIC par les étudiants

L’étude révèle que 94,6% des  18-34 ans sont des utilisateurs réguliers d'Internet. Leur utilisation se divise en 3 grandes catégories :

  • L'utilisation relationnelle (91% d’entre eux fréquentent régulièrement Facebook).
  • L'utilisation à des fins de transactions financières et d'opérations bancaires (67,9% disent effectuer régulièrement des transactions financières par Internet et 72,7% y font régulièrement des opérations bancaires).
  • L'utilisation ludique (41,8% jouent fréquemment à des jeux en ligne, 47,7% téléchargent de la musique fréquemment et 47,3% écoutent régulièrement la télévision en ligne).

Grâce à la notion de fracture numérique, les auteurs établissent 3 constats de recherche à prendre en considération pour l'utilisation efficace des TIC dans un contexte scolaire :

  • Le rapport des étudiants aux TIC prend différentes formes selon le type d'utilisation qui en est fait. De plus, ces utilisations n'ont pas toutes la même valeur éducative.
  • Pour un même groupe d'âge, le rapport aux TIC est très variable d'un étudiant à l'autre.
  • Les variations du rapport aux TIC sont liées à l'accès à celles-ci et à des variables socioculturelles (sociodémographiques, socioéconomiques et ethnoculturelles).

Recommandations pour une meilleure intégration des TIC en éducation

À partir des 3 constats établis précédemment, les auteurs proposent des recommandations sous forme de reconsidérations. Ils utilisent le classique triangle pédagogique auquel ils ajoutent les TIC en constante interaction avec les composantes du triangle. Ils formulent 4 reconsidérations essentielles à l'attention du domaine de l'éducation, soit celles :

  1. Des capacités des étudiants en matière de TIC, puisque ceux-ci ne forment pas un groupe homogène
  2. Des aptitudes des étudiants à apprendre à partir des TIC, puisqu'il y a un cloisonnement des utilisations hors scolaires et scolaires
  3. Du rôle des établissements scolaires dans l'intégration des TIC et dans les pratiques pédagogiques des enseignants
  4. Enfin, ils remettent en question l’existence même d’un « fossé » entre les enseignants et les étudiants en matière de TIC. En effet, les non-natifs du numérique seraient tout à fait aptes à les enseigner aux natifs du numérique.

Approche « élargie » des technologies en éducation

Pour qui s'intéresse aux TIC en éducation, ces recommandations ne surprennent pas, puisqu'elles étaient probablement déjà un constat. Toutefois, leur objectivation à travers des études très documentées ajoute une conviction additionnelle. En effet, certains de nos étudiants sont techno-experts, alors que d'autres sont techno-débutants et ce, pour différentes raisons. Prendre en considération ces réalités permet d’offrir des outils d'apprentissage mieux adaptés aux étudiants. De plus, pour que ces outils soient opérants, une attention particulière doit leur être portée afin de s'assurer de leur efficacité pédagogique. Après tout, on est loin de l'époque où l'enseignant n'était même pas en mesure de faire usage d'un ordinateur ! L'ère du numérique est bel et bien présente ; les institutions scolaires ont, pour la plupart, compris l'importance des TIC comme outils d'apprentissage. Les collèges ont mis de l’avant différentes mesures de soutien pour favoriser des pratiques pédagogiques intégrant le numérique. On pense ici au précieux soutien des conseillers pédagogiques TIC mais là aussi, les ressources, l’accès au matériel et au soutien technique peut-être variable d’un collège à l’autre. La loupe sociologique apporterait là aussi son éclairage particulier.

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